Théâtre / Antibea…J’ai bien dit Antibea

Ne pas confondre avec Anthéa le récent grand théâtre par la taille avec ses 1 200 places mais qu ne fait pas d’ombre au petit poucet Antibea avec ses 101 places à Antibes. Son directeur artistique Dominique Czapski n’a rien changé dans ses programmations, alternant répertoire classique et contemporain, une attitude qu’il aime commenter à chaque présentation d’une saison comme celle de 2015.

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La preuve n’est plus à faire depuis plus de deux décennies il y a les fidèles d’Antibea. Ce petit théâtre, coincé dans un renfoncement de la place Nationale et de la rue Clemenceau qui monte à la mairie, a pris ses quartiers dans un vieil immeuble du diocèse de Nice où loge le clergé de la ville d’Antibes. Le lieu est très reconnaissable avec une belle porte, une porte toujours ouverte où les habitués aiment à s’arrêter pour boire un café, feuilleter un livre et parler théâtre, culture, vie sociale avec le maître de l’institution bien ancrée dans l’espace culturel de la ville.

Dominique Czapski : Surtout dans la période où l’on vit, tout le monde nous ressasse de créer des liens sociaux, moi je crois que ça fait longtemps qu’on emploie cette expression et j’ai vu à la une de notre grand quotidien régional, il y a deux jours, Résistance, moi, ça fait des années que je conclus mes discours avant chaque spectacle où je dis que le fait de venir au théâtre c’est un acte de citoyenneté et de résistance et, souvent on s’est moqué de moi et je crois que justement avec l’actualité qu’on a ici, je crois que les mots que je dis depuis 7, 8 ans, je crois que j’ai eu raison de les prononcer même un peu avant les autres, en tous cas notre théâtre ne va pas mal, il essaie d’avoir un rôle au niveau de la population, de l’acte citoyen de venir au théâtre. On est situé dans le vieil Antibes, géographiquement on est à un point stratégique, on est avec le théâtre le Tribunal, les deux théâtres avec nos deux styles différents et complémentaires.

 JPL : L’une des références d’Antibea c’est de proposer régulièrement du théâtre dit classique, qu’en est-il ?

 D C :Je ne dis pas théâtre classique, pour moi le théâtre, il est forcément contemporain, quoiqu’on joue, après c’est la façon de le présenter, la façon de le jouer même si on joue Shakespeare, Tchékhov, Racine ou Molière qui sont des auteurs du théâtre du Verbe, du grand répertoire. On les relit à la sauce de Louis IV et 2015 donc, il est forcément contemporain, l’art de l’acteur a évolué, il évolue tout le temps parce qu’il n’est jamais en place, il est toujours dans une révolution permanente, c’est çà qui est extraordinaire. C’est ce que les politiques nous envient, on est à la fois dans la révolution permanente qui nous permet de continuer à exister pour ne pas être un garage à spectacles, faire du théâtre recuit, du vieux théâtre qui peut passer pour jeune et, donc, nous, on a vraiment une mission de service public

 JPL : Une autre référence reste attachée à Antibea avec votre compagnie qui implique au fil des années de nombreux élèves de votre école dans des rôles importants de votre programmation, quel est votre secret ?

 DC : Ce n’est pas un secret…moi je puise dans le terreau de notre école, Antibea, c’et une grande école de théâtre, je pense qu’on est la plus grosse école de la région PACA avec des résultats importants, il y a eu des admissions au cours Florent, au Conservatoire National, il y a eu des gens qui ont eu des prix et puis d’autres qui reviennent pour mettre en scène chez nous, je citerais Julien Gaspard (1) qui va mettre en scène « Juste la fin du monde » au mois de juillet, il tourne son premier long métrage comme réalisateur après avoir fait deux courts métrages et être toujours fidèle, il est artiste associé à Antibea, d’ailleurs dans les cours, les professeurs me rapportent que beaucoup de leurs élèves évoquent le jour où ils pourront jouer sur la « grande scène ». C’est quelque chose dont je ne me suis pas aperçu et je ne m’en aperçois toujours pas qu’Antibea est un théâtre un peu référent même pour certains comédiens qui nous ont quitté mais qui gardent un important souvenir de leur passage ici. J’ai l’impression d’être dans une aventure très précaire, c’est vrai qu’on s’inscrit dans le temps et qu’on est quand même un petit peu institutionnalisé mais je ne m’en aperçois pas.

 JPL : Ce n’est pas gênant d’être une institution d’avoir une aide de la municipalité ?

DC : Nous, sans l’aide publique, on n’existe pas, c’est très simple

JPL : On est obligé de se censurer un peu ?

 DC : Moi, je n’ai jamais été obligé de me censurer, peut-être que ça viendra mais pour l’instant je ne me suis jamais censuré. Pour nous, s’il fallait que les subventions s’amenuisent, on tend vers çà, c’est vrai que je manifesterais ma colère, pour l’instant je n’ai pas à le faire mais je le ferai parce que je pense que nous avons vraiment un rôle social et moi, j’ai beaucoup de mes spectateurs qui pensent qu’on devrait être remboursé par la sécurité sociale parce que je pense aussi qu’on est un élément, un remède…je pense qu’il y a des petits jeunes qui ont été formés ici, qui ont appris à lire ici, à vivre ensemble, c’est une notion pour moi qui est très importante.

 JPL : Il y a aussi des compagnies de la région qui viennent ici ?

 DC : Avant, il y en avait beaucoup plus, maintenant, l’équipe de création est très dynamique donc, on a moins de spectacles extérieurs dans la programmation 2015. On a une compagnie niçoise la Cie La Jaja qui présente « Vivre sa Vie » d’après le film de Jean Luc Godard. Pour moi Godard, c’est un génie et adapter Vivre sa Vie, ça m’a tenté de vivre cette expérience. On a également deux compagnies parisiennes, l’une va venir fin mars pour Rencontre en Chute Libre, il y aura trois pièces inédites d’Israël Horovitz, c’est un auteur américain très connu qui vient très souvent ici, on est très amis.

 JPL : On peut parler de ce qui va se jouer dès ce mois de janvier ?

Moulins à paroles
Moulins à paroles

DC : Dès la fin janvier, ce sera le Moulin à Paroles, c’est une pièce d’Alan Beneth un écrivain anglais qui décrit bien la société anglaise, un humour à l’anglaise et je suis très attaché à ce spectacle que je l’ai mis en scène,ce n’est pas tout à fait une pièce, ce sont quatre monologues j’ai l’impression que le 21ème siècle ce sera le retour du comédien, c’est un retour nécessaire car le rôle du metteur en scène a été un peu trop important, un peu trop dictateur, c’est un spectacle avec quatre acteurs magnifiques et je les ai laissé dans l’interprétation pure, on s’est beaucoup amusé ensemble mais c’est un spectacle qui leur appartient à eux, on a un attachement pour le théâtre anglais, ça va de Shakespeare à Pinter. Au mois de mars, ce sera la reprise du Retour qui avait eu un grand succès au début de l’année dernière et la création de l’Amant de Pinter.

Le Retour
Le Retour

JPL : Quelle est la petite phrase que le public aime vous entendre prononcer à chaque représentation ?

 DC : Il faut aujourd’hui que le théâtre continue à exister, c’est le terreau de la résistance, le théâtre tel que moi je l’ai appris sinon je ferais autre chose, pour en revenir aux subventions, je ne voudrais pas être obligé de monter des pièces que je n’aime pas, des pièces qui sont plus ou moins bancables, je préfère avoir des demi salles avec du théâtre du Verbe et des grands auteurs où on a quand même une belle fréquentation, plutôt que de montrer son cul sur la commode !

Juste la fin du monde de Jean Luc Lagarce
Juste la fin du monde de Jean Luc Lagarce
Le malade imaginaire
Le malade imaginaire

Nous reviendrons sur des évènements importants qui se dérouleront à Antibea dans le cadre du programme « Scènes Ouvertes.

Jean Pierre Lamouroux

(1) Connu à Antibes sous le nom de Julien Oliveri depuis son succès dans le rôle d’Hamlet et plus tard dans la série Télé de France 3, Plus belle la vie

 

– Antibea : 04 93 34 24 30

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