Cinéma / AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood

AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood.

Dans le dyptique « Mémoires de nos pères » sur le conflit avec le japon , récit délibérément anti-militariste où il fustigeait la « mise en scène » de l’héroïsme , ici, c’est un point de vue beaucoup moins nuancé et plus ambigu que le cinéaste aborde ,  avec le portrait en héros  de Chris Kyle ce sous – officier et tireur d’élite de l’US Navy Seals , qui fit quatre campagnes en Irak, et, au palmarès impressionnant de victimes ( 160 ) au bout de sa lorgnette de Sniper. Archi- décoré et héros d’une certaine Amérique…

l' Affiche  du  Film.
l’ Affiche du Film.

Dans sa quête cinématographique d’exploration de l’Amérique profonde, Clint Eastwood n’a jamais rechigné au long de sa carrière    ( de comédien et cinéaste ) à tenter , pour reprendre le titre de l’un des ses films (  Minuit dans le jardin du bien et du mal/ 1997 ) qui s’est construite par le sang et les armes . Et le cinéma Américain n’a jamais cessé  non plus de s’en inspirer pour célébrer ses rebelles , et, surtout ses héros qui ont permis de construire le mythe du sauveur de la nation . Héros et Patriote  porteur  de ce thème de l’abnégation, qui n’a qu’une idée en tête comme c’est le cas ici de Kyle «  assurer la sécurité des marines … sans état d’âme …et sans remords »  . Obéissance aux ordres , discipline , efficacité … comme dans Le Maître de guerre ( 1986 ) ou le sergent instructeur , ex- de Corée et du Vietnam, instruisant une unité de marines , va prouver l’efficacité de sa méthode «  même les pires peuvent devenir les plus courageux ». Ici , c’est le père de Kyle qui va se charger de son éducation Texane ( « il n’y a que trois catégories qui composent le monde : les agneaux , les loups et les chiens de berger » ) et de lui inculquer l’instinct du chasseur. Sur le terrain Kyle ( Bradley Cooper ) se « focalise » sur sa tâche, faisant corps avec son arme. En ange exterminateur …

Kyle  ( Bradley Cooper )   avec  son arme  en pleine concentration
Kyle ( Bradley Cooper ) avec son arme en pleine concentration

Dès lors , voilà Kyle prêt à jouer son rôle de héros . Les attentats anti Américains en Afrique (Tanzanie, Kenya ) le portent à s’engager dans le coprs des Navy Seals. Après l’attentat des Tours Jumelles il sera envoyé à Quatre reprises en Irak, sacrifiant sa vie familiale en même temps que sa propre santé mentale vis à vis de laquelle il semble s’être réfugié dans un certain « autisme » qui lui permet de renvoyer stress et autres traumatismes consécutifs à ses « missions » aux oubliettes . Le héros n’a pas à avoir ce genre de faiblesses. Si  Clint Eastwood n’évacue pas cet aspect , et même , réussit au fil de quelques séquences ( la scène de la rencontre avec les vétérans revenus handicapés…) qui montrent ( la scène de bar où il se réfugie , celle du salon face à la télévision éteinte , et en off , les échos sonores des opération qui reviennent le hanter ) son impossible retour à la vie normale.   Ce sont sans doute les séquences les plus réussies du film qui donnent à comprendre l’échec d’un homme accroché à un idéal. Et c’est , en miroir de cet aspect que Clint Eastwood choisit de suivre son héros dans sa quête enfermé dans son discours dont il ne remet pas en question les aspérités , à l’image de la manière dont il plonge et replonge dans ses missions , sans que jamais soit posée la question qui pourtant fit débat de la légitimité de la seconde ( 2004- 2009) intervention Américaine en Irak . Et puis , il y a cette fascination pour les armes qui finit par poser problème tant elle occupe de manière récurrente et répétitive l’image avec les multiples scènes relatant les « exploits » de Kyle les yeux fixés sur ses « cibles » . Comme si cela n’était pas suffisant , le récit nous offre même en la personne d’un Snipper ennemi ( le boucher ) un «  alter ego » qui permet d’entretenir le suspense en une digression scénaristique qui renvoie au Western, et au duel attendu. Obnubilé , aveuglé , par son «  duel » Kyle va désobéir aux ordres mettant en péril la mission provoquant un massacre ( belle séquence) qui se prolonge , symboliquement, dans le nuage d’une tempête de sable . Son exploit se retrouvant sanctionné dans la confusion de  cette tempête qui à l’évidence  fait écho à l’ opération ( Désert Storm / Tempête du désert -1991) de la première guerre du Golfe menée par les Etats-Unis mettant fin à l’occupation du Koweit par l’irak.

Kyle (Bradley Cooper  ) avec ses  camarades de  combat , Jake MacDorman, Owain  Yeoman
Kyle (Bradley Cooper ) avec ses camarades de combat , Jake MacDorman, Owain Yeoman

Dommage que Clint Eastwood dont la qualité du travail et de mise en scène n’est pas en cause , la mette au service d ‘une héros « beauf » dont les aspérités sont gommées au profit de l’image qui construit la légende ( l’homme courageux sur le terrain , le bon père de famille qui refait surface lors de ses retours au bercail …) . Le manichéisme parfois reproché à tort à Eastwood , refait ici par moments, surface , avec en toile de fond ce sujet ( le patriotisme ) si viscéral aux Etats-Unis dont le conditionnement dans lequel son héros a baigné pour se retrouver du côté des « éperviers » bellicistes, est souligné par le cinéaste . Mais celui-ci trouve sa limite dans le portrait de Kyle et le questionnement qu’il génère sur la guerre et la violence, renvoyant le traumatisme subi, non pas à ses propres actes , mais à ceux dont il a été le témoin ( la terrible scène de l’acte de barbarie commis par un responsable d’Al -Qaida sur un enfant ) commis par l’ennemi. Pas la moindre indication de possibles exactions , ou dérapages , du même type pouvant avoir eu lieu du côté de Combattants Américains. Kyle ne peut, dès lors, que se retrouver renforcé dans sa détermination et son engagement qui en fait le garant de la « mission » dont le pays l’a investi et qu’il n’est pas question de remettre en cause. On est loin ici, du questionnement qui faisait l’intérêt de Gran Torino ( 2009 ), sur le sujet tout aussi brûlant aux Usa que le Patriotisme, celui de l’auto-défense sur laquelle le regard du cinéaste ne faisait pas dans l’ambiguïté . On est loin, aussi , des portraits d’autres héros de légende ( ceux de la seconde guerre mondiale) , dont les cinéastes ont porté les exploits à l’écran , à l’image par exemple du Sergent  York ( 1941), ce tireur d’élite et objecteur de conscience dans le film  de Howard  Hawks.

Au pays, Sa femme  inquiète (Sienna Miller )
Au pays, Sa femme inquiète (Sienna Miller )

A moins que , ici , le final qui fait écho à l’assassinat de Kyle par un « vétéran » , ne renvoie d’une certaine manière par son incroyable conclusion, à un constat d’échec, dont Kyle serait l’emblématique figure héroïque dont la fin tragique fait un étrange écho à une propagande guerrière dont les souffrances des vétérans viendraient rappeler l’inexorable déroute d’un certain patriotisme qui a fini par avoir raison du chien de berger de cette catégorie que définissait le père de Kyle . Dès lors , les loups vont pouvoir manger les agneaux…

 ( Etienne Ballérini )

AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood- 2015-
Avec : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake MacDorman, Kevin Lacz….

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