Cinéma / DES LENDEMAINS QUI CHANTENT de Nicolas Castro

DES LENDEMAINS QUI CHANTENT de Nicolas Castro

Les désillusions de la « génération Mitterrand » racontée au travers du portrait de deux frères aux ambitions divergentes, de leurs amis et rencontres. Destins croisés sur Vingt années au cœur d’une épopée socio-politique aux accents de comédie caustique et romantique. Premier long métrage de fiction du cinéaste – documentariste qui a fait ses armes à la télévision …

l'Affiche  du Film
l’Affiche du Film

La séquence d’ouverture du film est on ne peut plus emblématique de l’impasse à laquelle vont se heurter les rêves d’une génération ,qui, au lendemain de la victoire de la gauche en 1981, avait fait sien le slogan «  c’est aujourd’hui que la vie s’invente / changeons la vie ici et maintenant ». En effet , en cette journée de premier tour d’élection Présidentielle de Mai 2002, le jeune Léon Kandel ( Pio Marmaï ) dans l’isoloir d’un bureau de vote, hésite longuement ne sachant quel bulletin ( celui de Jospin?) mettre dans l’enveloppe. Cut et Flash-back sur la soirée de Mai 1981 qui avait vu basculer l France dans le « rêve rose ». Ce soir là , avec ses amis militants de gauche de la bonne ville de St Etienne dont il est natif, le jeune Léon issu d’une famille ouvrière ( père syndicaliste à la manufacture des armes et Cycles de St Etienne ), est rivé devant la Télévision en l’attente du résultat tant espéré… qui arrive et déclenche une explosion de joie prémices d’une soirée d’autant plus mémorable , qu’elle va être l’occasion d’une rencontre avec la belle militante, Noémie ( Laetitia Casta ) dont il tombe amoureux. Pour lui la vie est en train de changer …et il veut la mordre à pleine dents .

Pio Marmaï  et Laeticia Casta
Pio Marmaï et Laeticia Casta

Comme ce sera le cas de ses proches, son frère Olivier (Gaspard Proust), son pote Sylvain
(Ramzy) , et Noémie sa toute fraîche conquête , ainsi que pour son père ( André Dussollier) ce combattant et militant d’hier qui espère voir enfin son rêve d’un monde nouveau se réaliser . Leurs destinées qui vont diverger au fil du temps et des ambitions de chacun, se font le reflet d’un contexte politique fluctuant qui va imposer a chacun ses choix et ( ou ) désillusions et renoncements . Et à cet égard le fil-rouge du récit qui décline au long des années les parcours diamétralement opposé des deux frères, l’un restant intègre et fidèle à ses idéaux et l’autre se muant en opportuniste, est un choix délibéré du cinéaste, qui, au travers de leurs destinées individuelles, en prolonge la réflexion au niveau collectif . «,  c’est pas moi qui ai changé  c’est l’époque !» dira , Olivier l’ex Trotskyste reconverti dans la communication. Olivier qui symbolise cette frange de la génération post -Soixante-huitarde qui s’est adaptée ( Jacques Dutronc, chantait «  l’opportuniste » ), et s’est laissée séduire par le pouvoir et l’argent . Sa mutation reflète en effet celle d’une société et d’une politique dont le rève de changement se perdra dans le « tournant » de la rigueur et les « années fric » qui vont suivre .

 

Pio Marmaï  et  André  Dussollier
Pio Marmaï et André Dussollier

A cet égard, Nicolas Castro construit habilement autour des périodes -phares et des événements repères , le portrait d’un pays en mutation au cours de deux Septennats marqués par le tournant idéologique de la gauche , cédant aux sirènes du capitalisme et symbolisée par l’émergence du personnage de Bernard Tapie, qui aura accès avec d’autres, aux plateaux d’une télévision ( belles séquences sur le rapport pervers Politique / médias) qui change elle aussi de visage et joue sur la mise en spectacle de la politique dans des émissions de variétés qui la banalisent et la dénaturent. Tandis que les deux frères, se fraient leur chemin désormais dans deux camps opposés , représentants de cette France en gestation dont, plus tard , le slogan de la « fracture sociale », se fera le reflet. Nicolas Castro se sert habilement de la partition des genres , Jouant sur la tonalité Romantique avec le personnage de Noémie – perdue et retrouvée par Léon- qui a sacrifié sa vie privée à son engagement politique, et qui se retrouve au cœur de la polémique politique des deux frères. Et sur celle de la Comédie Caustique, avec les belles séquence sur les débats et émissions télévisées où le cinéaste utilise avec un certain bonheur les images d’archives qui lui permettent d’épingler les personnalités       ( Bernard Henry Lévy, Jack Lang , Le Penn, Tapie , Rocard ,Chirac…) et propose cette séquence ( jamais vue issue des archives de l’INA de l’interview par des journalistes Belges ) où Mitterrand interpellé d’entrée , sur l’affaire des écoutes de l’Elysée et interrompt furieux , l’entretien….

Pio Marmaï et Ramzy
Pio Marmaï et Ramzy

Tonalité de la Comédie plus légère avec réflexion et variation sur l’industrie du sexe florissante à l’époque et surfant sur la vague , comme le personnage du pote Sylvain( Ramzy ) fêlé du sexe qui passe l’exploitation d’un cinéma Porno , à la boutique  vidéo,  et au minitel rose puis aux sites de rencontres internet … Mais la gravité s’invite aussi en filigrane des destinées des uns et des autres , avec , en point de mire le beau personnage du père le militant pur et dur complètement déboussollé par l’évolution des événements (dont son usine a subi les contrecoups des choix politiques), et qui finit par aller chercher réconfort dans la religion auprès d’un Rabbin ( Sam Karman ). Et puis , on en arrive à 2002 et le coup de semonce qui viendra avec le résultats du premier Tour , écartant Lionel Jospin, c’est dès lors tout à coup ( et pas innocemment ) le récit qui vient interpeller le présent d’aujourd’hui , comme le souligne explicitement d’ailleurs le cinéaste dans le dossier de presse « la période des années 80 m’interressait particulièrement. J’y voyait des similitudes avec l’histoire récente : d’une part les années « décomplexées » du quinquennat de Nicolas Sarkozy , en nombreux points comparable aux années Tapie , et d’autre part avec l’élection de François Hollande , les renoncements de la gauche avec le même tournant de la rigueur qu’en 1983… » , dit-il .

de  Gauche à droite: Gaspard  Proust, Pio Marmaï, André  Dussollier  et  Ramzy
de Gauche à droite: Gaspard Proust, Pio Marmaï, André Dussollier et Ramzy

Et son film s’inscrit dans le sillage de films qui ont interpellé cette période de notre histoire    récemment , comme comme La Marche de Nabil Ben Yadir ( 2013), Nés en 1968 d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (2008) ou le film de Robert Guédiguian Le promeneur du champ de Mars (2005) plus directement politique. Le film de Nicolas Castro,  s’inscrit , aussi , ans la tradition de la comédie sociale Italienne des Dino Risi , Ettore Scola ou plus récemment du Marco Tullio Giordana de Nos plus belles années .
Et , il le dit modestement « nombre de réalisateurs que j’admire parviennent à passer du registre de la comédie à un registre plus émouvant,ils réussissent à divertir sans renoncer à faire réfléchir (…) attention citer des auteurs que l’on admire ne signifie pas que l’on se mesure à eux (…) jai éssayé de m’inspirer de leur travail , du plaisir pris et repris à chaque vision de leurs films . Mon principal souci à tous les stades du film, était de trouver le bon équilibre entre la chronique d’époque et ce que vivaient les personnages ».

(Etienne Ballérini)

DES LENDEMAINS QUI CHANTENT de Nicolas Castro- 2014-
Avec : Pio Marmaï, Laeticia Casta, Ramzy, Gaspard Proust, André Dussolier , Anne
Brochet , Louis Do De Lencquesaing , Sam Karman ….

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