Théâtre / BOUVARD ET PECUCHET de Gustave Flaubert , par Vincent Colin

BOUVARD et PECUCHET
Ce titre d’un roman de Flaubert, publié en 1881, à titre posthume, est certainement plus connu que le roman lui-même. A mon avis, il est passé dans le langage courant et désigne le ridicule de ceux qui veulent se constituer un savoir, pour reprendre une célèbre expression, « à l’insu de leur plein gré ».
L’œuvre a été adapté à la télévision avec Jean Carmet et Jean Pierre Marielle. Fin Mars, le TNN en présentait une réjouissante mise en scène théâtrale signée Vincent Colin. Mais revenons au roman.

L' Affiche  du Spectacle
L’ Affiche du Spectacle

Par une chaude journée d’été, à Paris, deux hommes, Bouvard et Pécuchet, se rencontrent et font connaissance. Ils découvrent que, non seulement ils exercent le même métier de copiste mais qu’en plus ils ont les mêmes centres d’intérêts. S’ils le pouvaient, ils aimeraient vivre à la campagne. Un héritage fort opportun va leur permettre de changer de vie. Ils reprennent une ferme dans le Calvados, non loin de Caen et se lancent dans l’agriculture. Leur incapacité à comprendre va n’engendrer que des désastres. De la même manière, ils vont s’intéresser, dans l’ordre, aux sciences, à l’archéologie à la littérature, à la politique, à l’amour, à la philosophie à la religion, à avec les mêmes résultats. Lassés de tant d’échecs, ils retournent à leur métier de copiste.
Le projet de ce roman remonte à1872, puisque l’auteur en fait part à George Sand dans un courrier où il affirme son intention comique.

 

Roch- Antoine  Albaladejo  et  Philippe Blancher
Roch- Antoine Albaladejo et Philippe Blancher

Dès cette époque, il songe à écrire une vaste raillerie sur la vanité de ses contemporains. Entre l’idée et la rédaction interrompue par sa mort il aura eu le temps de collecter une impressionnante documentation : on avance le chiffre de mille cinq cents livres. Lors de l’écriture, Flaubert avait songé au sous-titre : encyclopédie de la bêtise humaine et la présence du Dictionnaire des idées reçues à la fin du roman est une des causes de sa célébrité. Le comique vient de la frénésie des deux compères, à tout savoir, tout expérimenter, et surtout leur incapacité à comprendre correctement.
Quant à l’adaptation théâtrale présentée au TNN, en un peu plus de 1 heure Vincent Colin va à l’essentiel du roman. Les deux protagonistes (Roch Antoine Albaladejo et Philippe Blanchet), que ce soit dans leur costumes, dans leur comportements à la limite de l’interchangeable, font immanquablement aux grands duettistes, Laurel et Hardy, les frères Goncourt, Vladimir et Estragon (En attendant Godot)….

bouvard et pecuchet 3
La création sonore (Thierry Bertomeu) est tout simplement épatante : nous entendons le bruit réel correspondant à la situation décrite dans la pièce (ex. l’ouverture d’une porte) et ce réalisme nous produit une distanciation dans cette histoire loufoque, bruitages insolites en complément d’interprétations chantées sur l’air de tubes des années 60-70, d’extraits du roman de Flaubert.                                                                                        Le dispositif scénique (les deux protagonistes sont assis face micro devant des pupitres) nous fait évoquer deux concertistes. Et c’est cela : leur partition, c’est la liste de toutes leurs expériences ratées qu’ils croient mener au nom du savoir. Sans bien sûr s’apercevoir du ridicule de leurs prétentions. Mis, pour notre plus grand bonheur, Vincent Colin et à la manœuvre… Sa mise en scène est sobre mais fait la part belle au burlesque des situations.

Bouvard et pecuchet 2
Et ce qu’il y a de parlant de ce roman – et de son adaptation théâtrale – à notre époque c’est que nos deux « héros » ne peuvent imaginer une connaissance que livresque, encyclopédique, comme actuellement nous nous imaginons que toute la science, tous les savoirs, viennent automatiquement de la consultation frénétique de moteurs de recherche. Doctus cum libro (savant avec le livre). Un peu comme ces impatients patients qui vont consulter « oui, mais, docteur, j’ai lu sur internet que… ».          Les deux comédiens – il faudrait ici parler de deux compères- sont des virtuoses du verbe. C’est à la limite d’un match : on hésite entre le tennis pour la précision des échanges ou le rugby pour la qualité des passages du ballon. Roch Antoine Albaladejo est il de la famille du grand Pierre ?.
Au total, ce Bouvard et Pécuchet reste pour moi un vrai régal, un plaisir dans l’interprétation et une intelligence du texte. Quant à la modernité du propos, il suffisait simplement de l’œuvre. Ah ! Un petit reproche : certains textes sont en voix off, dits par la sublime forcement sublime Edith Scob. Au tout début, Bouvard et Pécuchet constatent qu’ils ont de nombreux points communs : Alors ils se considèrent. Cela m’a manqué. Mais bon.

Jacques Barbarin

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