Cinéma / JAMAIS DE LA VIE de Pierre Jolivet.

Le réalisateur de Zim and Co et de Mains armées, nous offre, avec son dernier film sur un gardien de nuit dans un centre commercial qui va livrer un dernier combat et tenter de reprendre sa vie en mains, un constat sombre sur la société moderne auquel le genre du polar donne à la révolte du héros, sa belle et tragique, dimension humaine. Superbe…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Frank ( Olivier Gourmet toujours aussi juste, est ici, bouleversant ) la cinquantaine accomplie et un passé de syndicaliste qui lui a valu quelques déboires dont il ne veut pas parler, quand on lui demande pourquoi … apparaît un « trou » de Dix ans sur son Curriculum Vitae . Plus tard ( belle scène ), lors de la rencontre avec un de ses anciens collègues, Etienne ( Thiérry Hancise) de combat syndical, on apprendra qu’ils ont payé cher leur engagement dans la lutte et y  ont laissé des plumes, et qu’ils ont vu les portes se fermer dans leurs recherches de travail. Etienne, moins favorisé aujourd’hui que Frank, en est réduit à multiplier les « petits boulots » pour subsister …et Frank qui a fini par décrocher un emploi de gardien de nuit dans un centre commercial de Banlieue où on lui fait miroiter la possibilité de le voir se transformer en CDI, traîne son « blues », mesurant le temps passé et les combats perdus qui ne font qu’assombrir les perspectives futures. Car, même si le CDI est confirmé, les projections sur son futur de retraité qui devra travailler jusqu’à 70 ans, sont plutôt déprimantes !. Même s’il sait qu’aujourd’hui il n’est pas le seul embarqué dans une situation semblable et que des millions de sans emploi se retrouvent à la rue, humiliés. La colère et la déprime d’une vie désormais, de solitaire aigri ( sa femme l’a quitté ) à laquelle il se retrouve, contraint et résigné.

Marc Zinga  et Olivier Gourmet.
Marc Zinga et Olivier Gourmet.

Dans les yeux de Frank la flamme qui s’est éteinte, va pourtant se réveiller… celle dont l’injustice et l’insupportable, vont ranimer chez lui, les velléités d’un nouveau combat d’honneur où la solidarité qu’il a toujours gardée accrochée au cœur, va lui permettre de sauver un collègue de travail, embarqué dans une affaire trouble, harcelé et molesté par des malfrats. Alors, Frank, à l’image des héros redresseurs de torts, va s’opposer à un braquage, comme en écho à ses rebellions d’hier. Tout simplement parce que « laisser faire ça n’a jais été mon truc », comme il le dit. Et Pierre Jolivet,  ajoute, justifiant le geste de son personnage « il le fait , ni par respect de la loi, ni par engagement citoyen, mais  juste pour ne pas laisser faire (…) aujourd’hui quand une société se délite, c’est aussi parce qu’on laisse faire…Frank a conservé son porte-voix, réplique des manifs d’autrefois. Je voulais que le titre soit entendu dans ce porte-voix :« Camarades, jamais de la vie ! ». C’est dans ce sens là, dans le réveil de cette rébellion que le film n’est pas foncièrement pessimiste. Il professe qu’en chacun de nous demeure , quelque chose qui dit Non, jamais de la vie ! », explique-t-il dans le  dossier de  presse du  film..
Et dans cette démarche Pierre Jolivet, offre, à ses personnages que la vie a malmenés, le revers du miroir du pessimise, l’ouverture à la vie et à l’espoir, via cette rébellion dont au travers de Frank,  il les fait porteurs.

Valérie Bonneton  et Olivier  Gourmet
Valérie Bonneton et Olivier Gourmet

Au delà du personnage emblématique de Frank, son film est rempli des portraits sensibles de personnages qui le croisent et (ou) gravitent autour de lui, et qui au delà des apparences et des contraintes imposées par leur métier ou par la pudeur, finissent par briser le masque, et offrent alors un écho bouleversant à cette solitude et indifférence qui les a faits se renfermer dans leur coquille. Lorsqu’ils se confient, comme finit par le faire la conseillère sociale ( Valérie Bonneton ) à Frank , elle aussi… au bord de la rupture!. Et que dire de Ketu ( Marc Zinga ), le vigile Black du centre commercial devenu l’ami de Frank. Ketu, l’immigré qui doit faire face à une situation financière difficile, et qui va craquer. Il y a aussi, le patron de Frank ( Bruno Bénabar ) en ornitologue amateur, et la sœur de Frank ( Julie Ferrier ) plutôt déjantée. Tous , avec leurs blessures et leur humanité, comme rempart contre ce monde «  qui rémunère davantage l’argent que le travail » , Tous, à leur manière résistent pour ne pas sombrer. Pierre Jolivet les magnifie et leur offre cette part d’humanité que le monde qui les entoure ( la société), leur refuse. Frank dans son baroud d’honneur final ( magnifique séquence de poursuite , sans dialogues et toute en action ) qui va lui permettre de « se réapproprier son destin, il cesse d’être le spectateur de sa vie », montre la voie .

Olivier  Gourmet  et Bruno Bénabar  au second plan.
Olivier Gourmet et Bruno Bénabar au second plan.

Depuis son premier film ( Strictement personnel / 1985 – César de la première oeuvre) , Pierre Jolivet fait son chemin – pas toujours apprécié à sa juste valeur – dans le Cinéma Français,  avec des œuvres qui ouvrent la porte a des tonalités originales ( Simple Mortel / 1994 , Le frère du guerrier / 2002 ) et des sujets qui le singularisent, en même temps qu’il s’attache également dans sa filmographie , au travers de ses personnages à décrire une certaine réalité de la société française : le chômage ( Fred / 1997), un petit entrepreneur victime de détournement de primes d’assurances ( Ma petite entreprise / 1999), la féminité et la solitude ( Filles uniques / 2003), la jeunesse et la justice  ( Zim and Co / 2005), La pollution ( La très, très grande entreprise /2008 ), les trafics d’armes ( Mains armées / 2012). Des œuvres qui prennent la forme des comédies sociales ou celles du thriller dont le cinéaste est un passionné. Des genres qui lui permettent de « distiller » en liberté, des personnages en révolte, des marginaux, des laissés pour compte, des humiliés qui se rebellent avec leurs armes , et leurs moyens. Et son regard est passionnant, et passionné …
Des personnages toujours plantés et en osmose, avec un décor familier et quotidien, qu’il veut «  au service de l’humain qui s’y déplace (…) un lieu où une dramaturgie est possible », comme c’est le cas ici dans ce centre commercial ( scènes nocturnes magnifiques ). De la même manière que le travail – cherchant avant tout  l’efficacité  , sur le son ( la scène finale évoquée ) et la musique . Pour Pierre Jolivet «  pas de surcharge » , «  ne pas tomber dans le pathos », plutôt jouer, si besoin est, sur «  le contrepoint ironique…  qui vient clore le film, après les scènes violentes, avec la chanson avec la chanson , What’s a wonderful world ». On apprécie…

(Etienne Ballérini)

JAMAIS DE LA VIE de Pierre Jolivet- 2015-
Avec : Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Marc Zinga, Thiérry Hancise, Bruno Bénabar,
Julie Ferrier…

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