Cinéma / TANTE HILDA! de Jacques-Rémy Girerd

TANTE HILDA ! De Jacques-Rémy Girerd.

Le réalisateur de La prophétie des Grenouilles et de Mia et le Migou , nous offre avec son nouveau  film, une  fable moderne , qui, dans le sillage de son héroïne, fille de botanistes passionnée par l’amour des plantes et de la nature,  part en guerre contre un groupe Agro-alimentaire et sa nouvelle céréale qui menace la planète. Porté par la tonalité de la comédie décapante, le film trouve, dans le débat d’idées sur deux visions du monde radicalement opposées, sa belle dynamique portant sur la question  : dans quel monde voulons-nous vivre ?.

l' Affiche  du  Film
l’ Affiche du Film

Autant vous le dire tout de suite le film est réjouissant de bout en bout par l’intelligence de son regard empreint d’une forme de liberté et de distance évitant le didactisme sur les sujets qui font débat de nos jours, concernant les inter-actions existantes entre le pouvoir politique , le commerce international et le monde de la recherche scientifique, donnant lieu à débats et empoignades sur le terrain des valeurs éthiques et morales soulevées par l’utilisation de certains produits pouvant avoir des conséquences néfastes. « je ne peux pas laisser faire ça , cette aventure est dangereuse… » dit Hilda ( Voix de Sabine Azéma) , suite à la découverte      « faramineuse »  de l’aveu même du savant qui travaille pour une société Agro-Alimentaire la   «  Dolo » qui vient de trouver la potion magique qui doit lui rapporter gros , avec son nouveau bijou  né des manipulations transgéniques nommé « attilem », sorte d’asperge géante pouvant pousser sans énergie ( peu d’eau et pas d’engrais ), se révélant la solution qui doit permettre d’enrayer la faim dans le monde « elle va régler tous nos problèmes! » ,fait même chanter par des petits Africains, la publicité d’un de leurs clips publicitaires.

Tante  Hilda  dans  son musé des  Plantes   préservé de la pollution
Tante Hilda dans son musé des Plantes préservé de la pollution

Désormais la machine est en marche , et c’est bien ce que redoute Tant Hilda dont la demeure au sommet de la montagne est une « bulle protectrice » dans laquelle elle a construit , une sorte de Paradis de cultures de plantes et fleurs naturelles préservé de toutes les attaques qui les menacent «  j’adore mélanger les plantes , les essences des fleurs (…) fabriquer des potions magiques », dit Hilda sur laquelle plane la menace du nouveau produit dont la multinationale a submergé de ses cultures tous les continents , faisant gonfler ses bénéfices . Dolorès ( voix de Josiane Balasko) la présidente de la multinationale « Dolo » ( qui fait penser à une autre célèbre qui aujourd’hui règne sur le marché ) , peut sauter aux nues : sa plante qui a reçu l’aval des autorités politiques, fait grimper ses bénéfices !. Elle est devenue la maîtresse d’une entreprise devant laquelle tout le monde se met à genou, à l’image de son duo de serviteurs esclaves, Ike et Turner ( voix de François Morel et Bruno Hochet) hilarants en doubles, des Dupont et Dupont des aventures de Tintin d’Hergé. Mais voilà , à vaincre sans périls …

Tante  Hilda   détruisant  le  maléfique  Attilem  produit transgénique de   l'industrie  Agro-alimentaire...
Tante Hilda détruisant le maléfique Attilem produit transgénique de l’industrie Agro-alimentaire…

Et le fameux « Attilem » fabriqué par le Savant du Laboratoire se révèle être un mutant qui « incontrôlable » qui risque de détruire , tout simplement, le monde végétal mondial. Suscitant le branle-bas de combat chez les autorités désormais dépassées qui doivent faire face à des manifestations monstres de rejet. Trouver l’antidote devient tout simplement une question de survie … Politique  et  financière. Au cœur de ce dilemme, les auteurs se régalent dans l’analyse des antagonismes révélateurs des « deux conceptions du monde » dont ils traduisent habilement , à la fois , par la caricature des situations et les traits d’une animation traditionnelle ( portant la signature de « Folimage » la société qui s’est spécialisée dans ce type de production ) avec laquelle Jacques -Remy Girerd à illustré ses films précédents , d’une belle part de poésie énergétique , que l’on retrouve ici ,dans le combat d’Hilda !. Dont l’arche de Noé symbolique qui sauva -hier –les grenouilles de la prophétie,  dont  elle  a  construit  l’équivalent  sur le sommet de la montagne en forme de château forteresse rempart, contre les menaces qui peuvent mettre en danger  ses  plantes  et leur  équilibre écologique. La séquence  -étonnante dans sa  démesure  destructrice emblématique- du conflit qui oppose les deux tenantes du « destin » et de l’avenir de la planète, l’est doublement par la dimension dont les auteurs l’habillent , notamment au travers des deux héroïnes , dont, les antagonismes qui les opposent, se retrouvent être le miroir d’une société moderne dont le devoir est de les régler , pour trouver les solutions au cœur de cette maison  qui abrite notre grande famille: la planète !.

Dolores , la Présidente de  l'usine   la multinationale  agro-alimentaire  "Dolo"
Dolores , la Présidente de la multinationale agro-alimentaire « Dolo »

Dès lors, le regard qui est porté sur les deux mondes enfermés dans leurs certitudes dont le bunker dans lequel l’une protège ses affaires ; et la serre géante dans laquelle l’autre protège ses plantes, vont devoir finir par trouver des solutions et lâcher du lest !.  «  il faut laisser la nature libre ! », lance le savant ( Voix de Sergueï Vladimirov) qui se repent de n’avoir pas maîtrisé les paramètres de sa découverte .

Le   chercheur   repenti      en crise  destructrice de ses  recherches
Le chercheur repenti en crise destructrice de ses recherches

On vous laissera découvrir les multiples revirements de l’histoire portée par de beaux personnages dont les auteurs ont eu la belle idée de ne pas les enfermer dans des postures uniquement caricaturales ( la gentille écolo- bobo, ou, l’odieuse directrice vénale de la multinationale, les politiques dépassés …) pour nous ouvrir à cette dimension humaine d’un regard refusant  » d’asséner un  message », explique  Jacques-Rémy  Gired . Dans sa bataille Hilda fait parfois penser au Monsieur Hulot de Jacques Tati ( de Mon Oncle ou de Playtime ) aux prises avec une société de consommation à laquelle il oppose sa poésie ironique. C’est d’ailleurs cette poésie,  et cette tendresse envers les personnages ( le beau portrait des parents d’Hilda qui perdent la mémoire ) , qui permet aussi aux auteurs , à la fois, de ne pas les ménager dans leurs défauts et d’en faire des entêtés un peu  immatures, mais lucides dans leurs combats. Hilda et le savant repenti en sont les exemples, mais Dolorès aussi, qui va trouver dans la débâcle subie, les forces pour rebondir. Les auteurs dans un joli, et habile, clin- d’oeil, font écho à cette capacité de la nature à revivre, comme à celle de la puissance de l’argent à savoir se recycler  ( se réinvestir dans  d’autres juteux  profits ),   à la faveur des crises …

(Etienne Ballérini )

TANTE HILDA ! De Jacques -Rémy Girerd
Avec les voix de : Sabine Azéma, Josiane Balasko, François Morel, Bruno Lochet,
Sergueï Vladimirov …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s