Cinéma / LE SENS DE L’ HUMOUR de Marilyne Canto.

LE SENS DE L’HUMOUR de Marilyne Canto.

On avait aimé son court métrage Fais de beaux rêves. Pour son premier long métrage la comédienne, confirme cette impression de sensibilité  ressentie  d’un regard sur le quotidien de personnages confrontés à faire des choix difficiles, dont elle traduit cet entre-deux d’une énergie et d’un élan qui tente de  les mettre en marche, en même temps que ces doutes et ces peurs qui les freinent. Une intrusion au cœur des coulisses des sentiments…

l' Affiche  du  Film
l’ Affiche du Film

Il y a Paul ( Antoine Chappey ) brocanteur de métier qui travaille en « famille » avec son frère . Et il y a Elise ( Marilyne Canto, aussi devant la caméra ) qui, elle,  travaille au Musée du Louvre où elle est conférencière et commente pour les visiteurs les tableaux exposés et le parcours de leurs auteurs. Ces deux là n’étaient pas forcément faits pour se croiser, mais la vie est aussi faite de ces incertitudes sur lesquelles d’ailleurs ,la cinéaste évite de faire peser son récit,  laissant en la circonstance, au spectateur le soin d ‘imaginer. Ce qui est essentiel,  par contre, la comédienne-cinéaste le met en relief d’entrée de jeu comme une évidence. Ainsi pour Paul, la quarantaine passée c’est une activité proche de la vie de bohème qui lui correspond, et la conscience du temps qui a passé sans chercher à se construire une vie familiale. Pour Elise, c’est une vie familiale brisée par la mort   inexpliquée d’un mari qui la laisse seule avec un enfant, Léo ( Samson Dajczman) d’un peu plus d’une dizaine d’années. Un coup dur dont elle cherche à faire le deuil et dont l’ouverture aux autres se concrétise , à la fois, par une sorte de double réflexe qui la   pousse à s’offrir sans retenue , et puis , se retrancher dans un autre protecteur au cœur de cette douleur dont elle ne peut se détacher…

Marlyne Canto
Marlyne Canto

De cet état sentiments d’une Elise tiraillée entre la vie qui doit reprendre ses droits et le deuil dont elle ne peut se défaire, la cinéaste en fait le cœur d’un récit dont elle cherche à sonder frontalement les pulsions qui l’animent , évacuant volontairement la tentation des explications qui viendraient les parasiter. En  injectant ce sens de la surprise et du recul bienvenu , au cœur des séquences d’une mise en scène dont le sens de la concision est le parti-pris révélateur . Un parti-pris qui offre aux élans de vie et du cœur la vraie dimension des quêtes dont ils sont porteurs pour le trio qui tente de se construire un possible avenir. Celui-ci , au delà des adultes, se traduit superbement aussi par le regard posé par la cinéaste sur Léo. Léo dont le destin est lié à celui des choix d’une mère, et qui va chercher à se faire sa propre place, à donner son point de vue. A l’image de ses confidences à son meilleur ami et camarade de classe, ou de ses interrogations sur l’importance de la religion , ou encore, dans son attitude envers Paul. Au delà du possible père de substitut qu’il représente , il y a surtout le subtil regard sur un jeune enfant qui s’interroge sur sa place et son rôle, à la fois dans un future famille possible recomposée , et plus largement dans la cité, la société.

Marilyn Canto  et   Antoien Chappey
Marilyne Canto et Antoien Chappey

Il suffit, à Marilyne Canto, d’un seul plan, celui de la carte d’identité du défunt, ou celui , où Léo annonce à son copain la mort de son père , pour faire mesurer par le poids des images et des mots, celui d’un ressenti et de l’absence. Celle qu’ Elise manifeste par un comportement qui la fait passer de la tendresse à la cruauté envers un Paul déstabilisé . Et Paul qui , lui , mesure le chemin à faire pour trouver ( gagner ) sa place dans la vie d’Elise. Dans ce cheminement difficile des sentiments et d’un avenir possible pour les prolonger , la cinéaste qui a choisi d’en suivre les tentations de repli et les envolées vers les possibles , le fait avec une pudeur extrême qui s’exprime à merveille au cœur des séquences où l’amour et la douleur s’inscrivent comme moteur d’un cheminement difficile vers la reconquête d’un bonheur que symbolise dans sa simplicité rêvée qui prend la forme la promenade d’Elise , Paul et Léo se tenant tendrement la main dans l’allée bordée d’arbres … et le sourire en coin, qui en dit long, de Léo.

Marilyne Canto ( Elise )  et  Samson Dajcman ( Léo )
Marilyne Canto ( Elise ) et Samson Dajcman ( Léo )

Ce qui frappe c’est cette simplicité évidente des sentiments et d’une réalité dont l’aspect qui touche à l’intime d’Elise,  trouve écho dans le personnage de Paul , pas prédisposé pourtant, à revêtir des habits tenus longtemps à distance. Mais la détresse d’Elise qui se manifeste par une forme d’agressivité à son égard «  je t’aime , et je ne t’aime pas ! » après une scène d’intimité sexuelle, faisant sourdre son mal- être consécutif à un deuil difficile à faire, finit par être comprise par celui-ci qui a du mal à en accepter , les formes  agressives de  son appel au secours. Un appel  dont il ne comprendra la  réalité du  véritable message qu’après une courte séparation et des retrouvailles ponctuées par une scène de Jalousie. La cinéaste dans le traitement d’un sujet – en partie autobiographique- trouve aussi la bonne distance . Une voix qui se brise d’émotion , et  toujours,  au bord de celle-ci  sans jamais la montrer, sauf ( la scène chez l’anesthésiste ) quand c’est nécessaire , lui opposant ce sens de l’humour du titre qui lui permet de fuir la tentation du pathos . Un humour dont elle habille ses personnages de la distance et du recul protecteur  dont le jeune Léo se pare, mais dont fait preuve aussi Paul , lorsqu’il compare Elise et ses sautes d’humeur à la fiancée que Paul Léautaud avait surnommée « la peste » !.
On a aimé ce regard que l’on voudrait vous faire partager. Sans battage publicitaire et sorti en catimini , ce petit bijou de sensibilité mérite vraiment , le détour …
(Etienne Ballérini)

LE SENS DE L’HUMOUR de Marilyn Canto -2014-
Avec : Antoien Chappey , Marillyn Canto , Samson Dajczman, Jules Ritmanic …

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