Art Contemporain / Avec Louis Dollé, l’image y est

Avec sa barbe rousse taillée en pointe, ses cheveux perpétuellement en bataille, le sculpteur (mais pas que…) Louis Dollé est un habile  compromis entre un faune et Auguste Rodin. Du deuxième, il a en commun la sculpture du premier…

Avec Louis Dollé, l’image y est Avec sa barbe rousse taillée en pointe, ses cheveux perpétuellement en bataille,  le sculpteur (mais pas que…) Louis Dollé est un habile compromis entre un faune est Camille Rodin.  Du deuxième, il a en commun la sculpture, du premier… Jacques Barbarin : Louis, la première fois que je t’ai vu, tu sculptais des portraits en bois d’olivier sur le cours Saleya.  Je te parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Mais tu es aussi dessinateur, peintre, et tu as ouvert une école, « L’orange bleue ». Tu te revendiques comme « ymagier ». Louis Dollé : L’ ymagier, au Moyen-âge, c’est celui qui dessinait les plans de la cathédrale, qui dessinait les vitraux, qui cherchait aussi les pigments qui correspondaient, qui dessinait les statues, qui peignait les cathédrales : il était donc aussi peintre, il faisait les enluminures… donc les images. J.B : Lorsque j’interroge des gens de théâtre, je leurs pose toujours comme question préliminaire le sens et l’origine du nom de leur compagnie théâtrale. Ton école s’appelle « L’orange bleue ». Est-ce une référence au vers d’Eluard (La terre est bleue comme une orange) au film « Tintin et les oranges bleues » ou est-ce venu à la fin d’un repas particulièrement arrosé, car tu n’es pas un abstème 1 ? L.D : Tu regroupes les trois hypothèses. Tu sais que j’ai les yeux bleus et la « poilure » orange, j’ai créé  avec Gaëlle Abolivier « L’orange bleue » aux Diables bleus » ²,  et c’est là que nous avons donné nos premiers cours de dessins. Nous avons donné ce nom car orange et bleu sont deux couleurs complémentaires. C’est un nom qui a coulé de source, car tous les deux, car nous n’aimions pas les jeux de mots avec « art » dedans, comme « Tête de l’Art ». On s’est demandé ce qui représente le mieux la peinture si ce n’est la couleur. J’ai donc pensé à Paul Elurad et Gaëlle m’as dit : « Ah ! c’est une bonne idée, mais il n’y a pas un film qui s’appelait Les oranges bleues ? » Et c’est en buvant un petit coup qu’on a fait notre « brain storming ». Gaël était très au fait d’internet, et on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de nom de domaine ; on était les premier à s’appeler « Orange bleue ». J.B : Avançons dans le temps jusqu’à l’époque de « No-Mad » L.D : C’est un collectif d’artistes internationaux, créé par Monsieur Denis Gibelin 3. Il s’est fait viré de Monaco est chaque fois qu’on prononce ce vocable il y a des boutons qui lui pousse sur le visage ! [Rires] C’est pour ça que, chaque année, on expose à Cap d’Ail, juste à coté de Monaco… Mais il faut dire que l’arborétum de Roure 4  où l’on expose, est soutenu principalement par le prince Albert, puisque l’Etat français l’avait laissé de coté. Notre projet actuel est sur les vallées du Paillon. Le Paillon est un flux, on vit à l’époque des flux d’information. Le Paillon était, sur plus de cent kilomètres, la manière de faire remonter les informations. Notre collectif d’artistes –on est 22 sur le projet- va exposer à partir du 13 mars, dans toute la vallée du Paillon. JB : Il y a aussi ce livre 5 que tu as sorti aux éditions Mélis. L.D. : C’est une grande aventure. C’est un livre qui est sorti il y a maintenant 3 ans, pour le salon du livre à Paris. Ce livre a mis deux ans a être fait par mon élève, Jérémie Dancel, qui est actuellement infographiste, peintre, sculpteur. Comme il a travaillé avec moi pendant cinq ans il était le seul à pouvoir faire ça. Je lui ai donné carte blanche. Il m’a demandé des textes, des photos. Il y a quelques textes de moi, mais ce sont surtout des amis. Au début il faisait cent cinquante pages, mais pour le format éditeur on a dû pas mal raboter. Luciano Mélis a vu la maquette, il l’a adoré, a encouragé Jérémie à continuer. J’avais travaillé pour Véolia qui m’a donné un peu d’argent pour le faire, Luciano Mélis a mis l’autre moitié. C’était sa seule parution de l’année, c’était sa seule présentation au Salon du Livre. Je suis monté à Paris, je n’avais pas encore vu le livre fini, je l’ai découvert au Salon. Pendant trois jours j’ai fait des signatures, ce qui était pour moi une chose nouvelle. Un livre comme ça permet de répandre un petit peu son travail. Depuis que j’ai fait ce livre tout change pour moi. J.B : Nous sommes dans ton atelier, où tu reçois tes élèves. Ils sont plus attirés  par la peinture, le dessin, la sculpture ? L.D : La plupart des personnes on découvert le cours soit par internet, soit par le bouche à oreille, ils viennent ici timidement la première fois, ils vont prendre des cours de dessin, et puis il y a d’autres gens, la peur du jugement… Ceux qui font du croquis, je leur dis : « bon, c’est bien, mais qu’est-ce que tu vas en faire de tes croquis ? » Je les oriente soit en peinture, soit en sculpture. Et ceux qui viennent directement en peinture ou en sculpture, je leur dis « bon, c’est bien, mais il te manque un peu de dessin. » Quand je vois quelqu’un arriver, maintenant, je leur fait faire 2-3 croquis, ou deux trois boulettes de terre,  et je vois très bien s’il va persévérer comme ça, ou s’il faut lui donner un autre cours. En fait j’adapte un peu ma pédagogie à chacun. J.B : J’aimerais revenir à Louis Dollé sculpteur. Quel est ton matériau de prédilection ? L.D : Quand j’étais gamin, je trouvais une motte de terre, je faisais un truc avec de la terre ; je trouvais des feuilles, je faisais un truc avec des feuilles. Maintenant, j’aime aussi bien faire du land-art 6  que de la sculpture, de la peinture. Si je fais toujours la même chose, je m’ennuie. Ce que j’aime, c’est détourner les choses. Maintenant, je récupère de l’acier, je le soude, et j’agis comme un forgeron. Mon « homme qui marche », en bois, est entre train va être coulé en bronze, il va être à l’entrée de l’hôpital Pasteur 2. Et ça, c’est un bonheur, car ça a pu être fait par souscription populaire, chacun a donné selon ses moyens. Du coup, les gens pourront voir à l’entrée de l’hôpital une sculpture en bronze qui à l’origine était en bois, mais que j’avais conçu pour le bronze il y a… quinze ans ! Et j’espère encore découvrir des matériaux jusqu’à mon dernier jour ! J.B. Tu as fait l’école de la villa Arson, tu n’en garde pas un souvenir émerveillé. L.D. J’appelle ça « l’Académie ». Elle me reprochait d’être trop « technique », trop artisan. Je me suis dit : « Je n’ai aucun avenir dans l’art ». Je me suis dit qu’en même temps, vu de là d’où je venais, le quartier de l’Ariane, jr peux pas être comme ces « bobos » qui veulent m’apprendre l’art. Et quand je regarde dans l’histoire de l’art, les seuls qui m’intéressent sont ceux qui ont fait des recherches : Léonard de Vinci, Picasso, Duchamp, Lucienne Freud… Ce sont des gens qui ont toujours cherché. Quad je voyais ce qu’on nous apprenait à la Villa Arson, je me disais : « Mais c’est ça, l’académie. » Quand je vois des installations à la villa Arson, je me dis : « c’est le même truc que l’on voit depuis 40 ans. » Avec 25 ans de recul, j’ai des gens qui viennent prendre des cours depuis 15 ans. Des gens m’achètent des pièces, je vais avoir mon quatrième monument public, je me dis que j’ai bien fait de ne pas persévérer dans l’académie. Jacques Barbarin Ecole d’art L’orange bleue, 2, rue de Jussieu Nice (prés de l’église russe) orangebleueasso.wordpress.com  1 abstème : toute personne qui, pour une raison ou une autre, ne consomme aucune boisson alcoolisée et pas d'alcool de manière générale. ² Les Diables Bleus sont nés à Nice en 1999, de l’initiative d’artistes - comédiens, musiciens, plasticiens... - avec comme volonté de partager des pratiques autant que des moyens, notamment de trouver un espace de création commun. Ils ont occupé une ancienne caserne dans Nice, jusqu’en décembre 2004, où ils ont été expulsé. 3 Artiste né à Monaco en 1951. Sa vie est, entre autre, marqué par son séjour en Afrique qui lui apporte une nouvelle vision des choses qui l’entourent 4 L'Arboretum Marcel Kroenlein est le premier et le seul arborétum d'altitude d'Europe. Il est situé sur la commune de Roure sur quinze hectares de terrains
Louis Dollé
Jacques Barbarin : Louis, la première fois que je t’ai vu, tu sculptais des portraits en bois d’olivier sur le cours Saleya. Je te parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Mais tu es aussi dessinateur, peintre, et tu as ouvert une école, « L’orange bleue ». Tu te revendiques comme « ymagier ».
Louis Dollé : L’ ymagier, au Moyen-âge, c’est celui qui dessinait les plans de la cathédrale, qui dessinait les vitraux, qui cherchait aussi les pigments qui correspondaient, qui dessinait les statues, qui peignait les cathédrales : il était donc aussi peintre, il faisait les enluminures… donc les images.
J.B : Lorsque j’interroge des gens de théâtre, je leurs pose toujours comme question préliminaire le sens et l’origine du nom de leur compagnie théâtrale. Ton école s’appelle « L’orange bleue ». Est-ce une référence au vers d’Eluard (La terre est bleue comme une orange) au film « Tintin et les oranges bleues » ou est-ce venu à la fin d’un repas particulièrement arrosé, car tu n’es pas un abstème ( 1 ) ?

Avec Louis Dollé, l’image y est Avec sa barbe rousse taillée en pointe, ses cheveux perpétuellement en bataille,  le sculpteur (mais pas que…) Louis Dollé est un habile compromis entre un faune est Camille Rodin.  Du deuxième, il a en commun la sculpture, du premier… Jacques Barbarin : Louis, la première fois que je t’ai vu, tu sculptais des portraits en bois d’olivier sur le cours Saleya.  Je te parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Mais tu es aussi dessinateur, peintre, et tu as ouvert une école, « L’orange bleue ». Tu te revendiques comme « ymagier ». Louis Dollé : L’ ymagier, au Moyen-âge, c’est celui qui dessinait les plans de la cathédrale, qui dessinait les vitraux, qui cherchait aussi les pigments qui correspondaient, qui dessinait les statues, qui peignait les cathédrales : il était donc aussi peintre, il faisait les enluminures… donc les images. J.B : Lorsque j’interroge des gens de théâtre, je leurs pose toujours comme question préliminaire le sens et l’origine du nom de leur compagnie théâtrale. Ton école s’appelle « L’orange bleue ». Est-ce une référence au vers d’Eluard (La terre est bleue comme une orange) au film « Tintin et les oranges bleues » ou est-ce venu à la fin d’un repas particulièrement arrosé, car tu n’es pas un abstème 1 ? L.D : Tu regroupes les trois hypothèses. Tu sais que j’ai les yeux bleus et la « poilure » orange, j’ai créé  avec Gaëlle Abolivier « L’orange bleue » aux Diables bleus » ²,  et c’est là que nous avons donné nos premiers cours de dessins. Nous avons donné ce nom car orange et bleu sont deux couleurs complémentaires. C’est un nom qui a coulé de source, car tous les deux, car nous n’aimions pas les jeux de mots avec « art » dedans, comme « Tête de l’Art ». On s’est demandé ce qui représente le mieux la peinture si ce n’est la couleur. J’ai donc pensé à Paul Elurad et Gaëlle m’as dit : « Ah ! c’est une bonne idée, mais il n’y a pas un film qui s’appelait Les oranges bleues ? » Et c’est en buvant un petit coup qu’on a fait notre « brain storming ». Gaël était très au fait d’internet, et on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de nom de domaine ; on était les premier à s’appeler « Orange bleue ». J.B : Avançons dans le temps jusqu’à l’époque de « No-Mad » L.D : C’est un collectif d’artistes internationaux, créé par Monsieur Denis Gibelin 3. Il s’est fait viré de Monaco est chaque fois qu’on prononce ce vocable il y a des boutons qui lui pousse sur le visage ! [Rires] C’est pour ça que, chaque année, on expose à Cap d’Ail, juste à coté de Monaco… Mais il faut dire que l’arborétum de Roure 4  où l’on expose, est soutenu principalement par le prince Albert, puisque l’Etat français l’avait laissé de coté. Notre projet actuel est sur les vallées du Paillon. Le Paillon est un flux, on vit à l’époque des flux d’information. Le Paillon était, sur plus de cent kilomètres, la manière de faire remonter les informations. Notre collectif d’artistes –on est 22 sur le projet- va exposer à partir du 13 mars, dans toute la vallée du Paillon. JB : Il y a aussi ce livre 5 que tu as sorti aux éditions Mélis. L.D. : C’est une grande aventure. C’est un livre qui est sorti il y a maintenant 3 ans, pour le salon du livre à Paris. Ce livre a mis deux ans a être fait par mon élève, Jérémie Dancel, qui est actuellement infographiste, peintre, sculpteur. Comme il a travaillé avec moi pendant cinq ans il était le seul à pouvoir faire ça. Je lui ai donné carte blanche. Il m’a demandé des textes, des photos. Il y a quelques textes de moi, mais ce sont surtout des amis. Au début il faisait cent cinquante pages, mais pour le format éditeur on a dû pas mal raboter. Luciano Mélis a vu la maquette, il l’a adoré, a encouragé Jérémie à continuer. J’avais travaillé pour Véolia qui m’a donné un peu d’argent pour le faire, Luciano Mélis a mis l’autre moitié. C’était sa seule parution de l’année, c’était sa seule présentation au Salon du Livre. Je suis monté à Paris, je n’avais pas encore vu le livre fini, je l’ai découvert au Salon. Pendant trois jours j’ai fait des signatures, ce qui était pour moi une chose nouvelle. Un livre comme ça permet de répandre un petit peu son travail. Depuis que j’ai fait ce livre tout change pour moi. J.B : Nous sommes dans ton atelier, où tu reçois tes élèves. Ils sont plus attirés  par la peinture, le dessin, la sculpture ? L.D : La plupart des personnes on découvert le cours soit par internet, soit par le bouche à oreille, ils viennent ici timidement la première fois, ils vont prendre des cours de dessin, et puis il y a d’autres gens, la peur du jugement… Ceux qui font du croquis, je leur dis : « bon, c’est bien, mais qu’est-ce que tu vas en faire de tes croquis ? » Je les oriente soit en peinture, soit en sculpture. Et ceux qui viennent directement en peinture ou en sculpture, je leur dis « bon, c’est bien, mais il te manque un peu de dessin. » Quand je vois quelqu’un arriver, maintenant, je leur fait faire 2-3 croquis, ou deux trois boulettes de terre,  et je vois très bien s’il va persévérer comme ça, ou s’il faut lui donner un autre cours. En fait j’adapte un peu ma pédagogie à chacun. J.B : J’aimerais revenir à Louis Dollé sculpteur. Quel est ton matériau de prédilection ? L.D : Quand j’étais gamin, je trouvais une motte de terre, je faisais un truc avec de la terre ; je trouvais des feuilles, je faisais un truc avec des feuilles. Maintenant, j’aime aussi bien faire du land-art 6  que de la sculpture, de la peinture. Si je fais toujours la même chose, je m’ennuie. Ce que j’aime, c’est détourner les choses. Maintenant, je récupère de l’acier, je le soude, et j’agis comme un forgeron. Mon « homme qui marche », en bois, est entre train va être coulé en bronze, il va être à l’entrée de l’hôpital Pasteur 2. Et ça, c’est un bonheur, car ça a pu être fait par souscription populaire, chacun a donné selon ses moyens. Du coup, les gens pourront voir à l’entrée de l’hôpital une sculpture en bronze qui à l’origine était en bois, mais que j’avais conçu pour le bronze il y a… quinze ans ! Et j’espère encore découvrir des matériaux jusqu’à mon dernier jour ! J.B. Tu as fait l’école de la villa Arson, tu n’en garde pas un souvenir émerveillé. L.D. J’appelle ça « l’Académie ». Elle me reprochait d’être trop « technique », trop artisan. Je me suis dit : « Je n’ai aucun avenir dans l’art ». Je me suis dit qu’en même temps, vu de là d’où je venais, le quartier de l’Ariane, jr peux pas être comme ces « bobos » qui veulent m’apprendre l’art. Et quand je regarde dans l’histoire de l’art, les seuls qui m’intéressent sont ceux qui ont fait des recherches : Léonard de Vinci, Picasso, Duchamp, Lucienne Freud… Ce sont des gens qui ont toujours cherché. Quad je voyais ce qu’on nous apprenait à la Villa Arson, je me disais : « Mais c’est ça, l’académie. » Quand je vois des installations à la villa Arson, je me dis : « c’est le même truc que l’on voit depuis 40 ans. » Avec 25 ans de recul, j’ai des gens qui viennent prendre des cours depuis 15 ans. Des gens m’achètent des pièces, je vais avoir mon quatrième monument public, je me dis que j’ai bien fait de ne pas persévérer dans l’académie. Jacques Barbarin Ecole d’art L’orange bleue, 2, rue de Jussieu Nice (prés de l’église russe) orangebleueasso.wordpress.com  1 abstème : toute personne qui, pour une raison ou une autre, ne consomme aucune boisson alcoolisée et pas d'alcool de manière générale. ² Les Diables Bleus sont nés à Nice en 1999, de l’initiative d’artistes - comédiens, musiciens, plasticiens... - avec comme volonté de partager des pratiques autant que des moyens, notamment de trouver un espace de création commun. Ils ont occupé une ancienne caserne dans Nice, jusqu’en décembre 2004, où ils ont été expulsé. 3 Artiste né à Monaco en 1951. Sa vie est, entre autre, marqué par son séjour en Afrique qui lui apporte une nouvelle vision des choses qui l’entourent 4 L'Arboretum Marcel Kroenlein est le premier et le seul arborétum d'altitude d'Europe. Il est situé sur la commune de Roure sur quinze hectares de terrains communaux entre 1 280 et 1 700 m d'altitude. 5 Louis Dollé, sculpteur-ymagier, Portrait, Editiions Mélis, 2012 6 Le land art est une tendance de l’art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher, etc.) Illustrations : Louis Dollé L’homme qui marche Bustes

Bustes

L.D : Tu regroupes les trois hypothèses. Tu sais que j’ai les yeux bleus et la « poilure » orange, j’ai créé avec Gaëlle Abolivier « L’orange bleue » aux Diables bleus » ², et c’est là que nous avons donné nos premiers cours de dessins. Nous avons donné ce nom car orange et bleu sont deux couleurs complémentaires. C’est un nom qui a coulé de source, car tous les deux, car nous n’aimions pas les jeux de mots avec « art » dedans, comme « Tête de l’Art ». On s’est demandé ce qui représente le mieux la peinture si ce n’est la couleur. J’ai donc pensé à Paul Elurad et Gaëlle m’as dit : « Ah ! c’est une bonne idée, mais il n’y a pas un film qui s’appelait Les oranges bleues ? » Et c’est en buvant un petit coup qu’on a fait notre « brain storming ». Gaëlle était très au fait d’internet, et on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de nom de domaine ; on était les premier à s’appeler « Orange bleue ».
J.B : Avançons dans le temps jusqu’à l’époque de « No-Mad »
L.D : C’est un collectif d’artistes internationaux, créé par Monsieur Denis Gibelin( 3). Il s’est fait virer de Monaco et chaque fois qu’on prononce ce vocable il y a des boutons qui lui pousse sur le visage ! [Rires] C’est pour ça que, chaque année, on expose à Cap d’Ail, juste à coté de Monaco… Mais il faut dire que l’arborétum de Roure ( 4 ) où l’on expose, est soutenu principalement par le prince Albert, puisque l’Etat français l’avait laissé de coté. Notre projet actuel est sur les vallées du Paillon. Le Paillon est un flux, on vit à l’époque des flux d’information. Le Paillon était, sur plus de cent kilomètres, la manière de faire remonter les informations. Notre collectif d’artistes –on est 22 sur le projet- va exposer à partir du 13 mars, dans toute la vallée du Paillon.

Couverture  du Livre  " Portraits"
Couverture du Livre  » Portraits »

JB : Il y a aussi ce livre 5 que tu as sorti aux éditions Mélis.
L.D. : C’est une grande aventure. C’est un livre qui est sorti il y a maintenant 3 ans, pour le salon du livre à Paris. Ce livre a mis deux ans a être fait par mon élève, Jérémie Dancel, qui est actuellement infographiste, peintre, sculpteur. Comme il a travaillé avec moi pendant cinq ans il était le seul à pouvoir faire ça. Je lui ai donné carte blanche. Il m’a demandé des textes, des photos. Il y a quelques textes de moi, mais ce sont surtout des amis. Au début il faisait cent cinquante pages, mais pour le format éditeur on a dû pas mal raboter. Luciano Mélis a vu la maquette, il l’a adoré, a encouragé Jérémie à continuer. J’avais travaillé pour Véolia qui m’a donné un peu d’argent pour le faire, Luciano Mélis a mis l’autre moitié. C’était sa seule parution de l’année, c’était sa seule présentation au Salon du Livre. Je suis monté à Paris, je n’avais pas encore vu le livre fini, je l’ai découvert au Salon. Pendant trois jours j’ai fait des signatures, ce qui était pour moi une chose nouvelle. Un livre comme ça permet de répandre un petit peu son travail. Depuis que j’ai fait ce livre tout change pour moi.
J.B : Nous sommes dans ton atelier, où tu reçois tes élèves. Ils sont plus attirés par la peinture, le dessin, la sculpture ?
L.D : La plupart des personnes on découvert le cours soit par internet, soit par le bouche à oreille, ils viennent ici timidement la première fois, ils vont prendre des cours de dessin, et puis il y a d’autres gens, la peur du jugement… Ceux qui font du croquis, je leur dis : « bon, c’est bien, mais qu’est-ce que tu vas en faire de tes croquis ? » Je les oriente soit en peinture, soit en sculpture. Et ceux qui viennent directement en peinture ou en sculpture, je leur dis « bon, c’est bien, mais il te manque un peu de dessin. » Quand je vois quelqu’un arriver, maintenant, je leur fait faire 2-3 croquis, ou deux trois boulettes de terre, et je vois très bien s’il va persévérer comme ça, ou s’il faut lui donner un autre cours. En fait j’adapte un peu ma pédagogie à chacun.

L'  Homme  qui marche
L’ Homme qui marche

J.B : J’aimerais revenir à Louis Dollé sculpteur. Quel est ton matériau de prédilection ?
L.D : Quand j’étais gamin, je trouvais une motte de terre, je faisais un truc avec de la terre ; je trouvais des feuilles, je faisais un truc avec des feuilles. Maintenant, j’aime aussi bien faire du land-art 6 que de la sculpture, de la peinture. Si je fais toujours la même chose, je m’ennuie. Ce que j’aime, c’est détourner les choses. Maintenant, je récupère de l’acier, je le soude, et j’agis comme un forgeron. Mon « homme qui marche », en bois, est entre train va être coulé en bronze, il va être à l’entrée de l’hôpital Pasteur 2. Et ça, c’est un bonheur, car ça a pu être fait par souscription populaire, chacun a donné selon ses moyens. Du coup, les gens pourront voir à l’entrée de l’hôpital une sculpture en bronze qui à l’origine était en bois, mais que j’avais conçu pour le bronze il y a… quinze ans ! Et j’espère encore découvrir des matériaux jusqu’à mon dernier jour !
J.B. Tu as fait l’école de la villa Arson, tu n’en garde pas un souvenir émerveillé.
L.D. J’appelle ça « l’Académie ». Elle me reprochait d’être trop « technique », trop artisan. Je me suis dit : « Je n’ai aucun avenir dans l’art ». Je me suis dit qu’en même temps, vu de là d’où je venais, le quartier de l’Ariane, jr peux pas être comme ces « bobos » qui veulent m’apprendre l’art. Et quand je regarde dans l’histoire de l’art, les seuls qui m’intéressent sont ceux qui ont fait des recherches : Léonard de Vinci, Picasso, Duchamp, Lucian Freud… Ce sont des gens qui ont toujours cherché. Quad je voyais ce qu’on nous apprenait à la Villa Arson, je me disais : « Mais c’est ça, l’académie. » Quand je vois des installations à la villa Arson, je me dis : « c’est le même truc que l’on voit depuis 40 ans. » Avec 25 ans de recul, j’ai des gens qui viennent prendre des cours depuis 15 ans. Des gens m’achètent des pièces, je vais avoir mon quatrième monument public, je me dis que j’ai bien fait de ne pas persévérer dans l’académie.
Jacques Barbarin

Ecole d’art L’orange bleue, 2, rue de Jussieu Nice (prés de l’église russe) orangebleueasso.wordpress.com
1- abstème : toute personne qui, pour une raison ou une autre, ne consomme aucune boisson alcoolisée et pas d’alcool de manière générale.
² – Les Diables Bleus sont nés à Nice en 1999, de l’initiative d’artistes – comédiens, musiciens, plasticiens… – avec comme volonté de partager des pratiques autant que des moyens, notamment de trouver un espace de création commun. Ils ont occupé une ancienne caserne dans Nice, jusqu’en décembre 2004, où ils ont été expulsé.
3 -Artiste né à Monaco en 1951. Sa vie est, entre autre, marqué par son séjour en Afrique qui lui apporte une nouvelle vision des choses qui l’entourent
4 -L’Arboretum Marcel Kroenlein est le premier et le seul arborétum d’altitude d’Europe. Il est situé sur la commune de Roure sur quinze hectares de terrains communaux entre 1 280 et 1 700 m d’altitude.
5- Louis Dollé, sculpteur-ymagier, Portrait, Editiions Mélis, 2012
6- Le land art est une tendance de l’art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher, etc.)

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