Cinéma / Waste Land de Pieter Van Hees

Depuis son premier film, Pieter Van Hees questionne l’âme humaine et ce corps qui l’emprisonne au travers du genre cinématographique. Ce fut l’horreur pour Left Bank (2008), le drame psychologique pour Dirty Mind (2009). En 2014, avec cepolar, il termine cette trilogie qu’il avait intitulée « Anatomie de l’amour et de la douleur ». Et comme les précédents personnages de ses films, Léo inspecteur à la criminelle va être plongé dans une lutte viscérale entre plusieurs réalités.

Jérémie Rénier
Jérémie Rénier

Tout commence par un corps que l’on repêche dans la rivière. Le mort d’origine africaine semble être lié à un trafic de statuette. Au fil des interrogatoires, le nom d’Henri Géant, homme d’influences et d’affaires entre le Congo et la Belgique, revient régulièrement. Mais celui-ci est introuvable.

Il apparaît surtout comme la mauvaise conscience de la Belgique et qui hante Léo, lui-même descendant bâtard du roi Léopold II. En ce sens, Van Hees plonge son polar nocturne et cauchemardesque dans une dimension politico-psychanalitique beaucoup plus forte et prégnante. Léo va s’enfoncer de plus en plus dans ce qui ressemble à de la folie. Son retour à la réalité ne pourra alors se faire que par la douleur, en allant toucher le fond de son âme. Waste Land3Il était jusque-là rester à la surface de cette terre de déchet (Waste Land) que chaque plan, dès le début du film, faisait apparaître omniprésente. Le ciel bas, une ville déshumanisée et une lumière sombre. Au contact de la violence et du nauséabond,toute la journée, Léo porte avec lui toute cette décrépitude. Il est un papier buvard que seul des scarifications régulières permet de maintenir à flot. Mais son basculement se fait au contact de cette femme, le sœur du mort, qui l’emmène au contact de croyances africaines l’obligeant à s’affronter lui-même. La réalité est peut-être une histoire de croyance lui explique un sorcier mi-lutteur mi-trafiquant.

Babetida Sadjo
Babetida Sadjo

Beaucoup de choses se nouent (paternité et filiation, culpabilité coloniale, violence de la société, économie parallèle) dans ce film empruntant au genre policier et fantastique. Alan Parker avec son polar vaudou Angel Heart en 1987 avait déjà exploré cette voie. La filiation se retrouve aussi dans cette ambiance glauque. Mais contrairement au réalisateur américain, Van Hees dépouille sa mise en scène et ses décors pour les cristalliser sur une forme assez esthétisante jouant alors de manière intelligente entre différentes temporalités de sons et d’images. Son film s’ancre dans une réalité sociale très forte.

Jérémie Renier est d’une intensité fulgurante en inspecteur torturé, conscient de sa chute mais incapable d’y résister. Et au travers de son visage fermé et sombre, de ses failles et brisures qui le composent et le décomposent, au milieu de toute cette douleur qu’il porte en lui, nait de l’amour. Une humanité. Van Hees a d’ailleurs organiser son film autour de la naissance qu’il attend avec sa femme. Il clôt ainsi sa trilogie autour de l’amour et de la douleur par un film tragique sur la transmission et la difficulté de vivre. La vie ne serait donc qu’amour et douleur.

Julien Camy

Waste Land de Pieter Van Hees avec Jérémie Rénier, Natali Broods, Babetida Sadjo
Sortie le 25 mars

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s