Cinéma / LOVE IS STRANGE de Ira Sacks.

LOVE IS STRANGE de Ira Sachs.

Le réalisateur de Married Life ( 2008) qui explorait avec subtilité les déboires des couples hétérosexuels, se penche sur ceux des couples homosexuels, et notamment,ici, sur ceux d’un  vieux couple dont la mariage qui concrétise tardivement une longe vie commune , va déclencher quelques surprises inattendues …

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

Trente neuf ans de vie commune et d’un amour indéfectible valent bien , qu’un jour, il trouve l’accomplissement d’une cérémonie de Mariage et d’un voyage de noces qui le concrétise …c’est ce que se disent George (Alfred Molina ) et Ben ( John Lightgow). George qui est chef de chorale dans une institution religieuse et donne  aussi des cours de musique, tandis que Ben qui est désormais retraité, s’adonne à son hobby , la peinture . Ces deux là fêtent donc avec une joie non dissimulée , accompagnés de leurs proches et amis, la concrétisation de leur union dont ils ne souhaitent pas qu’elle soit considérée comme un « coming out », tardif. Non! , c’est plutôt pour eux une manière de renouveler et prolonger l’harmonie amoureuse de leur vie commune avec une intensité renouvelée. Ces deux là , ont traversé accords et désaccords au fil des ans,  pour finir par se construire une harmonie amoureuse désormais indéfectible. Mais, voilà qu’au retour de leur voyage de Noces leur bonheur va être entaché d’une fausse note qui va bouleverser leur vie quotidienne. En effet, George apprend que son emploi de chef de chorale est remis en cause par l’institution  Catholique qui l’emploie…et le motif en est évidemment son mariage avec un homme qui lui est reproché « les  autorités supérieures n’ ont pas apprécié » dit le responsable de la paroisse , Ce à quoi George rétorque «  mais tout le monde connaissait notre liaison ! ». Rien à faire …

La  cérémonie de Mariage : Alfred  Molina  et  John Lightgow
La cérémonie de Mariage : Alfred Molina et John Lightgow

Ira sachs s’est inspiré de récentes informations faisant état de similaires attitudes discriminatoires            ( renvois d’enseignants d’écoles catholiques Américaines) arguant du motif que l’église n’approuve pas le mariage homosexuel . Le cinéaste qui souhaitait montrer dans la continuité de sa démarche                ( abordée dès son premier film Le delta (1996) et récemment dans le remarquable Keep The Lights On (2012) , les difficultés rencontrées à vivre sa différence , un regard  et  un choix de  récit   qu’il a voulu  traiter  comme « une histoire d’Amour inter-générationnelle » afin de  porter sa réflexion «  sur les multiples manières dont chacun d’entre nous expérimente l’amour , et ce qu’il en attend ( ..) ce qui arrive à Ben et George soulève beaucoup de débats sur la société Américaine : l’égalité devant le mariage, le conservatisme religieux et la discrimination , les inégalités de revenus , l’état de notre système social », dit -il dans le dossier de presse. Une débat qui se décline bien au delà des Etats-Unis, et fait écho à celui ouvert en France par le « mariage pour tous », et que n’ignore pas le cinéaste qui se déclare ouvertement homosexuel, et,  bien au fait du problème de la discrimination à laquelle les concernés doivent faire face dans le monde. Mais, le problème politique évoqué et posé par les faits , le cinéaste va dès  lors , s’attacher à traiter l’aspect humain qui en découle, pour en faire un subtil et vibrant hommage à la différence, résistante avec ses armes,  au quotidien, George et Ben en seront les simples héros confrontés par leur nouvelle situation , à devoir faire appel à la solidarité de leurs proches et amis. Le couple ne pouvant plus faire face aux dépenses est contraint de vendre la maison…

John Lightgow  et Marisa  Tomeï
John Lightgow et Marisa Tomeï

Habile détournement du constat politique évoqué ci-dessus , et double mise à l’épreuve au cœur du récit . De la vie du couple confronté à l’épreuve, et celle du milieu branché , intellectuel et Libertaire de Manhattan dont les amis du couple font partie. Ce sont désormais , au cœur du récit , les rapports humains qui vont s’y révéler. Ceux du couple contraint de se séparer, en l’attente d’une nouvelle maison qui pourra l’abriter . Ben qui va trouver refuge chez son neveu et contraint de partager la chambre et le lit superposé de son petit neveu. Tandis que George est hébergé dans une sorte de « maison bleue » qui voit défiler jour et nuit une pleïade de joyeux fêtards. C’est cette proximité « inter-génerationnelle » que le cinéaste capte avec bonheur. La cohabitation qui n’est pas toujours facile, les petits détails qui laissent entrevoir les reproches déguisés ou la gêne. Finalement ce milieu qui se dit    « ouvert » peut avoir son étroitesse d’esprit . Ira sachs n’hésite pas à la pointer , comme il décrit  aussi et surtout dans cet espace multi générationnel , les échanges qui s’y inscrivent comme une sorte de transmission imperceptible ,qui , pourtant fait son chemin ( le magnifique final avec le tableau de Ben qui trouve destination …et l’enseignement musical de George auquel fait écho la séquence de la petite fille qui joue du Chopin) . Au cœur de cet espace , va s’écrire également la nouvelle vie du couple , George  et Ben, séparé par les événements,  qui vont éprouver la douleur de l’éloignement, et chercher à se voir et s’aimer, lorsque c’est possible. Le confort rompu de la routine et de l’équilibre de leur vie commune , la séparation qui les affecte et le sentiment d’abandonner l’autre, comme  celui d’être un poids, de déranger «  quand on vit chez les gens , on finit par les connaître plus qu’on ne voudrait» , dit Ben.

John Lightgow  et Christian Coulson(  Ian)
John Lightgow et Christian Coulson( Ian)

Alternant le constat et l’humour saupoudré d’une certaine nostalgie romanesque, Ira sachs habille, en miroir , son récit par des personnages et des situations dont le mystère entretenu volontairement interpelle . A l’image des ces « envahisseurs » de la maison des amis de Georges qui semblent s’enivrer dans les déguisements et les jeux de rôles. Une faune insouciante au cœur de la foule desquels , tout à coup surgit un jeune homme solaire qui raconte à George son parcours et sa désillusion amoureuse.
Tandis que dans la maison d’Eliott ( Darren Burrows ) le neveu de Ben et sa femme Kate( Marisa Tomeï) le mystère plane à la fois sur leur relation de couple et sur leur travail qui semble les accaparer et dont on ne saura rien , comme sur les activités et relations de leur fils , Joe ( Charlie Tahan) qui collectionne les vieilles éditions de livres avec, Ian ( Christian Coulson)  son copain  de classe  et de jeu qui finira par le rendre jaloux en posant pour un tableau de Ben .Un tableau qui finira par dévoiler son histoire et ses secrets , qu’on vous laisse découvrir …

(Etienne Ballérini)

LOVE IS STRANGE d’Ira Sachs -2014-
Avec Alfredo Molina , John Lightgow, Marisa Tomeï, Charlie Tahan, Darren Burrows, Christian Coulson , Cheyenne Jackson….

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