DVD / Willy Rozier exhumé par les éditions Bach Films

Willy Rozier
Willy Rozier

Avec 18 films édités Bach Films offre un regard exhaustif sur la carrière cinématographique (une trentaine de longs métrages de fiction et de nombreux courts métrages et documentaires) de Willy Rozier, réalisateur atypique, dont l’éclectisme entre série B et série Z, véritable marque de fabrique, fréquenta les marges du cinéma populaire français pendant plus de trente ans et fut soumis à un éreintement quasi-permanent de l’ensemble de la critique française. Le cinéaste se battit même en duel avec le journaliste François Chalais qui une fois encore avait massacré un de ses films (en l’occurrence 56 Rue Pigalle).   Willy Rozier (ne pas confondre avec Jacques Rozier, son homonyme, réalisateur d’Adieu Philippine en 1962, un film culte de la Nouvelle Vague) connaîtra un étrange parcours qui le mènera finalement à la réalisation pour le cinéma. Grand sportif, il est en 1925 champion de France de brasse et représentera la France aux Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928. Au début des années 1930, suivant l’exemple de Johnny Weismuller, interprète mythique de Tarzan à l’écran, il devient acteur (notamment pour Robert Siodmak et Anatole Litvak) et est largement utilisé pour ses qualités physiques. Il passe rapidement à la production (il crée d’ailleurs sa propre maison de production, « Sport-Films ») et à la réalisation. Il aime la vitesse et les bateaux, l’aventure et l’érotisme, les voyages et l’exotisme, le sport et la bagarre, l’Afrique et la mer, autant d’éléments qu’il mêle trop rarement avec bonheur dans des scénarios prétextes qui donnent souvent l’impression d’avoir été bâclés.

rue pigalle
56 rue Pigalle (1948)

Et pourtant, notre homme ne manque ni de talent, ni d’imagination.  Quelques films sont là pour le prouver à l’image des Anges noirs (1937), première adaptation plutôt réussi du roman homonyme de François Mauriac, Champions de France (1938) qui nous plonge intelligemment dans le monde de l’aviron, Monsieur Chasse (1947) qui respire parfaitement l’esprit de Feydeau, 56, rue Pigalle (1948) son premier polar plutôt efficace, L’Epave (1949), peut-être son meilleur films, mélange de genres (du burlesque au mélodrame) dynamique et émouvant, lyrique et romantique, ou encore Les Amants maudits (1951), cavale éperdue inspirée de la vie du gangster Morelli dit Pierrot le fou et de sa compagne et la belle adaptation en 1957 du Prix Goncourt 1928, Un homme se penche sur son passé de Maurice Constantin-Weyer.   Au fil de ses films, on retrouve avec un grand plaisir de nombreux seconds couteaux du cinéma français comme André Le GallL, Raymond Cordy, Aimé Clariond, Jacques Dumesnil, Marie Dea, Pierre Larquey, Robert Lynen, Roger Blin, Jean Lefebvre, Félix Marten, ou encore Suzy Prim, Bernard Paul, Fernand Charpin et Paul Meurisse, Alain Cuny…

Manina la fille sans voile
Manina la fille sans voile

Et puis, Willy Rozier qui bien avant la Nouvelle Vague choisit de tourner la plupart de ses films en décors naturels, est un inventeur (avec Michel Rocca, son chef opérateur, il met au point l’Aquaflex, une caméra sous-marine qui lui permettra de réaliser de nombreux plans sous-marins bien avant Le monde du silence de Jacques-Yves Cousteau), et un découvreur de talents, puisqu’il offre leurs premières apparitions au cinéma à Françoise Arnoul dans L’Epave (1949) et à Brigitte Bardot dans Manina, La Fille sans voile (1952). Il a aussi la passion de la chasse et des safaris photos qui l’entraîne, avec sa femme Geneviève Chancel (scripte et monteuse), à travers l’Afrique, où il tournera aussi bien plusieurs séquences de ses films de fiction que de nombreux documentaires dont plusieurs sont en bonus des DVD. En 1954, Willy Rozier se lance dans une série de films adaptés des romans de l’Anglais Peter Cheyney dont le célèbre détective Slim Callaghan en est le héros. Il rejoint la longue lignée de ses détectives intraitables, menteurs, parfois violents, à la répartie assassine et souvent drôle, initiée par  Humphrey Bogart et surtout Eddie Constantine, le Lemmy Caution du même Peter Cheyney.

Callaghan remet ça (1961)
Callaghan remet ça (1961)

Il réalisera quatre films (réunis dans un coffret bien sympathique) en six ans avec l’acteur Tony Wright (À toi de jouer Callaghan, Plus de whisky pour Callaghan, Et par ici la sortie, et Callaghan remet ça). Ces polars bourrés d’humour, de rythme et de bagarres s’avèrent d’excellents divertissements.   Au début des années 70, après un long silence cinématographique, Willy Rozier qui depuis L’Epave aime caresser avec sa caméra des corps féminins plutôt dévêtus, décide de surfer sur la vague des comédies « sexy » en vogue à la fin des années 60 tant en France qu’en Italie. En 1971, Il réalise Dany la ravageuse dont il signe le scénario sous le nom de Xavier Vallier. L’érotisme est de pacotille, la succession de situations faussement osées et l’histoire indigente vaguement anarchisante. Par contre, les 24 minutes du bonus, exploration des archives du comité de censure commentée par Christophe Bier, sont tout à fait passionnantes. Bier nous fait découvrir cet antre où résident des milliers de dossiers de classification, dont celui de Dany la ravageuse qu’il décrypte pour nous. Il nous permet ainsi de nous plonger dans une période où le cinéma X n’avait pas encore déferlé sur les écrans. Dès lors, des comédies aussi inoffensives que Dany écopaient d’une infamante interdiction aux moins de 18 ans.

Dany la ravageuse
Dany la ravageuse

Quatre ans plus tard, Rozier récidive avec Dora, la frénésie du plaisir (1975) mais décide de réaliser un vrai porno. Cette histoire tout aussi indigente que la précédente, émaillée de scènes de sexe filmées sans aucune imagination, aux dialogues affligeants, font de ce film un porno bas de gamme que Rozier a aussi décliné en comédie sexy en l’édulcorant des séquences hard. Ces deux films, retour sur un certain cinéma révolu de la France des années 70, peuvent toutefois apparaître comme de vraies curiosités, tant ils libèrent un sentiment d’étrangeté amère, d’anomalie attendrissante et presque pathétique. Quoiqu’il en soit Dora, la frénésie du plaisir reste un chant du cygne peu glorieux pour un cinéaste qui avait eu un certain succès mérité dans les années 50. Avec une lucidité désenchantée Willy Rozier tentait d’ailleurs de se justifier : « Reconversion étonnante, je l’admets. Et je m’explique : il y a à cela une raison… Mais quelle raison : L’envie de travailler, non pas le besoin matériel, mais le désir de mettre en scène. Dans notre métier, nous sommes des passionnés. Ne faisant plus rien, depuis quelque temps, je m’ennuyais mortellement. Dès que je ne suis plus derrière une caméra à diriger des comédiens ou à indiquer un cadrage, je ne sais plus quoi faire de ma peau. J’ai fait ce travail toute ma vie et c’est le seul métier que j’aime. C’est la raison de Dora, car il est le seul film que l’on m’ait donné à faire. Et si ce n’est pas ce que j’ai l’habitude de tourner, je tourne et c’est le principal. Peut-être à cause de mon âge – je suis né avec le siècle – certains ont-ils pensé que je ne savais plus travailler ? ». Willy Rozier se suicidera d’une balle dans la tête en 1983.   LES 18 DVD : anges noirsLes Anges noirs (1937) avec Henri Rollan, Suzy Prim, Bernard Paul, Fernand Charpin Deux branches d’une même famille se détestent mais décident de marier leurs enfants pour un utile rapprochement d’intérêts. Mais les deux jeunes gens se renferment chacun sur leur solitude. Bonus : La Rosière de Gonfalon, court-métrage (1951, 20 minutes)   Champions de France (1938) avec Georgius , Pierre Etchepare, André Fouche Monsieur Bernard, un riche industriel, veut faire de la politique. Un professeur lui suggère de fonder un club d’aviron. Ses ouvriers en sont les champions. Après une victoire, le club subit une défaite due à la défection du rameur principal en proie à la jalousie.   Espoirs (1940) avec Pierre Larquey, Robert Lynen, Constant Remy Une histoire d’amour entre des amis d’enfance est troublée par une affaire de champs mitoyens qui brouille et oppose leurs parents. Les amoureux essayent alors de fuir à bord d’une barque…   Monsieur Chasse (1947) d’après Georges Feydeau avec Félix Oudart, Noëlle Norman, Paul Meurisse, Jany Laferriere, Frédéric Duvalles Une sage bourgeoise est l’épouse d’un monsieur qui aime la chasse. L’ami du mari, qui la courtise, lui démontre qu’au lieu d’aller chasser, son conjoint va rejoindre une dame. Bonus : Les Yeux du coeur, court-métrage (1975, 20 minutes) . ce film est l’ultime réalisation de Willy Rozier   L’Epave (1949) avec André Le Gall, Raymond Cordy, Aimé Clariond, René Blancard, Françoise Arnoul Les amours tumultueuses de Mario le scaphandrier avec Perrucha une jolie garce… Mario l’aime mais elle préfère sa carrière de chanteuse. Marcadier, important industriel, va la lancer au détriment du pauvre Mario qui ne sait que plonger. La Passion, la vraie, va le mener à sa perte… Bonus : Entretien avec Yves Boisset   56 Rue Pigalle (1949) avec Janine Miller, Jacques Dumesnil, Marie Dea, Raymond Cordy, Aimé Clariond Le valet de chambre de Jean Vigneron exerce un chantage sur son patron qui a une liaison avec Inès de Montalban. Le domestique est assassiné. Tout accuse Vigneron qui se tait pour ne pas compromettre sa bien-aimée. Son innocence démontrée Vigneron fuit au Gabon avec Inès. Montalban, le mari bafoué, tente de les oublier mais s’enfonce dans la débauche. Bonus : La Cabane au Canada, court-métrage (1951,20 minutes   amantLes Amants maudits (1951) avec Danielle Roy, Milly Mathis, Marie Laurence, Yves Furet, Robert Berri Le directeur de la brigade criminelle de la PJ raconte à un cinéaste la vie du gangster Morelli, dit Pierrot le Fou. Celui-ci, devenu garçon de café, veut jouer le caïd auprès de la rousse Jacky. Ils vont former un gang et attaquer un fourgon postal. Sur la route de l’Aventure, les choses tourneront mal mais, bien que traqués, ils resteront unis jusque dans la mort.   Le Bagnard (1951) avec Roger Blin, Pierre Gay, Lucien Nat Un médecin de Marseille dont la clientèle est principalement des toxicomanes, est accusé de meurtre sur l’un de ses malades et est envoyé au bagne. Il s’évade et se réfugie chez les indiens où il sauve la population de la fièvre jaune. Bonus : Soleil d’Afrique, court-métrage (1955, 20 minutes)   Manina, la fille sans voile (1952) avec Howard Vernon, Jean-François Calve, Brigitte Bardot Edition remastérisée Gérard, un jeune étudiant, découvre en Corse un fragment d’amphore phénicienne. Quelques années plus tard, il s’embarque à bord d’un bateau de trafiquants à la recherche du trésor qu’il pense avoir trouvé. De retour sur l’île, il s’éprend de la jeune Manina… Bonus : Entretien avec Agnès Michaux, « Le Bikini au cinéma » par Nathalie Dassa, A propos de Manina par Yves Boisset. Vestiges sous-marins, court-métrage (1953, 27 minutes)   Un homme se penche sur son passé (1957) avec Pierre Dudan, Jacques Bergerac, Héléna Manson, Barbara Rütting Dans les années 50 au Canada, le trappeur Jacques Monge est un grand aventurier épris de liberté. Mais lorsqu’il tombe amoureux d’Hannah, fille de fermier, il sème le trouble au sein de sa famille… Bonus : Les Petits métiers de là-bas, court-métrage (1955, 20 minutes)   Prisonniers de la brousse (1958) avec Nadine Alari, André Claveau, Jean-Pierre Kerien, Georges Marchal, Françoise Rasquin Congo 1958. L’avion liaison Douala-Bangui s’est perdu dans la brousse. Les cinq survivants doivent affronter de multiples dangers que leur offre la forêt congolaise. Bonus : Promenade en Centre-Afrique, court-métrage (1954, 21 minutes)   Le Roi des montagnes (1962) avec Jean Lefebvre, Félix Marten, Claude Rollet Le vieux bandit Hadj Stavros et sa bande exploitent les rares touristes égarés dans la montagne. Ils vont tomber sur un os avec leur dernière prise : le naïf botaniste Jacques Dupont et une vieille anglaise qu’accompagne sa fille.   Dany la ravageuse (1971) avec Jürgen Drews, Jacques Dynam, Sandra Julien, Jacqueline Laurent, Michel Paulin Les aventures pittoresques et réjouissantes de Dany, un très joli mannequin volant qui garde précieusement ses indemnités de transport pour s’acheter une voiture… Mais, comme elle est consciencieuse et pratique, pour présenter ses collections, elle voyage en faisant du stop. Bonus : A la découverte du dossier de censure par Christophe Bier   Dora, la frénésie du plaisir (1975) avec Bob Asklöf, Tania Busselier, Olivier Mathot, Anne Sand, Monique Vita Barbara et Jacques Bellemont, un couple de Parisiens en quête de sensations nouvelles, embarquent pour l’Afrique où les accueillent Olivier, un guide de chasse et Dora sa maîtresse. Bonus : Un livret inédit de 24 pages « Pornographie sous les tropiques » de Christophe Bier dora-la-frenesie-du-plaisir-dvd Coffret Callaghan (4 DVD) A toi de jouer Callaghan (1954) avec Tony Wright, Lysiane Rey, Colette Ripert, Robert Berri, Robert Burnier Chargé par une compagnie d’assurance d’enquêter sur la destruction d’un yacht, le détective privé Callaghan soupçonne un tenancier de tripot, Storata, et sa maîtresse. Callaghan, aidé par la chanteuse Dolorès, échappe à plusieurs guet-apens tendus par Storata et Raoul le Velu… Bonus : Entretien avec Jean-Claude Missiaen   Plus de Whisky pour Callaghan (1955) avec Tony Wright, Magali De Vendeuil, Robert Burnier, Robert Berri, Christiane Barry, Jo Davray Slim Callaghan, son fidèle assistant Nicholls et l’Inspecteur Vadet enquêtent au sujet d’un vol de documents effectué dans un laboratoire anglais d’expériences atomiques. L’enquête les mène sur la Côte d’Azur où Callaghan rencontre une ravissante inconnue, Doria. Il réussit grâce à elle à s’introduire dans la bande de gangsters… Bonus : Entretien avec Catherine Rozier   Et par ici la sortie (1956) avec Tony Wright, Dominique Wilms, Marcel Charvey, Pascale Roberts, Dany Dauberson Découvrant dans un journal la photo de Slim, le sauveteur d’une jeune désespérée, Carlos, un trafiquant d’armes surnommé «Le Baron», est frappé par sa ressemblance avec lui-même. Il décide, en se faisant passer pour son sosie, de devancer les bandes rivales qui lui disputent les marchés clandestins… Bonus : Casino Royale (le premier James Bond)   Callaghan remet ça (1960) avec Tony Wright, Geneviève Kervine, André Luguet, Fabienne Dali, Nick Vogel Slim Callaghan, après avoir démasqué les fraudeuses entreprises du Baron Roberto, chef de gang des catcheurs, accepte la proposition de son ami Neck de retrouver un lot très important de diamants volés entre l’Afrique et Paris., Aidé par sa secrétaire Carola, Slim mène l’enquête…

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