image Cinéma / LA MARCHE de Nabil Ben Yadir

LA MARCHE de Nabil Ben Yadir.

La marche pour l’égalité et contre le racisme, née des conséquences d’une bavure policière dans la cité des Minguettes à Vénissieux dans la banlieue Lyonnaise, initiée par une poignée de jeunes qui entendaient éveiller les consciences sur les crimes Racistes qui en cette année 1983 faisaient la « une » des journaux. De Marseille à Paris sur les 1500 Kilomètres d’un parcours semé d’embûches , ceux qui partirent à un peu plus d’une dizaine …se virent 100 000 en arrivant au port ( Paris ). Trente ans après leur épopée se retrouve sur les écrans, pour rappeler que l’histoire balbutie et qu’il reste encore du chemin à faire.

l' affiche  du  film
l’ affiche du film

C’est sur la séquence de la bavure qui est à l’origine de la marche que le film débute au cours de laquelle le jeune Toumi Djaïdja fut blessé par balle par un policier alors qu’il tentait d’intervenir pour aider un de ses copains de la cité attaqué par un chien Policier . Après un séjour à l’hôpital, Toumi Djaïdja ( ici appelé Mohammed , interprété par Tewfik Jallab ) qui retrouve sa cité et ses amis de l’association SOS Avenir Minguettes, ne veut pas en rester là. Refusant de répondre par l’engrenage de la violence comme le souhaitaient certains , avec le père Christian Delorme      ( Olivier Gourmet ) il les convainc d’en appeler aux consciences par une marche non-violente -à la manière de Martin Luther King et de Gandhi– sur les routes de France et porter la parole de la défense des droits de l’égalité , contre la discrimination et le racisme , afin d’enrayer les violences racistes. Celles qui avaient lieu sous le terme de « ratonnades» ou qui se terminaient tragiquement, comme celle qui se produisit dans le train Bordeaux-Vintimille en Novembre 1983 , où un jeune Oranais de 26 ans fut défenestré par des Légionnaires éméchés sous l’indifférence des autres passagers et à laquelle Roger Hanin consacra un film,Train d’enfer en 1984. De la même manière qu’une scène évoque l’assassinat du jeune Toufik Ouanes (9 ans ) le 9 juilet 1983 à la Courneuve .

Le  Camion  de   René ( Philippe  Nahon
Le Camion de René ( Philippe Nahon
 La  Marche   et  son slogan
La Marche et son slogan

Le Comédien et réalisateur Belge (Les Barons / 2009 ) Nabil Ben Yadir y fait référence dans son film, comme il illustre ses premières séquences et son générique avec la chanson de Renaud Hexagone à laquelle fait habilement écho ironiquement ,  celle de Charles Trenet évoquant une certaine « douce france » défunte,  et pointer ce climat que fustigeait la chanson de Renaud ( qui fut interdite sur les ondes radio lors de sa sortie en 1975 ) et dont le succès rebondit au début des années 1980 avec ses paroles sans ambiguité fustigeant une certain indifférence « …l’a pas tellement changé la France. Passent les jours et le semaines , y’a qu’le décor qui évolue, la mentalité est la même : tous des tocards , tous des faux culs. Ils sont pas lourds en Février à se souvenir de Charonne, des matraqueurs assermentés qui fignolèrent leur besogne, La France est un pays de flics, a tous les coins il y en a 100, pour faire régner l’ordre public , ils assassinent impunément…être né sous l’signe de l’hexagone c’est pas c’qu’on fait d’mieux en ce moment… ». Le ton est donné, et le cinéaste s’attache d’ailleurs tout au long du film à traduire cette « indignation » qui est à l’origine de la marche ( qui débuta le 15 Octobre à Marseille pour s’achever dans la Capitale le 3 Décembre 1983) et de ses initiateurs qui revendiquent la dimension apolitique et non communautaire de leur action afin de l’élargir à toutes les discriminations ( d’origines ethniques, identitaires , culturelle et sociales…) sans exclusive. Alors que les « médias » l’avaient cataloguée « la marche des beurs » .

L'une  des  réunions  des  Marcheurs
L’une des réunions des Marcheurs
( de gauche à droite : M’Barek Belkouk , Olivier Gourmet , Vincent Rottiers , Lubna Azabal , Jamel Debbouze ( debout) , Tewfik Jallab et Hafsia Herzi ( assis ) , debout derrière Charlotte Le Bon et Nader Boussandel )

C’est d’ailleurs la belle idée du film – à laquelle s’ajoute son refus du pathos et sa sincérité – que le choix de ce point de vue, associé à celui d’une mise en scène et d’une reconstitution fictionnelle qui évite les pièges du didactisme et d’une célébration trop commémorative qui aurait pu désamorcer sa véritable dimension , celle d’une conviction en marche que les difficultés rendent inébranlable. Habilement les auteurs, ( le cinéaste et ses scénaristes , Nadia Lakhdar et Hamed Hamidi ) l’ont construite comme une sorte d’épopée au cœur de laquelle la force des convictions est accompagnée d’une lucidité, et d’une belle dose de dérision qui la renforce, et leur permet d’abattre les montagnes. Et cette dose de dérision sans doute en héritage cinématographique d’une certaine comédie Italienne    ( Scola, Risi, Comencini , Monicelli , Germi …) qui savait si bien manier le rire et le constat social . De beaux personnages l’illustrent comme celui du jeune Farid ( M’Barek Belkouk) le petit gros avec ses souliers qui sentent mauvais, ou, celui du chauffeur du camion, René ( Philippe Nahon ) qui les accompagne, ou de Hassan ( Jamel Debbouze) ? Cette dose de comédie est l’un des éléments moteurs du film qui emporte l’adhésion et met l’accent sur l’élément essentiel : cette capacité à se mettre en question ( les nombreuses scènes où le renoncement est évoqué , ou celles, des luttes et dissensions internes sur les objectifs …), comme meilleure arme, pour renvoyer l’adversaire à ses propres manques et violences . Comme l’illustre la scène où ils doivent faire face à des agresseurs armés,.. ou encore, celle du provocateur raciste cherchant à entraîner les marcheurs dans la violence pour les discréditer aux yeux d’une opinion qui leur est devenue favorable.

Hafsia Herzi  et  Vincent Rottiers
Hafsia Herzi et Vincent Rottiers

Dès lors le film dans le sillage de la marche, est sur les bons rails qui lui permettent d’interpeller sur un grand nombre de points que celle-ci soulevait et dont les revendications qui étaient portées sont loin d’avoir étés satisfaites. Certes celle de la carte de séjour valable 10 ans sera accordée . Mais bien d’autres sont restées lettre morte à ce jour , comme le droit de vote des émigrés qui en faisait partie, parmi bien d’autres que le film relève . Comme il relève la récupération dont il fut l’objet par la création de « S.O.S Racisme » en 1984 . Et surtout, habilement, le récit soulève au cœur du long parcours de la marche et de sa diversité des sensibilités, les ressentis et les vécus selon les origines de ceux qui y sont confrontés, comme c’est le cas de Monia ( Hafsia Herzi ) la beurette et de Sylvain ( Vincent Rottiers ) qui s’interrogent sur l’avenir de leur liaison amoureuse.
A cet égard il faut souligner l’investissement des comédiens d’un beau casting qui ont su , eux aussi , se « fondre » dans le collectif de la marche . Enfin on dira  la qualité du travail d’intégration des documents d’époque au cœur de la fiction qu’ils viennent  enrichir,  sans la surcharger.
(Etienne Ballérini )

LA MARCHE de Nabil Ben Yadir (2013)
Avec : Olivier Gourmet, Tewfik Jallab, Vincent Rottiers, M’Barek Belkouk , Nader
Boussandel, Lubna Azabal, Hafsia Herzi, Charlotte Le Bon , Philippe Nahon,
Jamel Debbouze….

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