Je me souviens que la plus grande des urgences est de vivre

Je me souviens que nous étions début janvier 1998.
Je me souviens de cette fin du mois de mai 2010 à Marseille.
Je me souviens de l’un des derniers jours d’avril 2014.
Je me souviens que je traversais le boulevard Jean Jaurès pour aller dans la vieille ville.
Je me souviens qu’il devait être le milieu de matinée.
Je me souviens que j’étais au Théâtre Toursky pour l’assemblée Générale de l’Institut International du Théâtre Méditerranéen.
Je me souviens que soudainement je m’affaissais de tout mon long.
Je me souviens que je ressentis soudain des picotements dans tout le bras droit.
Je me souviens avoir fait un malaise d’origine cardiaque.
Je me souviens qu’il était impossible de me relever.
Je me souviens qu’à ce moment-là j’entrais dans la vielle ville par la rue des chaudronniers.
Je me souviens que Bernard, mon voisin, frappa à ma porte. J’avais pour habitude de lui dire un « au revoir » quand je partais, au grand maximum en fin de matinée. Il n’était pas loin de 14 heures.
services des urgences de l'hôpital St Roch de NiceJe me souviens que le seul médecin présent, qui était alors à la retraite, n’avait ni stéthoscope ni tensiomètre.
Je me souviens qu’au début de la rue il y avait une boutique de fleurs et sur l’étal extérieur un bouquet de magnifiques roses dites « roses de Vence ».
Je me souviens qu’il m’appela plusieurs fois, je l’entendais, et répondais très faiblement.
Je me souviens avoir été pris en charge par les marins pompiers de Marseille.
Je me souviens que, arrivé à leur hauteur, pris d’un malaise, je m’écroulais dans ce bouquet.
Je me souviens, que se doutant qu’il y avait vraiment quelque chose qui n’allait pas, il prévint les pompiers.
Je me souviens leur avoir dit que cela allait mieux et que je pouvais rentrer à Nice.
Je me souviens que je me réveillais aux urgences de St Roch, sur un lit d’hôpital, un masque à oxygène sur le visage, entouré de blouses blanches qui me maintenaient fortement, car j’étais frappé d’une crise d’épilepsie.
Je me souviens que je me retrouvais aux urgences de St Roch.
Je me souviens que l’on m’a transporté au service des urgences de l’hôpital de la Conception.
Je me souviens que je venais d’être atteint d’un Accident Vasculaire Cérébral.
Je me souviens qu’étant, comme me le dira bien plus tard un docteur, un mystère pour la médecine, une fois retapé, le corps médical envoya mon corps malade dans tous les corps de spécialités avec lesquelles j’étais en délicatesse.
Rimbaud Hôpital de la ConceptionJe me souviens que Rimbaud est mort dans cet hôpital et qu’une plaque commémore ceci. « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile et je danse. »
Je me souviens, une fois transporté dans le service Cardiologie de l’hôpital Pasteur, je n’arrivais plus absolument à lire, je voyais très flou, et cela m’effrayais.
Je me souviens qu’étant, comme me le dira bien plus tard un docteur, un mystère pour la médecine, une fois retapé, le corps médical envoya mon corps malade dans tous les corps de spécialités avec lesquelles j’étais en délicatesse.
Je me souviens que l’on m’a dit avoir fait un petit infarctus.
Je me souviens que mon AVC était dit ischémique et qu’il n’a pas entrainé trop de troubles.
Je me souviens que cela me valu un séjour au service de dermatologie, un long séjour en maison de convalescence entrecoupé de visites dans les services de neurologie, de cardiologie, d’endocrinologie. J’évitais de justesse la psychiatrie.
Je me souviens avoir été transporté dans le service des soins intensifs de cardiologie de l’Hôpital de la Timone.
Je me souviens que cet hôpital était auparavant, avant sa reconstruction, un asile d’aliénés.
Je me souviens que je brûlais la politesse par trois fois en 16 ans à la grande faucheuse.
Je me souviens qu’elle n’aime pas ça du tout.
Je me souviens que la plus grande des urgences est de vivre.

Jacques Barbarin

service des urgences de l'Hôpital de la Conception à MarseilleCet article est dédié à tous les personnels hospitaliers de Nice, Marseille et ailleurs.

 

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