Musique / Partir avec trio Few

Gavées de sonorités flamencas, hindoustaniennes, carnatiques ou maghrébines, l’ouïe est particulièrement gâtée lors d’un concert du trio Few. Cajolée, câlinée, aux petits soins et entre de bonnes mains, c’est le moins qu’on puisse dire. Six mains qui accomplissent l’exploit de vous faire littéralement voyager dans un eldorado de rythmes, d’harmonies et de mélodies polymorphes.

Few Trio
Few Trio

D’emblée, rendons hommage à Imagoproduction, à qui revient le mérite d’avoir programmé ce trio en terre azuréenne, dans le cadre du Newjazz festival*, et qui réussit d’ailleurs à remplir quasiment la salle du théâtre Francis Gag. En deux endroits, une prouesse ; déjà dans le contexte de la terre niçoise, et, en plus, en plein automne, en pleine semaine…
Voici donc nos trois pilotes qui investissent la modeste mais agréable scène du théâtre niçois. Le commandant de bord, Renaud Garcia Fons, et les seconds Louis Winsberg et Prabhu Edouard. A moins que ce ne soit l’inverse. Et vice versa. En fait, cela dépend des destinations. Remarquons au passage que c’est osé comme formation, guitare, tablas, contrebasse ; c’est un peu comme embarquer dans un avion expérimental.

Dés les premières notes, le voyage est lancé. Personne n’aurait été surpris d’entendre une voix psalmodier : « Mesdames et Messieurs, bienvenue à bord d’air trio Few, décollage immédiat. » On aurait attaché nos ceintures.
Louis Winsberg frotte en premier les cordes de sa Godin au son bien reconnaissable. Accords, arpèges, péninsule ibérique un peu, jazz manouche, un tout petit peu, Winsberg, beaucoup. Garcia Fons sort son archet et caresse le bas des cordes d’une contrebasse lançant une complainte mystérieuse, hypnotisante et aiguë, aux accents maghrébins. Edouard aux mains d’or tapote ses tablas d’un rythme sûrement divisé en 32ème de temps, propre à la riche conception de la musique qu’a cette grande partie de la population mondiale, à l’est, et que l’on regarde souvent avec condescendance tandis que l’on pourrait s’en inspirer à bien des égards.
L’avantage du voyage ainsi commencé, c’est qu’il n’y a pas de turbulences. Une fois que le morceau est entamé, tout coule comme de l’eau de source, et le concert s’enchaîne à une cadence parfaite, ni trop rapide, ni trop lent. Reste une question tout de même.

Newjazz2014(1)On part, certes, mais où va-t-on ? Là, bien aisé qui pourra le dire. Une terra musica incognita, faite de mélanges de traditions, de folklores, eux-mêmes, ces mélanges, issus de musiciens brassant, dans leurs styles respectifs, des univers bien différents qui forgent leur identité. Oui, par exemple, le flamenco fait bien partie du style de jeu de Louis Winsberg, mais le jeu de Louis Winsberg ne s’apparente aucunement au flamenco. Il est riche de tout un tas d’autres influences, qui mixées avec celles de Garcia Fons et d’Edouard, donnent un tout bien extraordinaire.
On sait, à certaines périodes de morceaux, que l’on se trouve à ce moment-là en contrebassie. A un autre moment, on est clairement en guitarie, ou en tablaïe.
Les compositions revues et corrigées s’emboîtent les unes dans les autres, et au détour, se glisse un titre de Miles Davis, à peine reconnaissable, qui se termine sur un solo de tablas absolument grandiose. On a l’habitude d’associer à cet instrument la vélocité la plus extrême, mais il peut aussi briller sur un tempo plus silencieux. Et c’est même avec brio que le jeune musicien emmène nos oreilles sur ce terrain.
Vers la fin du concert, la compo de Renaud Garcia Fons est agrémentée de tout un dialogue rythmique avec les tablas, et chaque musicien, l’un après l’autre, percute son instrument en guise d’intro, avant qu’ensemble et soudainement, ils lancent la musique : le public est en transe.
Bref, un grand moment de musique incontestablement, et aussi, quelque part, une aventure humaine.

Avant de conclure, on ne peut pas ne pas dire un petit mot du Philippe Villa trio, qui assurait la première partie de ce voyage. Comme si, à l’aéroport, en attendant notre vol, l’attente pouvait être rendue plus agréable. C’est le cas avec ce trio de base : piano, contrebasse, batterie, dont les compos sont axées sur un grand amour de la mélodie. C’est elle qui prime, aidé magistralement par le rythme enjoué imprimé par Gérard Juan à la batterie. Face à lui, Philippe Villa se dandine sur son piano en susurrant les mélodies qu’il joue, Fabrice Bistoni se trémousse derrière sa contrebasse. Les morceaux sont tous plus ou moins construits de la même manière avec différentes séquences, des montées et des redescentes, emmenées par un batteur impressionnant. Cela fait mouche. Comme une musique de chambre bien dansante, jazzifiée et modernisée.

En tout cas, c’était bien réussi, ce voyage proposé par l’agence Imago. On en redemande.

Voyagez, vous aussi ! Le Newjazz festival continue ! Les destinations seront peut-être moins nombreuses en une seule soirée, mais en ces temps de disette généralisée, voyager pour 20 euros, c’est quand même sympathique.

Rafael Fardoulis

 

* Newjazz festival : John Abercrombie (07/11) – Lee Fields (08/11) – James Carter (13/11) – Bernard Lubat et Michel Portal (14/11) – Steve Coleman (20/11) – Bernhoft (21/11).

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