image Expo / Ils ont tous été réincarnés…

Depuis un mois, Gérald Panighi s’est installé à la galerie Eva Vautier à Nice. Il y expose une nouvelle série assez différente de ses précédentes œuvres et réussit une nouvelle fois à donner une âme à ses dessins, réincarnant une imagerie populaire.

Panighi 3

Le travail de Panighi fonctionne sur l’articulation entre un dessin et une phrase ou un mot. De ce décalage, se créent à la fois la profondeur mais aussi la complexité de l’œuvre, symbolisant parfaitement l’artiste en doute, torturé et doux, talentueux et terriblement attachant qu’il est. Ces dessins ne sont que la reprises de dessins existants déjà et qu’il trouve dans de vieilles bandes dessinées ou de vieux magasines ou comics américains. Ce sont souvent que des détails qu’il reproduit et détourne.Panighi 1

Dans un certain sens, son travail pourrait rentrer parfaitement dans l’esprit pop art. Car oui, Panighi reprend des morceaux de dessins comme en son temps Roy Lichtenstein, vedette du pop art, mettait en tableau des cases de bandes dessinées. Mais la différence, c’est que Panighi n’est ni dans l’art concept, ni dans le positionnement artistique par rapport à un courant ou une mode. Non, ces dessins populaires qu’il s’approprie, il les ré-incarne totalement et leur redonne une nouvelle vie. Et c’est donc sans doute pour cela qu’il a intitulé cette exposition ainsi.

En effet, si son trait reprend les lignes de ces dessins déjà existants dans la culture populaire, ce n’est par pour autant qu’ils désirent les sacraliser en tant qu’œuvre d’art. Il en utilise uniquement la mythologie inconsciente en chacun de nous pour nourrir son propre imaginaire et celui du spectateur dans cette nouvelle narration qu’il cherche à développer.

Puis sur ses tableaux, il rajoute de la vie au travers de tâche d’huile ou autres et inscrit donc une phrase, quelques mots, résonnant parfois comme une envolée poétique ou une drôle absurdité un peu déconcertante. De l’absurde, de l’humour, du non-sens, il y en a aussi et beaucoup car Panighi n’en manque pas. Chaque tâche  est faite avec cohérence pour donner une vie à l’œuvre une fois que l’artiste en a terminé avec son travail. Elle continue de bouger, d’évoluer.

Variation.

Panighi 4

Auparavant, Panighi semblait sauter sur une idée, une intuition, une inspiration au travers d’un mot ou d’un dessin saisis ici ou là. Mais pour cette nouvelle exposition, il est dans une démarche un peu différente. Déjà, durant l’exposition Matisse à Nice cet été, il avait réalisé une œuvre composée d’une dizaine de dessins de danseuses reprenant le style de découpage matissien mais associée chacune à une phrase qu’il avait trouvé sur un forum d’alcooliques. Une série où ses dessins et ses phrases jouaient la variation.

Panighi 2

Dans l’exposition à la galerie Eva Vautier, il reprend ce même principe de variation autour d’un même objet mais en le poussant plus loin.

 

Ses tableaux présentent des roses dessinées puis barrées par un trait de couleur comme un graffiti balancé sur un mur. Une phrase venant ensuite diriger (ou pas) la lecture de l’œuvre. Ces phrases issues de forum de témoignages sur des ruptures de couples, sont violentes, dures, désabusées, tristes et racontent chacune le début, le milieu ou la fin d’une histoire. Panighi donne un symbolisme à ses roses qui incarnent alors un état, une émotion, une sensation. Ces roses occultées en partie passent à la fois de la chose sensible qu’elles représentent à la réalité brutale de cet acte de vandalisme venant les cacher en partie. Violence visuelle entre la délicatesse du dessin des fleurs et la rugosité géométrique du trait occultant, entre ces mots douloureux de rupture et cette fleur des amoureux. Ainsi, il détourne des situations dramatiques, fait se percuter des narrations opposées pour en créer d’autres. Cette simplicité apparente et « simpliste » sur le papier, explose à la vue des œuvres qui se regardent bien au-delà. Cette fois, c’est du sérieux. L’artiste va au fond des choses, explore un territoire et sa part de mystère.

Surtout, c’est sans prétention qu’il donne de l’épaisseur à son travail et réussit un art populaire où chacun se retrouve ré-incarner et toucher.

Jusforges 4

Philipe Jusforges. Pour cette exposition, il a invité un autre artiste. Philippe Jusforges. Celui-ci fait dans le collage d’images couleur et noir et blanc. Lui aussi, comme Panighi réutilise des images trouvées dans l’imagerie populaire des publicités, magasines, etc… pour les réincarner selon sa vision du monde. C’est plus trash, scabreux parfois, à la limite du politiquement correct mais c’est bien pour ça que c’est formidable.

Jusforges 1Ses collages fonctionnent à merveille et ne tombent pas dans la facilité des juxtapositions. Il trouve des décalages interrogeant notre société de l’image et du spectacle. Le sexe y a une place importante comme notre aveuglement par les images elles-mêmes. Les visages sont ainsi souvent masqués. Ses personnages ou détails de photos insérés dans une autre composent des images hallucinantes et hallucinées C’est jouissif, décalé, drôle et choquant. Tout ce que l’on demande à l’art. De faire réagir et vivre le spectateur.

Julien Camy

« Ils ont tous été réincarnés » Gérald Panighi et Philippe Jusforges artiste invité
Jusqu’au 11 janvier 2014 / Galerie Eva Vautier, 2 rue Vernier à Nice
http://www.eva-vautier.com / galerie@eva-vautier.com

Jusforges 2

 

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