Cinéma / COMING HOME de Zhang Yimou.

COMING HOME de Zhang Yimou.
Adapté du Roman de Yan Geling , le nouveau film du réalisateur Chinois d’épouses et combines (1991) , de Qui Yu une Femme chinoise (1992 , Lion d’or à Venise ) et de La Cité interdite (2006 ), revient sur les fresques intimistes de ses débuts avec une réflexion sur les ravages de la révolution Culturelle ….

l'Affiche  du  film.
l’Affiche du film.

A la Fin des année 1960 la Chine Révolutionnaire dirigée par Mao et ses gardes rouges, avant-garde de la « grande Révolution Culturelle Prolétarienne » , avait décidé de réprimer les tendances à l’embourgeoisement en organisant la « rééducation » des intellectuels déportés à la Campagne . Mais aussi en mettant en place une vaste répression en internant dans des camps les opposants ( déviationnistes  droitiers ) considérés comme des traitres , et nombreux, furent ceux qui y moururent …
Ce ne fut pas le cas de Lu Yanshi ( Chen Daoming ) , intellectuel accusé de déviationnisme droitier,  héros du film et du roman de Yan Geling…qui revint d’un camp après vingt , non sans avoir tenté, entre -temps de s’enfuir. C’est la séquence d’ouverture du film qui nous montre en montage parallèle,  ce dernier   recherché après son évasion par la Police Politique tandis que sa fille dans son école de Danse est en train de passer le « casting » qui pourrait lui permettre de devenir « l ‘étoile » du nouveau ballet destiné à mettre en valeur l’élan des jeunes femmes au service de la Révolution . Après Vingt ans de camp , suite à la «  normalisation  » politique il sera libéré , et il  va pouvoir retrouver sa femme Wanyu ( Gong Li ) et sa fille Dan Dan ( Zhang Huiwen ) désormais devenue adulte . Mais une mauvaise surprise attend Yanshi , sa femme qui a subi un choc traumatique, ne le reconnaît pas !.

Chen Daoming
Chen Daoming

La belle idée de Zhang Yimou qui a choisi de revenir à ses premières amours d’un cinéma qui ne rechigne pas à endosser le visage de la fresque et du mélodrame pour nous offrir un récit où intimisme et politique son intimement liés. Et justement l’idée de l’amnésie de la mère qui se fait l’écho d’une tragédie intime et familiale vécue par les protagonistes emportés par le flot du mouvement ( Révolutionnaire ) de l’histoire collective. Et en ce sens le récit ( et le film) est doublement passionnant de ce qu’il renvoie au présent de ce traumatisme vécu. En effet, en nous inscrivant au cœur de celui-ci et des dégâts irrémédiables causés par cet événement dans l’histoire du pays dont il nous fait les témoins ( la magnifique scène de la fille avouant à son père qu’elle l’a dénoncé lors de la Révolution Culturelle ) , il renvoie au travers de l’amnésie de son héroïne les échos des fêlures d’un passé et d’une blessure,  à jamais restée béante,  que le désespoir du mari incrédule et impuissant finit par accepter comme une fatalité . La fatalité d’une mémoire dévastée par l’amnésie de la mère , et l’invisibilité à laquelle est condamné Yanshi ancien « traitre » du régime , qui renvoie forcément à une mémoire collective devenue à son tour amnésique , pour ne pas avoir voulu totalement admettre les dégâts irrémédiables  causés lors de cette période de son histoire. En ce sens le film est passionnant, sur ce qu’il dit -aussi – de la Chine triomphante d’aujourd’hui …

Gong Li
Gong Li

Et au delà de l’aspect politique , il y a le mélodrame intimiste qui permet à Zhang Yimou de jouer une autre belle partition, qui, au travers du drame vécu par ses personnages , nous rappelle par la fluidité et le lyrisme de sans mise en scène et par des petites touches d’ une sensibilité et d’ une humanité , qui font mouche . Comme celles qui traversent les séquences répétitives de la gare ,où, chaque années Wanyu se rend pour attendre le retour de son mari . Comme celles, où , ce dernier désespéré tente par tous les moyens de lui permettre de retrouver la raison et le reconnaître. Se muant tour à tour en gentil voisin attentionné …venu lui lire ses propres lettres !, ou en accordeur de piano pour jouer cette mélodie du temps passé qui peut-être ouvrirait la porte des souvenirs et de la mémoire de cette épouse murée dans son amnésie . D’ailleurs les ravages du traumatisme de la Révolution Culturelle semblent avoir enfermé chacun dans une impasse. Pourtant ce ne sont pas les efforts pour en sortir qui font défaut, comme le souligne la belle évolution des rapports entre Dan Dan et son père réunis dans la douleur pour faire renaître à la vie la mémoire de la mère…et cette mère qui s’est réfugiée dans les souvenirs d’un passé heureux dont elle a fini par exclure tout le monde pour mieux y rester fidèle. Une belle partition à trois voix qui vivent côte à côte , qui se cherchent et s’attendent , en vain…. magnifique scène finale de Wanyu et Yanshi attendant en vain emmitouflés sous la neige le retour des fantômes de leurs jours heureux.

Et Zhang Yimou pour en traduire toute l’ampleur dramatique a choisi sa comédienne fétiche depuis ses débuts , Gong Li ( Huit films tournés ensemble ) , qu’il a souhaité entourer de Chen Daoming ( le mari) qu’il considère «  comme le meilleur comédien chinois de sa génération », et dans le rôle de leur fille, la jeune comédienne Zhang Huiwen , remarquable elle aussi , une jolie révélation …

(Etienne Ballérini )

COMING HOME de Zhang Yimou- 2014- d’après le roman de Yan Geling-
Avec : Gong Li, Chen Daoming , Zhang Huiwen ,

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