Cinéma / LEOPARDI, IL GIOVANE FAVOLOSO de Mario Martone.

Après Noi Credevamo (2010), le cinéaste Italien poursuit son investigation de l’histoire et de la culture italienne en se penchant sur l’une des figures importantes de la poésie et de la littérature Italienne, Giacomo Leopardi. Le souffle de l’histoire et de la culture, portrait d’un homme libre confronté à une société du XIX ème siècle qui refuse l’émergence des idées progressistes. Un superbe film à découvrir d’urgence…

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Il faut savoir que Giacomo Leopardi ( 1798-1837), est l’équivalent de notre Rimbaud National,  les italiens connaissent la pureté et la beauté de sa poésie très appréciée et étudiée dans les écoles. Ses « contes moraux » et ses autres recueils de poèmes sont devenus des livres de chevet. Ils sont le reflet de l’état d’âme d’un homme qui « souffre » de son inadaptation à une société dont il dénonce les carcans et les préjugés moraux et de classe. Ceux d’une société italienne d’hier, dominée par le conservatisme et la religion et qui se réfugie dans le refus et le rejet des idées novatrices et progressistes qui se font jour dans une Europe en pleine mutation, traversée par les bouleversements économiques, les révolution et l’esprit des Lumières C’est dans le cadre de la demeure Bourgeoise de la province Italienne dans le bourg de Recanati que le jeune Giacomo a grandi, sous la férule d’un père autoritaire et d’une mère « grenouille de bénitier ». Dans cette prison délimitée par les carcans et les interdits, et qui le destine à un futur de prêtre, le jeune Giacomo trouve refuge dans les relations fusionnelles et de jeux  avec frère et sœur, et dans la chaleur d’une Bibliothèque fournie qui l’ouvre au monde et à l’écriture , qui lui permet de laisser son esprit vagabonder hors d’un « carcan » familial dont il ne supporte plus les contrainte . Quitter la demeure familiale est devenu une nécessité dont il va provoquer, au sortir de l’adolescence, la rupture ( belles scènes et fortes séquences révélatrices) quitte à être renié. Ses premiers poèmes qu’il réussit à faire parvenir aux cercles littéraires de la haute société Florentine lui ouvrent les bras, et vont lui permettre, après un premier faux départ, de franchir le pas…

Leopardi  ( Elio Germano) avec ses livres
Leopardi ( Elio Germano) avec ses livres

D’emblée le cinéaste italien découvert par le magnifique Mort d’un Mathématicien Napolitain ( 1993), nous plonge au cœur de l’univers d’un jeune homme singulier, dont la quête de liberté et le refus de toutes contraintes, est vital. Enfant prodige et esprit fondeur dont il gardera tout au long de sa vie bohème, la nécessité. Celle là même qui traverse ses premiers écrits qui attirent l’attention de Pietro Giordani          ( Valério Binasco) qui lui ouvrira les portes de salons littéraires de Florence. C’est là qu’il découvrira , aussi , l’hypocrisie des salons  et refusera, de s’y laisser piéger. Confortant sa liberté de penser dans ce qui deviendra la marque de fabrique de son œuvre, cette mélancolie à laquelle il refuse d’ailleurs d’être réduit , alors que son regard sur le monde et la condition humaine sont un constat,  qui ne l’empêche pas,  d’explorer les « illusions naturelles de l’esprit » qui constituent selon lui cet « élan vital », qui  lui vaut d’être vécue . Refusant de se voir attribuer les raisons de sa  philosophie de la  » mélancolie »  et son « pessimisme » à une santé fragile qui se dégradera avec le temps,  et  ( ou )  à ses amours déçues; alors qu’elle est avant tout un constat sur les multiples « illusions », dont il décèle les déceptions au cœur même de l’espoir qu’elles suscitent . Ainsi en est-il de ces idées nouvelles dévoyées par les cercles mêmes qui les avaient adoptées, avec lesquels les relations du poète se dégraderont et  va prendre ses distances ( autres séquences fortes et révélatrices , saisies avec justesse par le cinéaste ) , trouvant désormais refuge dans la marginalité, et l’amitié.

Massima Popolizio ), Leopardi ( Elio Germano )
Sous la surveillance du père (

Marginalité et amitié forgées par la rencontre avec un autre « rejeté », Antonio Ranieri ( Michèle Riondino ) un militant révolutionnaire Napolitain contraint à l’exil , avec lequel Giacomo ( Elio Germano ) liera son destin. Celui d’une même condition de rejet et de marginalité contrainte et partagée qui se nouera, malgré une rivalité amoureuse avec la belle Fanny ( Anna Mouglalis ) qui ne lui fera pas ombrage , et qui se confortera dans une amitié indéfectible et fraternelle , construite au fil des jours et des années, Antonio devenant le fidèle de Giacomo dont il continuera à prendre soin et à transcrire ses écrits, lorsque sa santé deviendra de plus en plus critique. De cette amitié, Mario Martone , laisse sourdre au cœur des événements qui leur font traverser l’italie, le portrait d’un pays enfermé dans les carcans, et pointé par Leopardi « quand on plonge dans sa vie, on découvre l’itinéraire d’un libre-penseur à l’esprit ironique et frondeur , dépourvu de préjugés de classes (…) un poète qui mérite d’être débarrassé de la vison rhétorique qui l’a dépeint comme fragile et triste en raison de sa mauvaise santé . Après Noi credevamo, je voulais continuer à mettre en avant des pans de notre passé qui , a mon avis , peuvent éclairer utilement notre présent », explique Cinéaste, dans le  dossier de presse  du Film.

Fanny (Anna  Mouglalis )  et Elio Germano.
Fanny (Anna Mouglalis ) et Elio Germano.

Et dans l’itinéraire de la vie de bohème partagé avec Antonio, il y a , constamment présente l’idée de cette quête indispensable et indissociable d’un nécessaire combat contre les conservatismes, en même temps que le refus des hypocrisies qui peuvent contaminer les idées, et le nécessaire « ménage » à faire pour faire sourdre la vraie vitalité, et fuir  le  pessimisme. Après avoir quitté les Cercles littéraires de Florence contaminés , c’est à Rome ( la ville du Pape et du pouvoir temporel et politique ) que le dernier lien avec la famille ( l’Oncle et la tante ) avec le pouvoir ( familial ) sera rompu . Désormais , à la faveur d’une « amnistie » qui permet à Antonio de retourner dans sa ville natale que Giacomo pourra s’en aller, avec son ami , à la découverte de Naples la et de son peuple ( nouvelles belles séquences au cœur de la ville et ses quartiers populaires et des sans -abris, bien connus du cinéaste qui en est originaire ), mais aussi de la misère et de la maladie ( l’épidémie du choléra ) qui les contraindra à se réfugier du côté de la colline du Vésuve, dont l’irruption soudaine , trouve comme un écho magnifique , et symbolique , à la fin d’une époque.

Leopardi ( Elio Germano)    veilli et affaibli, dans les  rues de Naples
Leopardi ( Elio Germano) veilli et affaibli, dans les rues de Naples

Superbe séquence à laquelle s’ajoute la vision de la déesse de sable géante qui se désagrège . La beauté formelle ici, les accents romantiques et ceux du réalisme complétés par une approche intimiste qui ouvre ses portes aux visions du poète , dans un total respect de l’approche biographique voulue par le cinéaste «  nous avons écrit le scénario en nous inspirant de l’oeuvre de Leopardi et de toute sa correspondance (…) la vie de Leopardi est indissociable de son œuvre : il n’y a pas un seul de ses vers , pas un seul de ses écrits qui ne soit autobiographique. Leopardi savait bien, avant Proust et Beckett , que seule l’expérience intime acquise de haute lutte permet de cerner la vérité (… ) et c’est grâce a son œuvre qu’on peut bien cerner Leopardi dans son intimité » , explique -t-il.
Ajoutons que l’interprétation toute intériorisée et remarquable d’Elio Germano , sublime elle aussi le portrait , interprétation à laquelle s’ajoute -celle – tout aussi juste et parfaite d’Anna Mouglalis ( Fanny ) et de Michele Riondino ( Antonio) . Autant de raisons pour vous inciter à découvrir l’un des poètes préférés des Italiens…. peu (ou) mal connu, chez nous.

(Etienne Ballérini)

LEOPARDI IL GIOVANE FAVOLOSO de Mario Martone- 2015-
Avec : Elio Germano ; Anna Mouglalis, Michele Riondino, Massimo Popolizio, Valério Binasco…

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