Cinéma / Journal de CANNES 2015 (No.4)

La Journée d’hier  a été  marquée  en  compétition par  deux regards  et approches,  sur  le deuil et la mort avec le film  très applaudi  Mia Madre de  Nanni Moretti et  celui  de  Gus  van Sant The Dea of Trees (  la Forêt des songes ) dont l’accueil a été plus mitigé . Dans la  Section Un Certain Regard ce furent deux  très intéressants regards  féminins qui  nous  ont été proposés  avec  Nahid  le  premier  film de la  cinéaste  Iranienne Gurvinder  Singh, et  le Maryland de  la  Française  Alice Winocour  . Hors  compétition c’est  Natalie  Portman qui a fait  l’événement  sur la croisette  avec la présentation de  son film A Tales of Love and Darkness   sur lequel nous reviendront  lors de sa  sortie en salles …

Nanni Moretti  et Margherita Buy  dans une scène de Mia  Madre
Nanni Moretti et Margherita Buy dans une scène de Mia Madre

Mia Madre  ( Ma  mère) de Nanni Moretti (  Compétition )

Après son Habemus Papam  (2011)  est donc revenu en compétition sur la croisette avec  son nouveau  film dans lequel  il fait  écho  à  un deuil personnel , le  décès de  sa mère  qu’il met  en scène  en substituant et scénarisant le ressenti te le vécu personnel   en s’effaçant et   en  faisant incarner par  un personnage féminin  et metteur  en scène  de  cinéma  comme  lui . C’est sans  doute  l’opportunité d’offrir  une distanciation et  un recul   au traitement du sujet par  rapport  une douleur personnelle   dont le  substitut de récit, lui  permettrait d’exorciser un certain malaise et lui offrirait  une certaine liberté  comme le laisse entendre sa  déclaration  » C’est  comme si  je me parlais  à moi – même , j’ai toujours pensé qu’avec le temps  je m’habituerais  à puiser au plus profond  de moi…mais au contraire plus j’avance, plus je continue ainsi , plus le malaise augmente » . Alors voilà  donc Marghérita ( Margerita Buy , merveilleuse), réalisatrice  en plein tournage dont les questionnements  sur son métier  d’artiste se  retrouvent confrontés  à des problèmes  privés ( maladie de sa mère et sa  fille  en crise d’adolescence ) qui  vont interférer,  offrant à la tonalité  du récit  ses  diversités ,  où la   dérision et la  comédie qui participe  aux aléas  d’un tournage  et aux  interrogations sur la créativité et  l’engagement artistique, qui  font écho  à la gravité et  à l’approche de la  maladie, de la mort  et  du deuil  à faire.  Dans la Chambre  du Fils (2010, Palme d’or )  Nanni Moretti avait déjà abordé le sujet, mais ici  l’approche , lus personnelle  et  intime ,  fait écho à  un vécu  que beaucoup de  familles vivent  et  les  difficultés qu’elle rencontrent  durant la période  où  elles  y  sont  confrontées  .L’approche que nous en offre le cinéaste avec  les  réactions  et attitudes  opposées de Margherita  et de son frère  incarné par  Nanni Moretti . les séquences  qui décrivent la lente  et irrémédiable évolution de  la  maladie vers l’inéluctable  et tout ce que  le  famille et les  proches tentent  pour  offrir  leur  amour  à l’être cher  et  l’accompagner  sont  traitées  à la fois avec  pudeur et justesse  et sont  bouleversantes , mêlant  rêves , souvenirs  et réalité. .Comme l’illustre  le magnifique avant dernier plan  final qui  illustre après  la   tragédie de la perte , cette phrase de  la  mère  qui  dit  »  à demain »  laissant la place  à au plan final de  sa fille Margherita   qui en garde  le souvenir … désormais le  deuil , est fait. Reste  le  souvenir  de  l’être cher  et aimé .  Dès  lors l’écho  que  lui renvoie le tournage  du  film et  ses  aléas  chaotiques   avec  une  Margherita  qui  n’arriva pas  à s »y  consacrer  perturbée par  la maladie de sa mère  et par  le  comédien principal (  John Turturro , irrésistible  en star  qui se la joue !) et  ingérable. Nanni Moretti  qui  aime  bien  fustiger le milieu , s’amuse  et   y  va de quelques  réflexions bien senties  sur les  questionnements  et états d’âme  d’artistes engagés  . Et  il fait  coup  double dans les  deux  tonalités  pour  nous offrir  un superbe  film.

Une scène de  La  Foret des  Songes de  Gus Van Sant
Une scène de La Foret des Songes de Gus Van Sant

the Sea  of Trees ( La  Forêt des Songes ) de  Gus  van Sant ( Compétition) . C’est également le théme  du deuil  et de  la  mort qui est  au cœur du  film du Cinéaste d’Eléphant ( Palme d’or 2003) qui . ici c’est  le vécu et le ressenti d’un mari  dont le  couple  à la  dérive depuis  des  années , s’était  retrouvé  dans l’affrontement de la maladie  dans une phase de réconciliation qui  aurait  pu permettre  un  nouveau départ lorsque la guérison  attendue  le permettrait . Mais le destin qui en a décidé  autrement  va plonger Arthur  ( Matthew  MacConaughey)  dans la dépression coupable , et il envisage le suicide. Il a même trouvé l’endroit  pour passer à l’acte , La  Forêt D’Aokigahara  au pied du  mont Fugi .Un immense  Park d’arbres de  35 Km »  réputée  pour  les  nombreux suicides  qui y ont lieu  dont la légende  qui s’y attache dit  qu’elle est hantée par des esprits  errants. Arrivé sur les lieux  alors  qu’il s’apprêt à  renoncer  à la vie  dans un  endroit qui lui semble  propice ,  Arthur aperçoit  un homme blessé  et perdu   en détresse ,  et  il va  aller  à  son secours  poussé par  une sorte  de  pulsion  irrépressible.  Une série de  situations  et de  dialogues  vont se  produire  au  long  du parcours des deux  hommes  pour sortir de  l’immense  forêt qui semble  vouloir les emprisonner . Le  parcours  pour  en sortir  et  aller en quête de secours  sera entrecoupé  de  flashs-backs  qui nous feront assister  et  comprendre les raisons   des multiples déchirements et disputes  du  couple  et de la maladie de Joan ( Naomi Watts) , puis de l’accident . Le choix du procédé  et d’uneforled réalisation conventionnelle ne trouve pas  toujours l’écho  voulu  pour  nous  entraîner  dans les arcanes d’une réflexion métaphysique sur  le sens et la valeur de la vie   dont la  rencontre « initiatique »  au coeur de la forêt  est  emblématique  . Dommage …

Une scène de  Nahid  de  Aida  Panahandeh
Une scène de Nahid de Aida Panahandeh

Nahid  de  Aida Panahandeh (  Un Certain regard )

La jeune cinéaste Iranienne  signe  un  premier  film d’une maitrise  étonnante   où l’intimité  d’un quotidien très  rude  ‘et  difficile   d’une mère  séparée d’un mari  « accroc »  à la  drogue  qui l’a  faite  souffrir  pendant des  années  et  dont elle  a  obtenu  la séparation  et  la  garde de  son fils  à  condition qu’elle  ne se  remarie  pas  , laisse  sourdre en toile de  fond,  le   poids  d’une  société  et des  traditions , en même temps  que  les  difficultés quotidiennes  d’une vie  où  il  n’est pas  facile  de se sortir  de l’engrenage.  Comme le  souligne  le parcours de  cette  mère, Nahid ,  qui désormais  est  contrainte de  vivre de petits travaux  et  qui n’arrive plus  à payer  son loyer  ni   des études à  son fils. Acculée  par les dettes  et sous la menace d’être expulsée , alors qu’un  homme  veut l’épouser  , elle  se retrouve liée  par  le pacte  avec  son ex-mari  et  , lorsque  la  « rumeur »  qui  fait découvrir  à ce dernier  la  « liaison »  qui  lui ferait perdre  celle qu’il  n’a pas cessé  de  vouloir reconquérir  et  ce  fils  dont  il  pourrait perdre  » le droit de  visite .  Voilà  notre  ex-mari  qui  va  mettre  en action  la  fratrie  familiale  contre l’infidèle  qui a  « sali  la famille »  faisant parler  le poids  de  traditions et de  la  morale  . Prenant  comme otage  son fils , il décide de la faire rentrer dans l’ordre et de  se  soumettre  la gardant prisonnière  , tandis qu’il use  des menaces pour éloigner  le prétendant . En toile de  fond   de  cette  description intimiste de  la  séparation d’un couple  « mal marié   » , c’est  en  toile de fond  la  société Iranienne  que  la cinéaste  questionne ,  pointant   le poids  des  traditions et de la morale ,  mais  aussi  les  conséquences  qu’elles  entraînent,  avec  ce  fils  tiraillé par  les  uns et les autres  qui  fugue de l’école  et  qui  n’a pas de perspectives d’avenir . Plus  encore  , il  y a  ces  petites notations  qui viennent s’ajouter   via les personnages secondaires   où  l’on retrouve  les gens  en quête de travail  ,  où la misère  est  visible qui entraîne les  multiplications  de  solutions  ( trafics , paris clandestins,  violences… )   de  substitution pour  arriver  à survivre ..La  déliquescence  en marche d’une société . ..et le destin d’une  mère  qui  se  bat  ,  et  envers laquelle les  barrières se dressent pour  la  faire  rentrer dans le rang.  La  mise  en scène  et le regard  d’un autre femme , met  magnifiquement en relief  sa détresse  et  nous la  rend palpable..  Du beau travail sur  une condition de  soumission  féminine  qui  ne  cesse  d’interpeller, c’est aussi-  compte tenu  du poids de la censure en Iran , un  film  courageux   et  émouvant .

une scène de  Maryland  d'Alice  Winocour
une scène de Maryland d’Alice Winocour

Maryland  d’Alice Winocour  ( Un Certain Regard )    Après son très remarqué  et réussi  premier  film , Agustine  (2012)  la cinéaste  Française  se  retrouve  dans la sélection parallèle de la  Compétition avec Maryland nom de la propriété  d’un riche  homme d’affaires  Libanais dans laquelle un Soldat  de retour  d’Afghanistan  victime de  troubles  post- traumatiques se  retrouvant  en attente d’une éventuelle réintégration dans l’armée  qui   se  retrouve  reconverti  dans  la sécurité  va  être chargé  d’assurer  celle d’une soirée  au cœurs de laquelle de nombreux  autres  hommes d’affaire  et aussi des  politiques  sont  conviés. Une équipe de sécurité  est donc chargée de veiller à la bonne marche de  la  soirée où  Vincent ( Matthias  Schoenaerts ) va  incidemment assister  à  une  altercation avec menaces  de la part d’un invité  qui s’était déjà manifesté par  son attitude  agressive lors  du  « filtrage » de l’entrée des  invités  de la  villa où  son nom ne figurait pas. Et de fait l’homme  d’affaire  Libanais  qui s’en va le lendemain  charge  Vincent d’assurer en son absence la protection de sa  femme et de  son fils , Ali . La  cinéaste  qui revient ici sur le thème des crises  dues  a des  formes de révolte  ( c’était le cas dans Augustine) ou a  des symptômes  post traumatiques  dont de  nombreux  soldats lats revenus d’opérations de  guerre sont atteints   » ne  pouvant repartir  en opérations , il est  un peu comme  un ouvrier qu’on met  à la casse »  explique la  cinéaste  qui a chois de  suivre  son personnage dans  une situation où  il va être  contraint  par  la menace et le danger  de retrouver  se réactions de  défense  et  un certain équilibre de son corps  et  psychologique  pour faire  face à  la   menace qui se précise  par  ces  hommes de mains qui  s’introduisent dans  la  villa . La cinéaste qui a brossé  la cadre  d’enjeux  d’affaires  mafieux et politiques  liés  à  différents trafics  dont celui des  armes  ne fait  la toile de  fond d’un  qui va permettre  à son Héros Vincent  de  vois ses  traumatismes ( cauchemars  et visions  et sons altérés de la réalité ) confrontés  à  une situation de danger  et  de décisions à prendre . La  cinéaste  installe  un beau climat d’angoisse , de  peur et de vertige   et  nous y plonge au cœur  en nous faisant complices  de celles de  Vincent et jouant avec les  codes du film d’action , créant  un suspense  efficace qui se  fait révélateur  d’une sorte  d’addiction de  Vincent  devenu  » un homme  en état de guerre  et qui ne peut plus vivre sans elle »  . Une  plongée  cauchemardesque en forme de thriller ..

(Etienne Ballerini )

Le Programme  du Jour :

Mon Roi  de  Maïwen ( Compéttion) –  Carol  de  Tod  Hanes  ( Compétition) –   Asphalte  de  Samuel  Benchetrit ( Hors Coméptition) – Zvizdan ( Soleil de Plomb)   de Dalibor Matanic ( Un Certain Regard )-  Vers l’autre Rive de  Kiyoshi Kurosawa  ( Un Certain Regard)

 

Ac

 

 

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