Musique / La croqueuse de jazzmen

On ne peut pas ignorer sa présence au premier rang des concerts de jazz de la région…chevalet portatif en bandoulière muni d’un petit éclairage à piles…palette de couleurs d’une main, pinceau dans l’autre, c’est Märta Wydler (1), une aquarelliste qui croque les meilleurs jazzmen de la planète.

Photo : Michele Rosewoman &New Yor-Uba
Photo : Michele Rosewoman &New Yor-Uba

Diplômée en illustration scientifique de l’Ecole National Supérieure d’Art de Zurich, Märta Wydler a commencé son premier job en dessinant dans un musée archéologique, ensuite elle devient dessinatrice pour des entreprises de tissus et illustratrice pour des magazines et des expositions tout en se passionnant pour la musique et pour finalement jouer de la contrebasse. Quand elle débarque à Nice en peintre aquarelliste, elle se prend d’amitié avec des musiciens à tel point qu’elle se joint à eux pour jouer dans les rues et les bars de la ville. On la verra avec Boogies Men, Nadiamori, un trio de filles et beaucoup d’autres, mais un jour… « On avait joué dans un restaurant à Nice, à un moment donné, j’ai décidé de me consacrer à la peinture et j’ai arrêté la musique…j’ai demandé à la patronne du resto…est ce que je peux venir peindre, et c’est comme çà que j’ai commencé, en fait, j’étais un peu dans la même position qu’un musicien de rue sauf que j’étais avec ma peinture »

Ph : Joe Sanders'chamber bass project
Ph : Joe Sanders’chamber bass project

JoeSandersChamberBassNYC

JP L : Comment avez-vous réussi à participer à un festival, vous avez demandé ?

« c’est venu petit à petit, ça a surtout commencé par le célèbre bar des Oiseaux, après, j’ai tourné un peu dans les autres bars et puis, en 2011, à Nice, j’ai demandé aux organisateurs si je pouvais peindre les musiciens pendant le Nice Jazz Festival, ils me connaissaient parce que j’avais déjà fait des expos… et donc, j’ai été accréditée, pour faire çà, par la ville de Nice, avant j’étais à Cimiez mais je n’avais pas d’accréditation, j’ai payé pour rentrer et en 2011, je me suis installée »

Christian McBride, Nice Jazz Festival 2014
Christian McBride, Nice Jazz Festival 2014

JPL : Les gens se demandent comment on peut peindre des personnages en mouvement, comment arrivez vous à vous concentrer ?« Comment peut-on expliquer çà aux gens (rires) j’observe, il y a un ami qui a essayé de me filmer et qui m’a dit…on ne comprend pas ce que tu fais…moi-même, je ne sais pas et, parfois, pendant cinq minutes, je regarde, j’observe, je me dis…ah oui, vient le trompettiste, chaque fois, il remue la tête où, il baisse,son buste,soulève une jambe, au bout d’un petit moment je reconnais la position typique, plus que l’habitude, j’observe où il a le plus son expression à lui, personnelle…certains bassistes sont toujours comme çà avec la tête baissée, parfois il y a un saxophoniste, il se baisse tout le temps et je me dis, çà, c’est sa position habituelle, tant pis si on ne le voit pas très bien mais je choppe plus sa personnalité si je le peint comme çà.

Jimmy Cliff, Jazz in Marciac 2014 c Maewwy
Jimmy Cliff, Jazz in Marciac 2014
c Maewwy

Après, il y en a d’autres, surtout des pianistes, je me dis, on ne voit jamais son visage, il est toujours penché comme s’il voulait embrasser le clavier, le piano est situé de façon qu’il est presque de dos, je me dis, il faut que je chope quand il se lève et donc, c’est vrai que c’est plus risqué, il y a quelques petites secondes où il va se lever et il faut tout de suite que je sois là, mes yeux doivent très vite visualiser tout son corps…je me dis…choppe…choppe, c’est pour çà que je suis assez agressive quand les gens essaient de me parler, quand je suis en train de travailler parce que, il faut que je croque ces moments où les musiciens sont dans leur position et ce sont des secondes, des particules, des morceaux de secondes…ah oui, là, il est…hop…comme un photographe…en fait, ce n’est même pas une seconde…un instant…là, il est bon !

Ahmad Jamal, Jazz in Marciac 2014 c Maewy
Ahmad Jamal, Jazz in Marciac 2014
c Maewy

JP L : Vous avez des anecdotes, vous demandez aux musiciens ?Je ne demande jamais à personne de faire quelque chose, j’ai eu des anecdotes au festival de Marciac, il y avait le saxophoniste Wynton Marsalis qui m’a vu dans le public, il y a 5 à 6 000 personnes dans la salle et il m’a vu, c’est improbable que le musicien me voit, j’ai eu la chance de rencontrer les musiciens après, on n’a pas un accès direct non plus, j’ai donné un tirage à Wynton Marsalis, cet été là, j’ai donné des photocopies couleur, je ne donne pas les originaux, c’est mon travail »

Peirani et Parisien Nice Jazz Festival 2014 c MaeWy
Peirani et Parisien
Nice Jazz Festival 2014
c MaeWy

Le travail de Märta ne s’arrête pas là, elle est la seule dans ce domaine à peindre pendant un concert et à chaque concert, elle demande aux musiciens si c’est possible d’avoir un autographe sur sa toile, une œuvre qui devient à cet instant un document unique dans l’histoire des concerts de jazz.

Cécile Mclorin Salvant Nice Jazz Festival 2014 c Maewy
Cécile Mclorin Salvant
Nice Jazz Festival 2014
c Maewy

« Les musiciens sont contents de voir que j’ai fait çà sur le vif et ils disent « ah bon t’as fait çà » tout de suite, je leur demande si ça les gêne de signer et ils me disent non, ils signent. Jusque là, il n’y a pas eu de problème, il y en a eu un qui ne voulait pas mais ça leur fait plaisir de voir que je fais quelque chose en direct. La plupart du temps, les musiciens sont très vraiment sympas, parfois, il font des remarques marrantes comme le guitariste Mike Stern. Mais, ne croyez pas que je travaille toujours dans la facilité, il y a les imprévus du moment dans un concert, vous allez avoir un pupitre qui gêne,un pied de micro qui coupe l’artiste en deux, les jeux de lumières qui changent et c’est très à la mode, le changement d’instrument qui modifie parfois la posture du musicien, c’est le costume ou la robe qui change ou un artiste qui a trop chaud et qui enlève sa veste…Bon, je m’en sors car je suis prise par la musique, au fil des années, j’ai appris à savoir quand le solo va être pris, ça me permet de me concentrer très vite sur celui qui le fait…

Märta par Frank
Märta par Frank

Si vous apercevez Märta, approchez vous, elle a aussi un don d’équilibriste, elle peint sans jamais faire tomber son gobelet d’eau, elle arrive même à taper le rythme avec sa jambe et là, c’est vraiment l’osmose avec sa peinture. Entre deux concerts, l’artiste enseigne à l’Ecole Internationale de l’Innovation et du Design Durable, son secteur, le story board et l’aquarelle tout en préparant une exposition au Théâtre Lino Ventura à Nice, à partir du 3 avril et une autre à Brioude du 10 au 15 juillet pour la septième Biennale de l’Aquarelle. Si vous avez envie que Märta vous croque, envoyez lui un mail (2), même si vous n’êtes pas musicien de jazz.                                                                    Jean Pierre Lamouroux

  • Membre de la Société Française de l’Aquarelle, elle a publié « L’Art de l’eau » en auto édition de la même société
  • wy @ gmail.com
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