Cinéma / Disparition , Jean-Louis Bertuccelli

Jean Louis BERTUCCELLI ( 1942-2014)

Révélé par Remparts d’Argile sorti en 1971 ( Prix Jean Vigo ) , il connut la consécration du public avec le succès de Docteur Françoise Gailland (1970 ) . Cinéaste attachant qui a  fait la part  belle à l’humain , et engagé dans la défense du cinéma avec l’ARP , société civile des Auteurs Réalisateurs et Producteurs, il avait 71 ans .

Jean Louis Bertuccelli
Jean Louis Bertuccelli

La nouvelle de son décès a été quelque peu éclipsée dans les médias par le retentissement de la disparition d’Alain Resnais. Jean Louis Bertucelli très attaché à la famille Cinéma pour laquelle il militait à la défense des droits au sein de la société des réalisateurs,  l’homme de cœur qu’il était mérite bien que l’on revienne sur son parcours  et  qu’on lui rende l’hommage mérité …Et puis, c’est aussi un peu un enfant de la région ( père de  la cinéaste Julie Bertuccelli :  Depuis  qu’Otar est  Parti, l’Arbre …) ,
que nous saluons  ici .  En effet, bien que né dans la capitale d’une mère Française et d’un père Italien, c’est à Beaulieu -Sur- Mer où sa famille s’installe en 1945, qu’il passera son enfance . Au début des années 1960, il fera des études au conservatoire de musique de Nice , puis , après des études à la Faculté de Marseille, il se dirige ensuite vers le cinéma et passera le concours de l’école de Cinéma de Vaugirard à Paris , se spécialisant dans le son, et il débutera dans la profession comme perchman puis ingénieur du son dans des reportages documentaires . Dans ses films il  se sera toujours attaché à associer dans sa mise en scène et à la dramaturgie souhaitée du récit, le travail sur le son , la musique et l’image comme éléments d’une même synergie créatrice .
Expérience acquise il franchira le pas vers la réalisation en 1970 .

l' Affiche  de  Remparts d' Argile
l’ Affiche de Remparts d’ Argile

Et c’est donc en 1971 que le jeune cinéaste alors fait sensation avec son premier long métrage Remparts d’argile , bien accueilli par  la  critique et qui sera récompensé par la profession par le prestigieux prix Jean Vigo , et représentera la France aux oscars.  Le film sorti dans les salles vit son succès prolongé par le mouvement des ciné-clubs ,très actif alors ,  qui a soutenu et programmé le film , comme ce fut le cas à Nice . Il faut dire que dans la foulée des événements et de la contestation de 1968 , le film où l’on retrouve le regard documentaire au sein duquel il a fait sa formation,  abordait des thèmes  qui  suscitaient  le  débat . Le film situé dans le Sud Tunisien et tourné avec la participation des habitants de la région et l’utilisation des chants berbères dans la bande-son , raconte le quotidien d’une grêve des ouvriers d’une mine qui tiendront tête aux forces de l’ordre pendant 48 heures . Il y met en lumière également le rôles des femmes et intégrant une réflexion sur l’impact d’une certaine forme d’exploitation industrielle Capitaliste.

l'Affiche  du  film  Paulina  1880
Affiche  du  film  On s'est trompés d'histoire d'Amour Affiche du film On s’est trompés d’histoire d’Amour
l’Affiche du film Paulina 1880

Il poursuivra avec Paulina 1880 (1972), adaptation du roman de Pierre – jean Jouve avec Samy Frey et Michel Bouquet, sur la tragédie d’une liaison interdite d’une jeune fille de l’aristocratie avec un homme marié qui conduira celle -ci à tuer son amant . Après cette incursion dans la bourgeoise il revient a l’univers des petites gens dans On s’est trompés d’histoire d’Amour (1974 ), confrontés au difficultés ( travail, salaire ) pour se construire le bonheur familial dont ils ont rêvé. Au détour des déboires du jeune couple , le film aborde aussi le problème  de l’avortement .
C’est à un autre thème , sensible, celui de la surcharge du travail et de la confrontation à la maladie  sur  lequel il va se pencher dans Docteur Françoise Gailland (1976) qui connaîtra un énorme succès Populaire porté par une Annie Girardot ( césarisée pour sa composition) bouleversante dans le rôle d’une responsable de grand service dans un hôpital Parisien . Vie familiale perturbée , responsabilités , inquiétude , souffrance , refus de la résignation à la maladie et rage de vivre . Autant de thèmes au cœur d’un superbe film et portrait de femme.

Annie  Girardot  dans  Docteru  Françoise  Gailland
Annie Girardot dans Docteur  Françoise Gailland

Autre combat contre le monde de la finance et de l’économie à la conquête du pouvoir avec l’Imprécateur ( 1977) d’après le roman de René Victor Pilhes avec Jean Yanne et Michel Piccoli . Dans Interdit au Mois de 13 ans, (1982) , c’est la vie d’un couple dans une banlieue sordide qu’un couple veut fuir et , pour y parvenir , sera tenté par un « coup » risqué. Puis  Stress (1986) et Aujourd’hui peut-être  ( 1991),  se pencheront sur les thèmes , du suicide , du harcèlement, de la famille et du fils préféré….

Affiche  de  l' Imprecateur
Affiche de l’ Imprécateur

Au début des années 1990 , c’est vers le petit écran que le cinéaste qui s’est toujours considéré comme un artisan, se tournera cherchant d’autres territoires à explorer comme les séries pour enfants ( Souris Noire / 1988) ou pour adultes ( Les aventures de Franck et Foo-yang / 1989) sans oublier les thèmes de société qui lui sont chers : l’argent ( Pognon sur rue / 1992 ) , l’immigration ( Le clandestin /  1991), le SIDA ( Le serment d’hypocrate /  1997 ) , le racisme ( Marie Marmaille / 2001 ) , les magouilles politiques ( Mauvaises affaires / 1998 ), les femmes victimes de violences ( Louis Page / 2005 ).
Autant de films,  en forme d’étapes d’une, filmographie  attachante  et sensible  qui a sans cesse porté son regard  sur les individus confrontés au difficultés ( Sociales, économiques, politiques ) de la société dans laquelle ils vivent.
(Etienne Ballérini)

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