Cinéma / Toulouse, cinéma Espagnol ( 2 ) : Entretien, Patrick Bernabé.

Rencontre avec Patrick Bernabé (Cinespaña)

A l’occasion du 19ème Festival du cinéma espagnol de Toulouse, nous avons rencontré Patrick Bernabé, vice-président et directeur de la programmation de Cinespaña, dont il est l’un des co-fondateurs.

Patrick Bernabé . Vice- Président  et  Directeur de la programmation
Patrick Bernabé . Vice- Président et Directeur de la programmation

Comment êtes-vous venu au Cinéma ? Votre parcours professionnel a-t’il eu une influence ?

Avant tout, je suis un cinéphile. Cela a commencé au lycée. En Terminale, dans le cadre d’un changement d’établissement. Comme il n’y avait pas de ciné-club, j’avais été voir le proviseur pour en créer un et il m’a donné son feu vert. En fac, la démarche a été la même. J’effectuais, mes études d’Histoire à Amiens, et avec un groupe de copains on a monté un ciné-club.
Sur le plan professionnel, j’ai été libraire pendant dix ans, puis j’ai travaillé dans le domaine sportif. Le seul lien avec l’Espagne est d’avoir créé une filiale espagnole dans le cadre de mon travail. Cela ne va pas plus loin.

Comment est né Cinespaña ?

Sur Toulouse, à l’origine, il y avait un petit festival, « Cinéma et Histoire », organisé par des copains. En 1996, ils prennent pour thématique les 70 ans du début de la Guerre d’Espagne. Comme ils savaient que j’étais historien et intéressé par cette période, ils m’ont proposé de les rejoindre. Lorsque nous sommes allés en Espagne contacter les milieux du cinéma, ceux-ci souhaitaient d’avantage que nous fassions découvrir le cinéma espagnol plutôt que de consacrer une rétrospective à la Guerre Civile. Alors on a fait les deux, une programmation historique, sur la Guerre, et une autre sur le cinéma espagnol. Ca a marché. C’était un succès. Nous avons eu près de 4.000 spectateurs. L’année d’après, c’est devenu Cinespaña et le public a toujours répondu présent.

Comment expliquer ce succès ? Pourquoi Toulouse ?

Toulouse est une terre qui a accueilli par le passé beaucoup de réfugiés espagnols, politiques ou économiques. Puis, il y a eu leurs descendants. Il faut noter également que des étudiants espagnols font leurs études à Toulouse dans le cadre du programme Erasmus et que des techniciens de l’aéronautique viennent travailler pour Airbus puisque l’Espagne y est associée. Tout cela fait que le cinéma espagnol a trouvé sa place à Toulouse. Maintenant, il y a aussi une autre manifestation organisée à Nantes, qui marche très bien, et Nantes n’a pas de tradition particulière avec l’Espagne.
Aujourd’hui, Toulouse est le rendez-vous le plus important en France et même à l’étranger.

Toulouse  Cinespana
Toulouse  à l’heure  du cinéma  Espagnol

Quels sont les partenaires de Cinespaña ?

Dès le départ, on a eu la confiance des institutions et des professionnels espagnols. On eu le soutien de l’ICAA (Instituto de la Cinematografía y de las Artes Audiovisuales), l’équivalent du CNC en France, de l’AISGE (Artistas Interprètes, Sociedad de Gestión), l’association des acteurs, de l’Ambassade d’Espagne et de l’Institut Cervantès. Maintenant, avec la crise économique, depuis 2011, les aides ont beaucoup baissé. En France, la Mairie de Toulouse est notre principal partenaire, avec 50 % du budget. Le Conseil Régional, Airbus, notre principal sponsor privé, et d’autres sponsors apportent également leur contribution.

Compte tenu de votre expérience en tant que directeur de la programmation, quelles remarques pouvez-vous faire, notamment sur l’accès aux films et la santé du cinéma espagnol ?

Il y a plusieurs aspects. Avec le temps, compte tenu de la notoriété de Cinespaña, il est plus facile d’avoir des films. Ce qui n’a pas toujours été le cas précédemment. Maintenant, au niveau du calendrier, nous arrivons juste après le Festival de San Sebastien. Les films espagnols sont prêts à temps pour San Sebastien, mais c’est trop court pour le sous-titrage. D’autre part, bien évidemment, avec la crise, les réalisateurs ont de plus en plus de mal à réaliser leurs films. Les budgets sont bien moindre. Un ordre d’idée : en 2012, le budget moyen d’un film en Espagne était de 3 millions d’€, aujourd’hui, il est d’1,6 million. Si un grand nombre de films est encore fait de façon traditionnelle, mais c’est beaucoup plus difficile, la crise a un impact sur la créativité. Ainsi, par exemple, 10.000 KM, un film de la compétition, est l’histoire d’un jeune couple qui communique par internet, les réseaux sociaux et Skype. On sent le long métrage fait avec très peu de moyens, mais il n’en est pas moins intéressant.

La programmation du festival a-t’elle évolué dans le temps ?

Au fil des années on a diminué le nombre de films en Compétition et du Panorama, de 9 en 1996 on est passé à 7 pour les premiers et de 22 à 8 pour les seconds. Cela correspond à la fois à une baisse quantitative de la production espagnole, et à une volonté du comité de sélection d’être plus rigoureux et de présenter des films moins « grand public ». D’autre part, il y a un fait que l’on constate, qui n’est pas propre à l’Espagne, c’est le nombre constant et la qualité des documentaires. Beaucoup de réalisateurs qui n’ont pas l’argent pour faire de la fiction se tournent vers le documentaire.

Le cinéma espagnol s’exporte-t’il bien en France ?

En 2012, 20 films espagnols ont été achetés en France, ce qui était une année exceptionnelle. Il faut avoir à l’esprit qu’entre le moment où le réalisateur conçoit son projet et le début du tournage, plusieurs années vont s’écouler, ne serait-ce que pour trouver les financements. Ainsi, les productions de 2012 avaient bénéficié des aides d’avant la crise. Les mesures et restrictions qui ont frappé le cinéma datent de 2011 et leur impact se ressent pleinement aujourd’hui. En 2014, le cinéma espagnol est au creux de la vague. Néanmoins, cette année, trois films de la Compétition, AMOURS CANNIBALES, LA BELLE JEUNESSE et 10.000 KM, ont trouvé un distributeur en France.
Sur un plan général, il y a trois marchés pour les films espagnols : le Mexique, l’Italie et la France. Pour l’Italie, cela pourrait s’expliquer par le fait que de nombreux acteurs espagnols ont tourné en Italie et que beaucoup de réalisateurs italiens, comme Ferreri ou Leone, ont tourné en Espagne.

Avez-vous des relations privilégiées ou des partenariats en France ou en Espagne avec d’autres festivals ?

En France, on a de très bonnes relations avec le Festival du cinéma espagnol de Nantes et « Espagnolas en Paris » à Paris. En Espagne on a des liens avec plusieurs festivals, mais pas de véritable partenariat. Les choses sont peut-être en train de changer. Ainsi, cette année, nous présentons plusieurs films primés lors des dernières éditions du Festival de Saragosse, une ville qui est liée avec Toulouse par différents accords de coopération. En novembre, les films primés à Cinespaña seront présentés à Saragosse. On verra si ces échanges peuvent évoluer vers un partenariat.

Merci Patrick Bernabé.

( Propos recueillis par Philippe Descottes, à Toulouse –  et Crédit  Photos )

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