Cinéma / FOXCATCHER de Bennett Miller.

FOXCATCHER de Bennett Miller
Inspiré de la biographie du Champion Olympique de lutte aux jeux 2004, Marc Schultz , le nouveau film du cinéaste ( prix de la mise en scène , Cannes 2014 ) dont on avait apprécié son portrait de Truman Capote ( 2005 ) et Le Stratège ( 2011 ), décrit la tragique destinée de deux frères soumis à l’emprise manipulatrice d’un Milliardaire qui va être propulsé à la tête de la délégation Olympique…

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

C’est une double plongée dans des « univers » singuliers, celui d’un sport – la lutte – dont les coulisses sont mal connues et de son adaptation au monde du sport moderne de haut niveau qui exige des financements de plus en plus importants . Mais c’est aussi au cœur de cet Univers le « vécu » dans les coulisses, des rapports humains entre Athlètes soumis aux exigences de performances ( stricte discipline d’entraînement et de nutrition) et aux rivalités qui peuvent s’installer au sein d’un groupe. Dans la « team » qui a connu le succès aux Jeux Olympiques de 2004 , Mark ( Channing Tatum ) et Dave (Mark Ruffalo) les deux frères médaillés qui en ont étés les « leaders » ont su faire rejaillir les effets de leur relation fusionnelle, comme moteur de la réussite au groupe . Un contexte qui permet au cinéaste de prolonger sa réflexion et ses questionnements sur la place et le rôle du sport dans la société libérale Américaine , en même temps que de faire une subtile analyse des rapports ( rapports de forces et de classes ) humains dont il ausculte les névroses profondes et révélatrices qui hantaient déjà le Capote écrivain de De Sang Froid cherchant à comprendre les dérives de la violence , et celle du « manager général » (  incarné  par  Brad  Pitt ) d’une équipe de Baseball découvrant les coulisses d’un sport soumis au pouvoir de l’argent et des médias…

Du  Pont ( Steve  Carrell)  et Dave (  Mark Ruffalo )
Du Pont ( Steve Carrell) et Dave ( Mark Ruffalo )

Dans sa quête de pouvoir, ici , John Du Pont ( Steve Carrell , étonnant en contre -emploi ) , va poser sa pierre avec les autorités sportives pour financer et organiser la préparation du groupe olympique en vue des prochains championnats du monde et des Jeux Olympiques de Séoul de 1988. Le Milliardaire – héritier d’une puissante famille d’entrepreneurs liée au Ministère de la guerre qui a fait fortune en vendant des munitions-  qui n’a pas pu , comme il le rêvait se consacrer à ce sport compte tenu des obligations liées à son héritage , mais aussi , par la volonté d’une mère possessive et castratrice ( Vanessa Redgrave) qui n’a pas voulu le voir s’abaisser à ce qu’elle considère comme une « lubie » passagère indigne d’un homme devant continuer à préserver les affaires et l’honneur de la famille. Habilement, ce dernier qui porte le lourd héritage de ses ancêtres qui ont contribué a construire le rêve Américain , va s’appuyer sur l’enjeu que représente le financement , pour l’entreprise familiale , de cette « opération de prestige  sportif et patriotique qui permettrait de damer le pion à L’ URSS dans les plus prestigieuses compétitions internationales  » , pour l’entreprise familiale. Pour ce faire il va mettre  sa propriété à disposition des Athlètes qui auront un gymnase et le logis, et lui -même , comme entraîneur auto-proclamé. Un joli tour de passe-passe qui va lui permettre à la fois de s’inscrire dans la lignée des serviteurs du pays … et  réaliser son rêve en revêtant le costume d’entraîneur qui lui permettra aussi, enfin , de pratiquer ce sport !.

Mark ( Channin Tatum )  et  la mère de  Du  Pont ( Vanessa Redgrave)
Mark , médaille  au  cou ( Channin Tatum ) et la mère de Du Pont ( Vanessa Redgrave)

John Du Pont , va utiliser la relation des deux frères pour imposer d’entrée de jeu, la sienne . Comme le montrent les premières séquences du film qui distillent avec une belle habileté,  l’installation des rapports de forces entre les trois hommes. Du  Pont  qui  va chercher à exploiter « faille » au sein de la relation fusionnelle entre les deux frères , celle de deux tempéraments opposés construits sur le passé douloureux d’une petite enfance , Mark le Cadet ( introverti ) ayant  grandi dans l’ombre de son frère aîné ( extraverti ) qui a pris la place du père. La « faille » d’une rivalité naissante liée au sentiment d’abandon ressenti par Mark, lorsque Dave émettra le souhait de construire sa propre vie familiale. John Du Pont , manipulateur, saisira l’occasion pour installer insidieusement son emprise sur Mark . Une emprise dont la dimension ambigüe va se décliner sous la forme d’une soumission autoritaire qui joue de la gentillesse et de la menace . Des sautes d’humeur qui installent un climat étrange d’oppression et de tensions extrêmes, auquel, l’excentricité paranoïaque d’ un Du Pont dictatorial , apporte une dimension qui finira par faire basculer les rapports du « trio » vers la tragédie et le drame . On vous laissera découvrir les péripéties qui y entraînent. De l’ambiguïté, le cinéaste en fait le moteur d’un récit qui ne cesse d’inscrire , via, les interprétations « habitées » des comédiens , et celles d’une mise en scène qui distille un climat d’oppression où , au   réel   ( des rapports )  fait écho le mystère et l’étrange qui s’y inscrit par petites notes successives qui finiront par révéler, d’autres enjeux de pouvoir  (  politique ) , au cœur de cette propriété rutilante de Pennsylvanie .

Scéne de  tournage .De  Gauche  à  droite, le  réalisateur ( Bennett Miller), Mark  Ruffalo  et Channing  Tatum :
Scéne de tournage .De Gauche à droite, le réalisateur ( Bennett Miller), Mark Ruffalo et Channing Tatum :

Chacun finira par s’y révéler. Dans le registre des rapports de force en même temps que ceux de la soumission à l’autre, il y a  de la part du Bennett Miller; un travail remarquable dans la manière de « suggérer » et d’appeler le spectateur à réagir , et à se faire sa propre opinion. Jouant de l’équivoque et du mystère qui précède certaines séquences -clé , il fait de ce « temps » de mise en scène une forme d’écriture destinée à susciter, la réflexion sur la « duplicité » au cœur de l’âme humaine et des comportements. En cherchant à donner à voir et à comprendre une autre approche, il offre à chaque attitude ( silence, geste…), sa véritable dimension: celle de la complicité et ( ou ) du mensonge qui s’ y inscrit , en même temps que son regard se fait distant , ou , ironique en forme de constat sur une société Libérale qui fait de ces éléments, les moteurs de son fonctionnement. Celle dont le personnage de John Du Pont cristallise autour de lui , à la fois les rêves et les valeurs ( réussite , patriotisme …) que l’argent , le pouvoir et les privilèges , offrent comme attrait. Mark Schultz et John Du Pont , en sont les figures emblématiques. La pureté et la fragilité de Mark qui s’y cogne, en est le reflet . Mark dont le rêve de victoires , de médailles et de reconnaissance va le conduire à se laisser entraîner dans la double dépendance ( à son mentor, à la drogue  aussi …) d’une perte de l’innocence qui lui offre plus d’échappatoire. Prisonnier d’une certaine forme de réussite qui ( si vous voulez , le succès , les honneurs …) , vous oblige à vous y soumettre . Les signaux avertisseurs ne serviront plus à rien , ceux que Dave s’évertue à faire entendre à son frère , ne feront que précipiter la descente aux enfers de ce « trio » prisonnier de lui -même, dans un huis-clos destructeur .

Le film est une très belle réussite , au delà de l’adaptation du roman, par le refus de verser dans la « biopic » ,  par le travail de recherche et de témoignages sur  le milieu de la lutte dont il transcrit avec précision , la spécificité de ce sport. Par une réalisation et une écriture qui inscrit les « éclairs » et les « coups de poings »  d’une violence inouïe au cœur du huis-clos , servis par une interprétation hors-pair, offrant un superbe miroir, par le biais de ce sport de combat, à l’exploration de la part d’ombre au cœur des rapports humains.
( Etienne Ballérini )

FOXCATCHER de Bennet Miller -2014-
Avec : Steve Carrell, Channing Tatum , Mark Ruffalo, Vanessa Redgrave, Sienna Miller, Anhony Michaël Hall, Guy Boyd….

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