Cinéma / Toulouse à l’heure du Cinéma Espagnol

Cinespaña

Toulouse à l’heure du cinéma espagnol

Du 3 au 12 octobre s’est déroulée à Toulouse et dans sa région le 19ème Cinespaña.
Il y a trois ans, la crise économique frappait durement le cinéma espagnol, lequel est aujourd’hui dans le creux de la vague. Pourtant, cette année encore, le public a répondu présent et le festival a été un succès, remplissant pleinement sa mission de montrer la diversité de la production cinématographique espagnole et les nouvelles forces créatives qui émergent.

l'Affiche  du Festival
l’Affiche du Festival

La 19ème édition de Cinespaña s’est achevée dimanche 12 octobre par la projection films primés. Avec un cinéma espagnol frappé par la crise économique depuis trois ans et aujourd’hui au creux de la vague, cette année s’annonçait presque comme celle de tous les dangers. Pourtant, Françoise Palmerio-Vielmas, présidente de Cinespaña, et Patrick Bernabé, vice-président et responsable de la programmation, peuvent être rassurés et satisfaits, le festival a fait salles combles. Le chiffre de 26.000 spectateurs en 2013, était sur le point d’être dépassé avec une fréquentation en augmentation de l’ordre de 12 %.
En dépit du contexte, le programme était alléchant. Dans le cadre de la Sélection officielle, malgré le manque de moyens financiers qui s’est ressenti sur plusieurs productions, la Compétition (longs métrages de fiction, documentaires et courts métrages) a été d’un bon niveau, comme les films présentés dans la catégorie Panorama (fictions,courts, documentaires). Du côté des Cycles et Rencontres, les spectateurs avaient le choix avec, notamment, la présence de l’actrice Lola Dueñas (MAR ADENTRO, VOLVER), l’hommage consacré à la grande danseuse de flamenco, mais également actrice, Carmen Amaya, ou encore, la Carte blanche du réalisateur, acteur et critique Luis E. Parés, sur le thème « Cinéastes de l’exil : Madrid, Mexico, Paris ».
Au total, 120 films ont été projetés, longs et courts métrages, fictions, documentaires ou films d’animation. Plusieurs séances ont affiché complet, comme celles de OCHO APELLIDOS VASCOS d’Emilio Martinez Lázaro, plus gros succès de l’année en Espagne, ou de ROCIO, documentaire sur la procession religieuse de Rocio en Andalousie, réalisé en 1980 par Fernando Ruiz Vergara. Le film demeure le premier long métrage mis sous séquestre judiciaire par l’Etat espagnol malgré l’abrogation de la censure cinématographique en 1977. Aujourd’hui encore, il est toujours soumis à la censure.

La Compétition des longs métrages de fiction

Si HERMOSA JUVENTUD (qui sortira en décembre sous le titre LA BELLE JEUNESSE) a déjà été présenté à Cannes, en mai dernier, dans le cadre de la sélection Un Certain Regard, les six autres longs métrages de la Compétition étaient inédits en France. Outre le film de Jaime Rosales, figuraient également, 10.000 KM de Carlos Marques-Marcet (1er long métrage de fiction), ÄRTICO de Gabriel Velázquez (sélectionné au Festival de Berlin 2014), CANIBAL (AMOURS CANNIBALES) de Manuel Martín Cuenca, LOS TONTOS Y LOS ESTUPIDOS de Roberto Castón (2e long métrage), STELLA CADENTE de Lluís Miñarro (1er long métrage de fiction) et
TOTS VOLEM EL MILLOR PER A ELLA de Mar Coll (2e long métrage).

Le  Jury  du Festival  (Photo Jean Jacques  Ader )
Le Jury   Longs métrages de  Fiction
(Photo Jean Jacques Ader )

Présidé par Denys Granier-Deferre, réalisateur, scénariste et acteur, le jury était composé du comédien Jean Benguigui, de la comédienne et réalisatrice Marilyne Canto, de la directrice artistique Lucia Dore-Ivanovitch et de la chef monteuse Josiane Zardoya. Avec la Violette d’or
de Cinespaña, le jury longs métrages avait a décerner les prix de la Meilleure interprétation féminine, interprétation masculine, musique de film et du Meilleur scénario.
L’amour, son absence ou sa recherche, la solitude ou la jeunesse à la dérive ont été les principaux thèmes des œuvres en compétition.

Retour sur quatre films de la compétition:

10 000 KM  de  Calos  Marques  - Marcet.
10 000 KM de Calos Marques – Marcet.

L’amour peut-il perdurer malgré l’éloignement géographique ? C’est la situation à laquelle se trouvent confrontés Alexandra (Natalia Tena) et Sergi (David Verdaguer). Ils s’aiment et vivent ensemble depuis plusieurs années. Ils décident d’avoir un enfant, mais leur projet est contrecarré par une opportunité professionnelle. En effet, Alex bénéficie d’une bourse qui lui permet de parfaire son métier de photographe à Los Angeles. Ils vont être séparés pendant un an. Alex ne laisse pas passer cette chance. Elle part et Sergi reste à Barcelone. Ils communiquent régulièrement grâce à internet.
Pour son premier long métrage de fiction, Carlos Marques-Marcet aborde non seulement la question de la solidité du lien amoureux, mais aussi celle de l’amour virtuel à l’heure d’internet et des réseaux sociaux. 10.000 KM peut se voir comme une version moderne (et allégée) de « L’Odyssée », dans laquelle Alex serait alors Ulysse, à la recherche d’Ithaque, séjournant à Los Angeles, et Sergi, Pénélope, resté à la maison dans l’attente de son retour. Mais on est bien loin d’une adaptation hollywoodienne de l’œuvre d’Homère. Déjà parce que cette version de l’histoire ne s’y prête guère, et qu’ensuite le film est une production à très petit budget et cela se remarque. Après un long plan séquence qui invite le spectateur à partager l’intimité du couple, la suite du film est le récit au fil des mois de l’évolution de leur relation à distance, via écrans d’ordinateur, webcams et téléphones, e-mails, Facebook ou Skype. Le procédé, astucieux pour pallier au manque de moyens financiers, s’essouffle pourtant à mesure que l’on approche du dénouement et de la réponse à la question initiale, malgré une ultime pirouette scénaristique.

Une scène de  Artico
Une scène de Artico  de  Gabriel Vélasquez

Ils s’appellent Simon, Jota, Alba, Débi et Lucía. A 16 ans à peine, ils sont déscolarisés, ils magouillent, volent, vendent de la drogue et sont mal dans leur peau. Adolescents et parfois déjà parents, ou sur le point de l’être, ils cherchent à donner un sens à leur vie.
Les films sur la jeunesse désœuvrée ont souvent pour décor naturel les rues froides, crasseuses et sombres des villes et de leurs banlieue. Les jeunes de Gabriel Velázquez évoluent quant à eux dans un contexte rural. « On se dit que la misère serait moins pénible au soleil », mais elle demeure la même malgré les rayons qui illuminent les beaux paysages de la campagne, non loin de Salamanque. A travers cinq histoires qui se croisent, le réalisateur présente, au sens propre comme au figuré, le portrait de cinq adolescents, interprétés par des comédiens amateurs. Il observe cette jeunesse à la dérive, ces Olvidados du XXIe siècle, tout en s’abstenant de la juger. Cette distance qu’il maintient par rapport à ses personnages fait qu’ÄRTICO est plus proche du documentaire que de la fiction. A Toulouse, après Berlin cette année où il avait obtenu une Mention dans sa catégorie, le film a su séduire deux jurys. Outre, le Prix de la Meilleure musique, grâce à un astucieux intermède musical qui contribue au rythme du film, et celui de la Meilleure photographie, ÄRTICO a remporté le Prix Coup de Cœur étudiant et la Violette d’Or de la 19e édition de Cinespaña. Des récompenses on ne peut plus méritées.

 

Une scène de  Canibal  de
Une scène de Canibal de  Manuel Martin Cuenca

Carlos (Antonio de la Torre, vu notamment dans VOLVER et LES AMANTS PASSAGERS de Pedro Almodovar) est tailleur dans la ville de Grenade. Artisan consciencieux et minutieux, il a acquis une certaine renommée. La nuit, Carlos est un homme qui aime les femmes. Belles à croquer, il les tue et les prépare à toutes les sauces. Il n’éprouve aucun sentiment de culpabilité, mais ces rencontres nocturnes le laissent sur sa faim. L’irruption dans sa vie monotone de Nina (Olimpia Melinte), une immigrée roumaine, va l’amener à accommoder le verbe aimer d’une autre façon. Un tel sujet était propice à bien des dérapages et à faire de ce CANIBAL un banal film d’horreur et, pourquoi pas, gore. Pourtant, tout en étant fidèle au genre, Manuel Martín Cuenca signe un drame romantique à la réalisation soignée et maîtrisée, marquée par la brillante prestation d’Antonio de la Torre, qui fait d’un monstre un personnage humain et (presque) attachant. Les qualités de ce film d’un « autre genre » n’ont pas échappé au jury longs-métrages de fiction qui lui a décerné à juste titre, les prix du Meilleur scénario et de la Meilleure interprétation masculine. AMOURS CANNIBALES, son titre d’exploitation en France, sortira dans les salles à partir du 17 décembre. A déguster sans retenue.

Une scène  de  Stella Cadente  de
Une scène de Stella Cadente de Lluis  Minarro

En novembre 1870, Amédée de Savoie, duc d’Aoste (Alex Brendemühl, remarquable) est proclamé roi d’Espagne. Dans un contexte politico-social troublé et hostile, le nouveau monarque peine à asseoir son autorité et à imposer ses réformes. A peine trois années plus tard, il renonce au trône. Ce fait historique est peu connu en France, mais aussi, ce qui est plus étonnant, en Espagne et en Italie. Ce règne éphémère et le mystère relatif qui entoure le personnage d’Amadeo offraient bien des champs d’investigations. Producteur indépendant, Lluís Miñarro y a vu l’occasion de réaliser son premier long métrage. Une fiction qui surprendra, dérangera et choquera probablement, de par sa forme et son fond. On y découvre ainsi une nouvelle version de « L’origine du monde », le célèbre tableau de Courbet, comme on entend également des chansons d’Alain Barrière ou de Françoise Hardy ! Dans l’évocation du drame vécu par ce « roi d’opérette » qui n’est pas sans rappeler Louis II de Bavière, STELLA CADENTE est bien un film « d’époque », « historique » par certains aspects, avec un soin minutieux apporté aux costumes, aux décors et à la reconstitution de toiles de cette période. Pourtant, il se démarque des biopics habituels en offrant notamment au spectateur plusieurs pistes pour l’interpréter. Ainsi, le film, peut être perçu comme une métaphore de la situation politique espagnole actuelle. Mais ce n’est pas la seule lecture possible. Politique ? Barroque ? Kitsch ? STELLA CADENTE est en tout cas un film libre, résolument libre.

Le Palmarès complet du 19e Cinespaña

Les  Laureats de   Cinespana  (  Photo
Les Laureats de Cinespana ( Photo  Jean Jacques  Ader )

La  Violette  d’Or  du Meilleur  Film:
ÄRTICO de Gabriel Velázquez.                                                                                                                           Prix du Meilleur scénario;
CANIBAL de Manuel Martin Cuenca
Prix de la Meilleure interprétation masculine:
Antonio de La Torre (CANIBAL)
Prix de la Meilleure interprétation féminine:
Ingrid Garcia-Jonsson (LA BELLE JEUNESSE)
Prix de la Meilleure musique originale:
ÄRTICO de Gabriel Velázquez
Prix de la Meilleure photographie:
ÄRTICO de Gabriel Velázquez
Prix Coup de Cœur étudiant
ÄRTICO de Gabriel Velázquez
Prix du Meilleur documentaire
QUIVIR de Manutrillo
Prix du Meilleur court-métrage
BIKINI d’Oscar Bernàcer
Prix du Public
CARMINA Y AMEN de Paco Leon (présenté hors compétition dans la sélection Panorama)

Rédaction : Philippe Descottes                                                                                                                  Photos : Jean-Jacques Ader

(à suivre)

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