Théâtre / Le Nouvel Ordre Mondial, d’Harold Pinter

J’avais assisté en mars dernier  au Théâtre de la Semeuse à un spectacle qui m’avait touché, ému. D’abord, parce que c’était le travail d’une toute nouvelle compagnie, Cellule T4. Cette œuvre est reprise à Antibea Théâtre et démontre les liens forts qui existe entre les deux lieux, puisque ce n’est pas la première fois que ce genre d’opération intervient, au grand satisfecit de tous ceux attirés par un théâtre exigeant.

Nouvel ordreIl s’agit de 3 courtes pièces du grand dramaturge Harold Pinter, Le nouvel Ordre Mondial. Toutes ses pièces nous parlent d’une société déshumanisée et égoïste, d’un monde désemparé et d’une terrible réalité sociale contemporaine qui prend sa source dans les rapports hiérarchiques de pouvoir, générés par tous les abus de la finance, du monde du travail et de la communication. Pinter nous donne à voir et à entendre la vulgarité quasi pornographique d’une civilisation prête à tout pour augmenter ses profits et ses plaisirs au détriment des plus déshérités de notre système économique occidental.

Les 3 pièces forment une unité, elles sont un ensemble musical. Dans la première, Un nouvel ordre mondial, en quelque sorte, on pose les prolégomènes. Qui est qui ? Qui joue quel rôle ? Mais la fin va renverser la proposition. Dans la dernière, Précisément, les vainqueurs prévoient ce qu’il va advenir des vaincus. Ca ne vous dit rien ? Puis la pièce centrale, plus longue, Un dernier pour la route.

Dans un lieu qu’on ne pourrait situer, Nicolas, un interrogateur «civilisé» (juge, inspecteur, bourreau ?) soumet à son inquisition les membres d’une famille emprisonnée parce qu’ils sont considérés comme étant des ennemis de l’État. Il interroge successivement Victor, le père, Gila, la mère, et Nicky, leur enfant de sept ans…

La pièce révèle comment un simple individu, investi d’une autorité absolue et d’une mission purificatrice, peut se muer en tortionnaire. Elle propose une puissante dénonciation du mépris des droits humains par les gouvernements totalitaires.

J’avoue avoir pensé que nous étions en Argentine au moment de la dictature de Vidéla, à L’Ecole de Mécanique de la Marine de sinistre mémoire. Peut-être parce que cet épisode de notre histoire contemporaine m’a marqué et que cela évoque pour moi tout ce qui peut se rapporter à la torture. Mais la force de cette écriture est telle que tout le monde peut avoir sa grille de lecture. Et quand on pense au monde tel qu’il est aujourd’hui, on s’aperçoit combien l’écriture de Pinter touche au scalpel nos comportements.

J’ai dit que ce travail était le premier d’une nouvelle compagnie, Cellule T4. C’est donc un moment particulier d’assister au moment où l’oiseau fait son premier vol, surtout que celui-ci n’est ni hésitant ni brouillon. J’ai été impressionné par le professionnalisme de ces jeunes : Julien Croquet, Félicien Chauveau, Elise Clary, Jean-Christophe Bournine. La mise en scène et la dramaturgie sont de Alice-Anne Filippi

Jacques Barbarin

Le nouvel ordre mondial,  21 et 22 février 20h30, 23 février  16h

Théâtre Antibea, 15, rue Georges Clémenceau 06600 Antibes 04 93 34 24 30
http://www.theatre-antibea.com

 

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