Bosco : le polar à fleur de peau

Rencontre avec un auteur de polar qui sera invité du festival de polar de Drap les 1er et 2 fèvrier prochain à l’espace Jean Ferrat. Jacques-Olivier Bosco qui  sortait il y a quelques mois le remarquable Loupo chez Jigal, répond ici à quelques questions, sans concessions…

Jacques-Olivier Bosco, pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs ?

J’ai 47 ans, un (vrai) travail à temps complet (pas question de lire ou d’écrire à ce moment-là), une petite famille, un chat, un scooter, et une passion ; l’écriture. Ha oui, et en plus, j’habite à Nice dans le quartier de la Libération, un quartier populaire où se tient tous les matins un des plus grand marché – fruit, légumes, poissons, fromages et huile d’olive – de la région. J’essaie de concilier tout cela avec bonheur. Je voudrais juste dire que c’est énormément de travail de satisfaire toutes mes obligations cela avec honnêteté, énormément, donc, une seule solution, comme je l’ai dit, de la passion et du sérieux !

Justement, dans votre travail d’écriture, qu’est-ce qui vous importe le plus : les personnages, la trame, la structure, le style, le ton ?…

Je ne me pose pas la question à vrai dire. J’adore lire, et en décidant de me mettre à écrire des fictions, j’ai essayé de retranscrire à mon tour ce que j’avais ressenti au cours de mes nombreuses lectures. Évidemment, il y a un côté subjectif, des choix à faire, et c’est ce qui fait la richesse de la littérature, quelle que soit de genre. Fabriquer un objet littéraire qui soit prenant, et, pour revenir à la question, en s’appuyant sur les personnages, bien sûr, puisque je veux parler de nous, de vous, les lecteurs, de notre époque et de comment nous nous « dépatouillons » dedans.

loupo-jacques-olivier-bosco-L-HsFqw2Par rapport à vos premiers romans, le dernier, Loupo est plus rythmé, avec un phrasé à la fois très particulier et très précis, ce qui procure une grande originalité à la lecture. D’où vous est venu ce renouvellement de style ?

 Je me suis mis dans la tête du personnage, tout simplement. C’est Loupo qui raconte son histoire avec la fougue de ses vingt cinq ans, son « franc-parler », sa musicalité mais aussi sa poésie et son spleen. Bien sûr, il s’agit d’une fiction, et comme il est dit plus haut, d’un objet littéraire (désolé, je prends l’écriture très au sérieux), réussi ou pas, mais il y a tout un travail dans ce sens. Je me suis fait plaisir au niveau de l’écriture, mais surtout, j’étais persuadé que nombre de lecteurs seraient touchés – percutés – par le style et cette histoire. Les personnages ne sont pas attachants, on s’en fout, je demande juste au lecteur d’être honnête : a-t-il été pris par l’histoire, oui ou non ? S’est-il ennuyé à un moment ou à un autre ? A t-il ressenti des choses ? De l’empathie, de la tendresse, de la peur, du dégoût (pas trop non plus). Ensuite, il y a la dimension philosophique et psychologique, mais sa lecture n’est pas obligatoire. Ceux qui veulent ressentir la banlieue à l’orée de la nuit, le désespoir ou les espoirs des jeunes contre les murs, ou même d’une simple caissière de cinéma, les verront, j’ai travaillé dans ce sens aussi. Mais je ne me soucie pas du niveau culturel de mes lecteurs, au contraire, je veux que mes livres soient accessibles au plus nombreux. Pour Loupo, j’avoue que ce livre est adressé à la jeunesse  – et à ceux qui en ont encore quelques gouttes dans le sang, mais les jeunes ne lisent pas, certains sont dans leurs études et d’autres n’ont pas le budget. Je reste optimiste, certain que Loupo aura un bien meilleur accueil lorsqu’il sortira en poche.

Le choix de décrire des « voyous » à l’ancienne que n’auraient pas renié José Giovanni, et de les ériger comme personnages principaux (je pense au Cramé par exemple), ça vous permet de véhiculer quoi dans vos polars ?

C’est le côté Héroic Polar qui me plait (un style que je revendique), l’aventure, les héros style Robin des Bois. J’ai voulu me démarquer des histoires de flics. On voit des flics à la télé tous les soirs et, pendant un moment, on avait le premier flic de France comme Président. Pour ma part, à cause de ma culture « polardesque » (Le clan des siciliens, Scarface, Le Parrain ou Romanzo criminale), j’aime les histoires de gangsters entre eux, à condition que cela soit bien fait et que l’on ne rentre pas dans la redite. J’ai donc utilisé des bandits d’aujourd’hui, dans un monde d’aujourd’hui, mais je leur ai donné des valeurs d’avant : honneur, amitié, vendetta, sens de la morale et de la parole donnée, sens de la famille. Je trouve que cela apporte une humanité, « une stature » à mes personnages, filles ou garçons, et je m’en sers pour justifier leur (parfois) extrême violence.

Quel regard portez-vous sur le roman noir actuel ?

J’aime les stylistes et les « travailleurs » comme Caryl Ferey, Fred Vargas. J’ai pris une bonne leçon en lisant un italien, Giovanni Bondillo, j’adore les italiens et la littérature russe (plus ancienne du coup). Je viens de finir La fille de la pluie de Pierrick Guittaut que j’ai trouvé novateur, prenant et glaçant. Sinon, j’avoue que je me vide la tête avec des trucs du genre L’Épée de vérité  (et pourquoi pas Harry Potter), L’Assassin Royal  ou la saga GOT. Mais bon, mes maitres restent Paola Isadora, Leonid Andreiev, Paulo Cohello et, sûr et certain, Richard Brautigan et John Fante (je sais c’est hyper cliché mais c’est générationnel). Par contre je profiterai du salon pour me procurer le dernier Ledun qui m’a l’air terrible.

Trois polars indispensables ?

Il y a deux ans j’en aurais dit trois autres, et dans six mois, je changerai encore, comment savoir ?

Je dirais Les Arnaqueurs, une leçon, famille, personnages fragiles et forts, pègre et violence, et écriture ciselée et « belle de l’intérieur ». Ensuite, celui de l’ile déserte Un privé à Babylone pour l’humour et la poésie, un roman noir-bleu, une écriture fabuleuse. Et la Trilogie noire, qui m’a donné envie d’écrire Loupo. Dernièrement, dans cette idée j’ai aussi pris une belle claque en lisant  La Loi des rues d’Auguste Le breton. Aussi, je parlais d’Andreiev, Sachka Jégouliov, ce qu’on appelle un chef d’œuvre. Une nouvelle de Valentin Kataev dans la foulée : Notre père. Là on parle d’émotion, carrément, c’est noir mais c’est plus du polar, ça touche au divin comme de la musique d’Opéra.

Trois films indispensables ?

Mauvais sang, par choix personnel, Il était une fois dans l’ouest pour l’énorme claque de l’avoir vu au cinéma à dix ans, et puis, par cabotinage je dirais Peur sur la ville, j’adore, la musique, les dialogues (la scène de la cave chez le bistrotier) et la mise en scène (sur le métro, fallait le faire).

Quels sont vos autres projets ?

Je travaille sur l’écriture d’un court-métrage, mais en partant d’une base d’images vues, de paroles entendues, d’un endroit à la tombée de la nuit, à Nice, qui ressemble à certains quartiers de Naples ou de Rome. J’essaie aussi de transformer mon premier livre Et la mort se lèvera en série télé, on m’a dit que cela ressemblait à une saga familiale de style Braquo, d’ailleurs cela s’appelle Lupara. Et puis je travaille sur un beau roman noir, dans un style plus calme, avec des personnages forts, des enfants et des ados, rien d’extraordinaire pour eux, si ce n’est des déceptions, de la rage et l’envie de vivre « différemment ».

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Un commentaire

  1. […] 25 auteurs, de Robert Audiffren à Michel Tourscher. Parmi eux, certains reviennent comme Jean Hugues Oppel (lire son interview), Romain Slocombe (L’an dernier, Monsieur le commandant : roman sous forme de lettre de dénonciation, où le personnage principal, académicien pétainiste et antisémite, tombe follement amoureux de sa belle-fille avant de demander à ce qu’elle soit déportée. Si vous ne l’avez pas lu, qu’est-ce que vous attendez ? – il vient de sortir un excellent polar Première station avant l’abattoir dans la veine des romans d’Eugène Greene et qui prend place dans l’Europe de 1934 tiraillée entre fascistes et communistes (une critique à lire prochainement sur ciaovivalaculture.com). On retrouvera aussi Marin Ledun (Je vous recommande Visages écrasés, un « noir de chez noir » sur le mal-être et le harcèlement au travail et que je ressors régulièrement de ma bibliothèque) mais aussi un régional avec Jacques-Olivier Bosco (lire son interview) […]

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