Cinéma / PELO MALO de Mariana Rondon

PELO MALO de Mariana Rondon.

La plasticienne et cinéaste Vénézuélienne  de Cartes Postales de Leningrad           ( 2009 ) , nous propose dans son dernier  film, le portrait d’une mère, qui a perdu son travail et élève seule ses enfants aux prises avec les difficultés quotidiennes.  Une femme autoritaire et angoissée dont la relation tendue avec son fils aîné de 9 ans  dont la crise de croissance et identitaire symbolisée par ces « Mauvais cheveux » ( traduction littérale du titre original ), est révélatrice du poids du regard sur les apparences, dans une société où la norme fait loi.

l '  Affiche  du  Film.
l ‘ Affiche du Film.

Le film s’ouvre par une magnifique séquence révélatrice d’un point de vue de mise en scène  inscrivant son regard – du collectif vers l’intime- dont la réalisatrice a choisi d’en faire la matrice de son film. Dans cette scène on voit Junior ( Samuel Lange ) le jeune héros de 9 ans en compagnie de sa copine et voisine installés sur la terrasse de son appartement regardant l’immeuble qui leur fait face , et commentant avec ironie les gestes et habitudes par les signes des apparence révélatrices qui se font l’écho de leurs solitudes et ( ou ) misères quotidiennes . A l’image de cette femme vieille femme qui s’installe toujours à la même heure sur son balcon pour guetter la venue d’un visiteur de sa famille , ou encore , de cet autre balcon devenu refuge des pigeons         « parce que le gens doivent aimer les animaux ! », dit la petite copine de Junior.          De cette séquence faisant écho au quotidien d’un immeuble collectif d’une cité populaire de Caracas, on pénètre à l’intérieur de l’appartement de Junior et dans l’intimité d’une discussion avec sa copine qui rêve de se faire photographier en « miss » ( dont la télévision diffuse quotidiennement les images des concours ) , puis , on découvre ce dernier flanqué devant son miroir cherchant à lisser ses cheveux frisés afin d’imiter les coiffures ces chanteurs de Variétés à succès dont lui parle sa grand-mère . Mais,  aussi, ces cheveux frisés hérités de son père il voudrai les voir lisses , comme ceux de sa mère,  Marta ( Samantha Castillo ) .

Junior ( Samuel Lange )   sur  son balcon face  aux  immeubles de  la cité
Junior ( Samuel Lange ) sur son balcon face aux immeubles de la cité

Et cette dernière fait écho à l’obsession de son fils par une autre obsession – qui va rendre leur relation de plus en plus tendue et conflictuelle – liée à ce réflexe d’un conformisme social d’une société dans laquelle elle vit et où la notion d’apparence est plus qu’un culte , comme le précise la cinéaste dans le dossier de presse du film :       «  Au travers de Junior , je questionne le rôle de la masculinité . Cet enfant ne se reconnaît pas lorsqu’il se voit dans un miroir et lutte pour trouver qui il est . Junior n’a pas d’homme dans son entourage , et c’est très représentatif de la société Vénézuélienne qui est très matriarcale : les hommes ont déserté la maison , ne s’occupent pas de leurs enfants. Entre sa mère , sa grand mère et sa copine , il vit dans une bulle de féminité. L’homme est une curiosité . Du coup sa mère doit jouer les deux rôles, le sien et celui du père , d’où cette sa dureté envers Junior liée à ses craintes de le voir devenir différent et souffrir de l’être, elle veut le mettre en garde« ,  dit-elle.             Mais –  aussi-  voulant  se rassurer via ces visites médicales auxquelles elle le contraint, et où son inquiétude , « est- il homosexuel ? »,  est explicitement signifiée au médecin. Le poids du regard extérieur est en fait l’obsession de Marta dont la dureté de son comportement envers Junior,  se reflète aussi dans la blessure de ces mots dits , qui finissent par dépasser ses pensée . A cet égard la scène finale dans ce qu’elle exprime  d’ une certaine  forme  de violence sacrificielle, est magnifique. Une violence qui traduit admirablement , cette projection du regard que les autres, et dont la mère se fait le reflet dans son comportement de protection excessive.

Junior  ( Samuel Lange  )  avec  sa  mère ( Samantha Castillo )  et  son petit frère
Junior ( Samuel Lange ) avec sa mère ( Samantha Castillo ) et son petit frère

La cinéaste fait de cette « supposée » possible différence pointée dont Junior subit les coups, le prétexte à une jolie réflexion sur la tolérance et le respect en question , y compris , au cœur de la cellule familiale . Cette tolérance et ce respect dont on retrouve les séquelles au cœur d’une société Vénézuélienne et qui se traduit également , au travers d’une solidarité qui semble se dérober, comme c’est le cas pour Marta qui a de plus en plus de mal à faire garder ses enfants pour aller en quête d’une travail , ou , à faire accepter par les commerçants une ardoise qui grimpe. Et qu’elle finira par devoir en passer par le « droit de cuissage » pour réintégrer son poste de Vigile! . Une mise à pied dont on ne saura pas les raisons , et qui s’ajoute à d’autres questions restées sans explications ( sur la disparition du père, sur la relation du petit – fils avec la grand-mère, sur le fils cadet de 2 ans à la couleur de peau différente de celle de son frère…), restées sans réponses . Un choix de la cinéaste : «  Il y a beaucoup de mystères car j’ai voulu laisser un espace aux spectateurs pour qu’ils se posent des questions , qu’ils cherchent. Pour moi, Pelo Malo est un film sur le poids du regard … ils s’affrontent parce qu’ils ne se regardent pas , et ne voient pas les choses de la même façon. La mère ne voit pas par exemple Junior qui regarde le jeune vendeur . Pourquoi le regarde-t-il ?, Parce qu’il lui plaît ?, Parce qu’il n’a pas d’autre modèle masculin chez lui ?. Aux spectateurs de se forger une opinion », dit-elle.

Junior  en compagnie de sa  grand-mère
Junior en compagnie de sa grand-mère

La cinéaste se fait, ici, une sensible portraitistes des sentiments d’individus confrontés à une certaine violence  qui a envahi les cellules familiales des couches sociales les plus fragiles de la population , et dont l’apprentissage aux blessures de la vie, est porté par son jeune héros, Junior .

(Etienne Ballérini)

PELO MALO de Mariana Randon – 2013- Venezuela .
Avec : Samuel Lange , Samantha Castillo, Nelly Ramos, Beto Benites, Maria Emilia Silbaràn

Primé aux Festivals : de San Sebastian 2013 ( Concha d’Or), de Mar Del Palta ( meilleur réalisateur et meilleur scénario ), au Festival de Turin ( meilleure actrice )

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