Musique / Un flamboyant Magma

Espace temps inconnu, dimension d’un degré inexploré ou épopée chevaleresque ?… Passer une heure et demi en compagnie de Magma, ainsi que La Ruche et le théâtre niçois Lino Ventura l’ont proposé aux Azuréens un certain vendredi 13, est vraiment une expérience spatio-temporelle unique.

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Pas une ride, le groupe à Vander ! 45 ans de scènes et de zeuhl offerte avec dévotion, et toujours au sommet de son art ! Le public, venu en nombre remplir les allées du théâtre ne s’y est d’ailleurs pas trompé, en remerciant chaleureusement d’une longue standing ovation, à la fin du spectacle, les 8 membres du groupe mythique. Du groupe mystique.

Tandis que le carnaval était lancé en fanfare et sous la pluie dans les quartiers chics de la capitale azuréenne, c’était là, dans le populaire et délaissé quartier de l’Ariane que la magie opérait.

Le paradoxe évident entre la poésie véhiculée par cette musique enchanteresse et la violence qu’elle contient intrinsèquement nous emmène dans une ambigüité plaisante. Inquiétante parfois, mais tellement jouissive.

La musique de Magma ne s’intellectualise pas, et on aurait tort de chercher à cheminer dans cette direction. Elle se ressent, s’intuite, se renifle, se hume, se respire, nous appelle, nous attire sans que nous ne sachions quoi faire, ni danser, ni chanter, ni même battre le rythme tant celui-ci est complexe et mouvant. Et nous nous approchons, prudemment pour ne pas se brûler, d’une incandescence complice – semble-t-il… – dans laquelle nous sommes emmenés malgré nous.

C’était donc à l’Ariane que les forces cosmiques s’assemblaient ce soir-là, et utilisaient la musique comme canal de communication.

Do you speak kobaïen ? Brève description : les musiciens sont pleinement possédés. La joute est prégnante. Le bassiste, Philippe Bussonnet, est en première ligne. Il envoie des rafales de notes et porte volontiers l’estocade d’un violent mouvement du bras gauche, répété dés que la musique le permet – souvent. Avec Christian Vander (photo ci-dessous), le batteur et fondateur du groupe, ils lancent l’assaut, motivent et entraînent leur troupe. A la guitare, discret et pourtant très présent, James Mac Gaw fait le lien entre eux et le reste des musiciens. Avec Benoit Alziary au vibraphone, Bruno Ruder au piano et Hervé Aknin au chant, le combat n’est plus mené de front, et la dimension guerrière s’éloigne un peu, mais l’émotion est palpable. Comme s’ils incarnaient une profusion de sentiments contradictoires. Restent les deux représentantes de la pureté qui donnent le relief nécessaire à cette musique qui s’y prête tant : les deux chanteuses Stella Vander et Isabelle Feuillebois.

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Photo : Thierry Obadia

Le public assiste à une démonstration de forces qui le dominent. Et cela se passe en kobaïen, fameux nom du langage dans lequel le fondateur du groupe compose les textes des morceaux qu’il compose aussi. « Je fais tout au piano », nous livre Christian Vander, avec qui nous avons eu la chance de passer un petit moment, avant le concert. « Une fois seulement, j’ai composé un morceau à la guitare… C’était le premier morceau… Il y a 45 ans… J’ai fait trois accords et j’ai chanté en kobaïen. C’est devenu Kobaïa ! ».

La version d’Emëhntëhtt Ré dont le groupe nous gratifie ce soir-là est grandiose. Moi qui parle kobaïen comme une vache espagnole, j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’un titre racontant l’histoire d’un type qui avait cru pouvoir dompter les éléments. Laissez-moi vous dire qu’il n’a pas réussi !

Exigence absolue. Pour le néophyte, toute l’ambiance est vraiment frappante. Mais ce qui reste peut-être par-dessus tout, c’est le jeu de ces musiciens d’une grande lignée. Il y a forcément une part laissée à l’improvisation dans ses interprétations si rondement menées. On a du mal à comprendre comment le bassiste par exemple, pourrait soutenir à l’identique, au fil des représentations, une ligne de basse si exigeante pendant les 25 minutes que dure en moyenne un morceau de Magma. « Oui, il y a toujours des passages improvisés, nous confie Vander. Il faut savoir évoluer dans l’espace. Et petit à petit, on gagne en intensité. Ainsi, le musicien qui a envie de faire un chorus doit l’amener progressivement. » Celui dont l’esprit fourmille sûrement de mille idées concomitantes à la minute, est comme un monarque de droit divin sur scène, exerçant un pouvoir qui serait celui d’une exigence absolue. « Je compose tout ce qui existera dans les morceaux, mais ensuite, chaque musicien s’empare de sa partie, et décide, ou non, de la personnaliser. » A n’en pas douter, pour que le résultat soit d’une telle propreté, c’est que le chef d’orchestre scrute chaque petit détail. « Je ne suis pas forcément sévère, mais il faut que le musicien entre dans le truc, et comprenne notre langage… Il y a un fil conducteur et un certain nombre de contraintes… ».

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Photo : Thierry Obadia

Enfin, une chose est également sûre, c’est que Magma ne triche pas avec son art, et se donne sans compter. « En avril, nous serons en Californie, San Francisco, Los Angeles, puis Seattle, etc… Certains iraient se balader et faire du tourisme, à ma place. Moi, je m’enfermerai dans ma chambre d’hôtel et me concentrerai sur le concert du soir. »

Mais quelle est donc cette force obscure qui a marqué de son emprise ce concert ? Je dirais pour conclure en prenant le risque de rompre le charme, qu’elle a deux piliers fondateurs : la musique servie par d’authentiques virtuoses, et l’imaginaire génial du batteur absolu Christian Vander.

Rompre le charme ? Impossible !

Rafaël Fardoulis

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