Cinéma / L’ENQUETE de Vincent Garenq.

L’ENQUETE de Vincent Garenq .

Après Présumé Coupable (2011 ) où il décortiquait l’affaire d’Outreau, le cinéaste s’est emparé d’une autre affaire qui a secoué la Cinquième République , l’Affaire « Clearstream » révélée en 2001 par le Journaliste Denis Robert qui a co-écrit,  aussi , le scénario. La corruption et le monde de la Finance sur la sellette dans un « polar » financier porté par une réalisation haletante …

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Comme c’était le cas dans Présumé Coupable s’ouvrant sur l’arrestation d’André Marécaux qui nous introduisait dans son combat pour faire éclater la vérité, ce n’est sans doute pas un hasard sur Vincent Garenq ouvre encore ici , son film par l’arrestation de celui qui a déclenché le séïsme de l’affaire Clearstream , le journaliste Denis Robert . Dans les deux cas , en effet , le cinéaste met en exergue une situation emblématique de Violence qui s’abat sur un personnage qui va devoir face à l’acharnement de ses ennemis et au fonctionnement de la Justice. Dans les deux cas,aussi, c’est l’honneur d’un homme qui est d’entrée de jeu , en question . Celui de Marécaux qui devra se battre pour faire reconnaître son innocence dans le procès d’Outreau , et ici, c’est celui du Journaliste d’investigation Politique Denis Robert ( Gilles Lellouche , impeccable ) qui a mis à jour les dessous d’une affaire dont les ramifications et les compromissions ( hommes politiques , société privées , armée , banques …) laissent apparaître l’existence d’une système de corruption qui met en cause le plus hauts fonctionnaires de l’état et le système financier, qui fructifie grâce aux paradis Fiscaux. Une enquête minutieuse qui va faire grand bruit puisqu’elle va secouer le monde Politique en même temps que révéler les dessous d’un « collusion » avec le monde Bancaire qui s’en est fait le protecteur . Cette délinquance en col blanc , qui , depuis à la manière d’une « pieuvre » n’a cessé d’étendre ses ramifications dans le sillage d’une Crise financière dont elle a profité en se « jouant » de cette opacité qui sert si bien ses intérêts .

Denis  Robert (  Gilles  Lellouche ) cherche  à dénouer   les  mailles de  son enquête
Denis Robert ( Gilles Lellouche ) cherche à dénouer les mailles de son enquête

La démarche de Vincent Garenq s’inscrit dans une volonté qui consiste à tenter de faire comprendre, comme il l’explique «  la difficulté d’enquêter et de lutter contre l’opacité financière et la corruption ». En même temps que de trouver les parades qui puissent être efficaces contre cette délinquance qui met en branle tous les moyens légaux           ( avocats ) et parfois illégaux ( pressions , menaces …) pour tenter de faire cesser les investigations lorsqu’elles deviennent trop gênants. Le scénario idéal est quasiment servi au cinéaste avec les développement de l’affaire qui met en scène ses «  justiciers »  et ses « hommes troubles » qui gravitent au cœur de l’opacité du système.
Autour du personnage central du Journaliste viendra se greffer celui du célèbre Juge Renaud Van Ruymbecke ( Charles Berling , remarquable ) qui s’installe comme le complément du journaliste d’investigation , avec ses pouvoirs qui lui permettent de mettre en action la justice lorsque les preuves sont avérées.

Denis  Robert (  Gilles  Lellouche  et l'un de  ses  informateurs
Denis Robert ( Gilles Lellouche)  et l’un de ses informateurs

Mais les deux « justiciers » , vont retrouver sur leur route un homme Imah Lahoud ( Laurent Capelluto , étonnant ) , dont on ne sait s’il tire les ficelles ou s’il est manipulé , qui va finir par mettre en péril le travail du journaliste et celui du juge qui se feront « piéger » par une fausse liste – délibérément jetée en pâture – de personnalités Politiques compromises dans l’affaire . Le sérieux de leur travail , un moment « dénaturé », va se compliquer , d’autant que les pressions ( ordinateur du journaliste piraté ) et les procès , se succèdent.

C’est donc au cœur d ‘un récit rempli d’intrigues , d’énigmes , de révélations et de faux , de personnages troubles et de personnalités en vue ( Le général Rondot , Dominique De Villepin , Nicholas Sarkozy, Jean Louis Gergorin …), de jeux d’alliances Politico-financières, de secrets militaires ( les frégates de Taïwan ) , de secrets d’états ( France, Luxembourg ) et des Paradis Fiscaux. Il y a les accents du film d’investigation et du Polar plus vrai que nature. La force du film , c’est de prendre en mains tous ces éléments et de les servir avec la progression de l’enquête , son développement et ses conséquences .

Gilles  Lellouche  et Charles  Berling
Gilles Lellouche et Charles Berling

Servi par la rythmique d’une montage nerveux ( complété par celui d’une « tonalité » musicale signée Erwan Kermorwant, qui lui offre le vertige ) qui s’inscrit au cœur de l’événement en même temps qu’il lui restitue, sa nature réaliste … et le mystère de l’opacité , et de l’impuissance ressentie , celle qui fait dire au cinéaste :   «  je pense que le film rend intelligible pour le grand public les rouages de cette affaire tellement complexe que seuls quelques initiés avaient décryptée. Mais l’opacité financière demeure à l’image de notre impuissance face à ce système Titanesque faits de paradis fiscaux , de grandes banques internationales , de flux financiers impalpables et d’argent de la Mafia blanchi au su de tous. Ce qui me touche dans cette histoire , c’est que le protagoniste croit atteindre le Graal , le centre névralgique du système financier mondial responsable de tous nos maux .Et puis «  Pschitt », il ne ne passe strictement plus rien. C’est à l’image de notre époque . Nous savons de quoi nous souffrons , mais personne n’agit », dit-il dans le dossier de presse du film.

Gilles  Lellouche  et Laurent  Capellutto
Gilles Lellouche et Laurent Capelluto

En effet ,ici , le journaliste d’investigation se consacre totalement à son travail y sacrifiant quasiment sa vie familiale  à laquelle il n’apporte que les effets négatifs du stress des secrets ( protection des sources ) liés a ses investigations , les risques de fuites qui pourraient mettre en danger ses proches . Le secret dans lequel il est contraint de travaille , se fait l’écho de celui qui fait prospérer l’opacité financière. Mais si Denis Robert voit sa vie totalement bouleversée , et son travail – pourtant si indispensable- finir par être jeté aux oubliettes, le film – lui – en le remettant en lumière s’en fait le porte-voix nécessaire pour que le combat contre l’affairisme ne baisse pas les bras . En ce sens , le film de Vincent Garenq en abordant ce sujet d’affaires Politico-financières dont les échos sont encore perceptibles dans la politique et la crise actuelle , s’inscrit comme une exemple rare de cinéma de Fiction Politique, dans le cinéma Français d’aujourd’hui. En ce sens il rappelle, et s’inscrit, dans la continuité des « dossiers » ( à l’exemple de l’Affaire Matteï de Francesco Rosi ) du Cinéma Politique italien des années 1970.

(Etienne Ballérini)

L’ENQUETE de Vincent Garenq -2015-
Avec Gilles Lellouche, Charles Berling , Laurent Capelluto, Florence Loiret- Caille….

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Un commentaire

  1. Hervé Falciani, a déclaré sur BFMTV le 12 février, que c’est grâce à la CIA qu’il a pu obtenir les informations… Nous ne pouvons que nous féliciter d’une telle initiative des agents non corrompus de la CIA qui vont enfin permettre de mettre derrière les barreaux les politiques corrompus. Ils avaient réussi à éviter le scandale en s’acharnant sur Denis Robert. En effet, en regardant le film « L’Enquête » il est facile de comprendre que Denis Robert avait mis le doigt là où cela faisait très mal. Pour lui faire abandonner son enquête les banques l’ont assailli de procédures en diffamation (le temps pour faire disparaître les preuves). Afin de décrédibiliser son enquête et le travail du Juge van ruymbeke, ils ont fait intervenir les barbouzes pour trafiquer les fichiers en y ajoutant le nom de Naguy de Bosca allias Sarkozy. Et comme cela, les avocats de Clearstream pouvaient démontrer que l’enquête n’était pas sérieuse (puisque les fichiers pouvaient être modifiés) ! Et permettait aux politiques d’échapper au scandale.
    Ce n’est que partie remise. Du swissleaks au kuwaitleaks, du Kuwait Gate à Clearstream (plus de 22 milliards US $ détournés !) : Liberté d’expression (JE SUIS CHARLIE) – DSK (et ses putes). Je vous invite à lire le Chapitre 13 – Page 119 de « la Boite Noire » que nous voyons à plusieurs reprises dans « L’Enquête » et regarder le reportage sur l’extinction des puits de pétrole en feu au Koweït qui devait être diffusé le 12 mai 2000 dans l’émission Sans Aucun Doute présentée par Julien Courbet. Reportage qui a été annulé sur ordre de DSK ! De quoi avait-il peur ?
    Pour la liberté de l’information, le reportage classé aux archives de TF1 sous la référence SAD N°31 (EN510876), est visible dans son intégralité sur
    http://nemesistv.info/video/MMO7W747W4W5/dsk-kuwait-gate#
    Le logiciel « PROMIS » (Prosecutor’s Management Information System) appliqué à la gestion des flux monétaires internationaux est une arme autrement plus dangereuse que celles qu’utilisent les armées…car, à travers la « porte dérobée » il permet de pénétrer des comptes secrets y compris des comptes en Suisse, et en retirer de l’argent sans laisser de trace. Grâce aux sociétés de Clearing comme « Clearstream » ou « Euroclear » un système de dissimulation d’opérations bancaires est mis en place avec l’aval de dirigeants de banque, d’hommes politiques influents. Le clearing permet de remonter n’importe quelle filière d’argent sale si l’on s’en donne les moyens. André Lussi, ancien Président de Cedel (Clearstream) qui a été démissionné, parle de la mémoire de l’argent : tout est tracé, tout est enregistré, on sait exactement tout ce qui se trame. On peut donc, si on s’en donne les moyens, reconstituer le voyage (souvent long et compliqué) des virements électroniques de Paris à Luxembourg, de Jersey à aux îles Caymans, de Genève à Toronto, etc…
    Vous avez aimé « L’Enquête », vous aimerez « L’Enquête 2 » à suivre…
    « Il n’est point de secret que le temps ne révèle » (Jean Racine – Britannicus)
    A suivre…

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