Cinéma / LA MAISON AU TOIT ROUGE de Yoji Yamada.

Le vétéran du cinéma Japonais ( 83 ans ) adapte magnifiquement le roman de son compatriote Kyoko Nakajima, récit faisant se relier trois époques entr’elles pour les confronter au présent, autour du secret d’une histoire d’amour racontée parla bonne d’une famille Bourgeoise. Le mélo au cœur d’un récit emblématique sur un mode de vie, ses traditions et le conservatisme, dont le secret en question sera le révélateur de la tragédie des vies humaines d’une Nation.

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

La scène d’ouverture , nous renvoie au quotidien du japon d’aujourd’hui au cœur d’une famille en deuil qui enterre la tante Taki ( Haru Kuroki, toute en retenue est magnifique. Prix d’interprétation au Festival de Berlin 2014), vieille dame qui fut toute sa vie bonne dans des familles Bourgeoises , et qui ne s’est jamais mariée. Celle-ci, quelques mois avant de mourir s’était pliée au souhait de son petit neveu préféré, Takeshi (Satoshi Tsumabuki ) qui lui avait demandé d’écrire ses mémoires, curieux de connaître  au travers du vécu de celle qui fut le témoin pendant plusieurs décennies de la vie des familles Bourgeoises, comment celle-ci était ressentie au quotidien, dans un pays où – depuis les années 1936 ( guerre Sino-Japonaise ) et jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale et la défaite du Japon – la population a vécu dans un contexte permanent de conflits dont les conséquences               ( pénurie et rationnement, peur des bombardements …) ont forcément eu un impact sur le quotidien de la population, toutes classes confondues. Takeshi veut savoir comment sa tante a vécu cette période  de l’histoire de son pays , lui qui est très féru d’histoire et de récits concernant les bouleversements que son pays a traversés, ainsi que les résistances qui ont pu avoir lieu à la politique Nationaliste, expansionniste et impérialiste d’un pays qui  fut  l’ allié à l’Allemagne Nazie. Le reproche que fera Takeshi à sa tante à la lecture des premières pages du récit de sa vie de servante dans les familles Bourgeoises, lui semble trop timoré, ne faisant aucune allusion aux rapports de classes qu’elle a pu observer, ni aux réactions des maîtres sur la situation politique, la guerre, et les difficultés économiques …

les Maitres de maison , le père ( Takataro Katoaka, La  mère ( Takatari Matsu , la  Bonne  ( Haru Kuroki)  et l'enfant   du  couple .
les Maitres de maison , le père ( Takataro Katoaka), La mère ( Takataro Matsu , la Bonne ( Haru Kuroki) et l’enfant du couple .

Taki va se plier au souhait de son petit neveu et y intégrer la transcription de la vie domestique de ses Maîtres Bourgeois et en traduire les attitudes et le quotidien révélateur, perçu et vécu de l’intérieur. C’est la belle idée que reprend à son compte le cinéaste pour faire sourdre au travers de ce quotidien, les échos de l’histoire qui s’y répercutent et la manière dont ils sont vécus. Le mouvement et les soubresauts de l’histoire, évoqués en toile de fond, qui se reflètent dans les réunions avec les invités du maître de La Maison au toit Rouge, où tour à tour on parle du  conflit Sino- Japonais et  l’on évoque  les exactions de l’armée impériale à Nankin, ou encore, les inquiétudes sur le sort de leurs entreprises devant faire face aux difficultés économiques dues à la défiance ( blocus ) des pays étrangers et  la pénurie de main d’oeuvre  à cause de l’appel sous les drapeaux des jeunes .Des patrons qui ne manquent pas de faire état de leur indéfectible confiance patriotique, en toutes circonstances, aux dirigeants du pays, festoyant la déclaration de guerre aux Etats-Unis avec des « banzaï! »et en  levant le verre de saké en augurant une future victoire. Tandis que la maîtresse de maison est , elle , plus sensible aux restrictions qui l’obligent à trouver des solutions de marché noir pour les aliments et autres produits pour la maison. Dans cet intérieur Bourgeois ne se répercutent que les échos atténués de ce que peut être la détresse, et la misère à l’extérieur, celle de la  Population moins favorisée ,qui, elle connaît la faim et subit les conséquences d’une politique suicidaire. La détresse du monde extérieur n’y entre pas, Taki au service de ses maîtres ne la perçoit que très peu, soumise au codes et aux règles des relations de classe. Femme élevée dans la tradition, et qui ne peut se permettre d’y déroger. La  mise  en scène  toute  en  non dits ou  petites  notations, offre une  belle dimension intimiste au constat.

le jeune amant  secret (Hidetaka Yoshioka )  en compagnie de la maîtresse  de  la Maison Rouge.
le jeune amant secret (Hidetaka Yoshioka ) en compagnie de la maîtresse de la Maison au toit  rouge.

Et dans cette maison de la Banlieue de Tokyo où elle est au service de Tokiko ( Takataro
Matsu), de  son mari Masaki ( Takataro Kataoka ) et leur fils de neuf ans, Taki va être témoin de, et complice de la liaison de sa maîtresse avec un jeune employé de son mari, Ikatura    ( Hidetaka Yoshioka ) aussi délicat que séduisant. La vie familiale dans laquelle elle ne peut se permettre d’interférer, le secret et le respect qui s’y attachent , la belle idée du cinéaste va être d’en faire , au delà du constat un élément majeur de son récit dont le beau mélo que le cinéaste adopte pour le traiter, lui sert d’élément majeur pour pointer au delà de celui de son héroïne , le sentiment de culpabilité de tout un pays. La lettre -restée non ouverte pendant 60 ans gardant le secret de Taki, dont le fils survivant du bombardement de Tokyo dans lequel ses parents ont péri – auquel elle sera remise, va en mesurer le poids. Tout un symbole, dont les plaies restent inexorablement ouvertes et dont le cinéaste explique que le poids lui « semble résonner avec la direction que le pays est en train de prendre » .
Pour cette raison, l’acte de rébellion que constitue la lettre non distribuée et gardée par Taki, devient le miroir d’une soumission acceptée, dont le secret gardé sous lequel sa rébellion se manifeste ne peut être libérateur. La culpabilité dont Taki portera pendant Soixante ans la souffrance intérieure, rejoint celle des secrets et des dissimulations qui, peuvent conduire à accepter,  et justifier, l’indicible.

Taki  (  Haru Kuroki)  conseille sa maîtresse (  Hidetaka  Yoshioka )
Taki ( Haru Kuroki) conseille sa maîtresse ( Hidetaka Yoshioka )

Le cinéaste l’explique, en faisant référence au fléau de la guerre, conséquence d’une politique qui a détruit l’avenir des générations comme celle de Taki dont le poids du secret, est ainsi analysé par le cinéaste qui , pour la circonstance en généralise la portée, faisant référence à Charlie Chaplin       «  Les débuts du modernisme de l’ère Siowa, vont être détruits, en un instant par le fléau de la guerre. Comme le Disait Chaplin en 1947 « si vous assassinez un homme, vous êtes un meurtrier : si vous en assassinez un million , vous êtes un héros . Le nombre sanctifie ». La faute commise par l’héroïne du film en dissimulant un secret ténu, est confrontée au crime incommensurable de la guerre. Ayant souffert toute la vie de la petite faute qu’elle avait commise, la tante Taki compense par un amour éperdu de la vie. Elle vit sa vie intensément, mais même quand elle pleure ou quand elle rit, elle ne perd jamais conscience de cette légère faute. Elle fait partie de ces personnages humbles qui apparaissent dans le film », dit le cinéaste dans le dossier de presse du film.

a  la fenêtre de la Maison au toit  rouge ,La  maîtresse de  maison attend  la venue de son amant
a la fenêtre de la Maison au toit rouge ,La maîtresse de maison attend la venue de son amant

A cet égard, la séquence finale de la rencontre du neveu avec le fils rescapé et le secret qui est enfin révélé, va permettre d’apporter le nécessaire soulagement, celui qui ouvre l’espoir aux nouvelles générations qui ne sont pas soumises à ce type de contraintes morales. A 83 ans , le cinéaste se penche sur un passé dont il n’ avait lui même, pas réussi à se libérer en  racontant cette  histoire  révélatrice   « d’ une époque qui a rarement été montrée au cinéma », dit-il.  Comme une nécessité, pour lui aussi , de se libérer en  faisant  ce  film ( testament )  sur  un sujet qu’il n’avait  lui  non plus  , jamais abordé dans  sa  longue oeuvre ,de plus  de  80 films,  dont  peu  d’ailleurs  ont été  distribués  en France.  Une  raison supplémentaire  pour  vous inviter  à  découvrir   son dernier  film….

(Etienne Ballérini)

LA MAISON AU TOIT ROUGE de Yoji Yamada -2015-
Avec : Takako Matsu ,Haru Koruki, Takataro kataoka, Hidetaka Yoshioka , Chieko Baisho ( Taki  âgée )….

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