Musique / Jazz – Entretien avec le trompettiste Paolo FRESU

Paolo Fresu,  un fidèle de la Côte d’Azur

Le trompettiste sarde n’est pas avare de concerts sur la Côte d’Azur, sans tambour mais avec trompette, ses fans l’attendent pour savoir qui sera à ses côtés, celui qui lui donnera une nouvelle fois cette force de création. C’est à La Gaude aux Rencontres de Jazz qu’il est venu en compagnie de Daniele Bonaventura, un grand monsieur du bandonéon qui sait tirer des sons surprenant de son instrument.

Paolo Fresu 2013  ( Paolo Fresu – 2013 )

Rappelons un peu tous ces beaux moments passés avec Paolo, on se souvient des concerts au Cedac de Cimiez à Nice dés 1999 avec son quartet, le guitariste NGuyen Le, le contrebassiste Furio di Castri et le batteur Roberto Gatto, des musiciens qui lui restent fidèles, quant aux concerts en duo en 2002 il se produit au même endroit avec le joueur de oud Dafher Youssef qui présentait un superbe enregistrement Electric Sufi. Deux ans plus tard, c’est avec le pianiste Uri Caine qu’il revient à Nice, ensuite ce sera avec son Devil Quartet sans oublier le très beau concert avec Carla Bley il y a 6 ans.

Il y a quelques années, répondant à un journaliste, il disait « je pense avoir choisi de jouer du jazz dans la vie parce que je recherche la liberté, les réponses aux questions fondamentales de la vie, je les retrouve dans la vie ». Que ce soit dans sa vie de musicien ou dans sa vie tout court, sans langue de bois mais tout en finesse, il fait part de ses idées politiques, de ses convictions sur notre société, sur son envie d’être toujours du côté des déshérités, des hommes qui luttent pour leurs libertés ou contre ceux qui magouillent et gangrènent la société sans citer des hommes ou des partis, il a justement donné un titre qui, traduit en français, donne Boulimique, allusion à un Président du Conseil qui a dirigé l’Italie ou encore un autre titre Me Recuerdo Amanda, du compositeur chilien Victor Jara sur le thème d’un hymne populaire qui était chanté par les travailleurs des champs et dans les mines, un morceau qu’il a joué à Santiago devant 6 000 personnes. A la Gaude ce soir là la salle était pleine et curieuse de voir le mariage de la trompette et du bandonéon.

Fresu et Bonaventura ( Fresu et Bonaventura )

« On avait l’intention de jouer ensemble depuis longtemps, on l’avait fait quelque fois et après, c’est grâce à A Filetta le chœur corse qu’on s’est rencontré parce que, en fait A Filetta a monté un projet qui s’appelle Mistico Mediterraneo que nous avons enregistré pour MCM et donc, on s’est retrouvé en Corse pour une création originale là bas »

Q: Comment avez-vous travaillé votre répertoire ?
« Avec Daniel, c’est un répertoire vraiment très vaste, on joue ce qu’on aime chaque jour, on rajoute des choses, on joue Charles Trenet ou Nougaro, on joue Bach, de la musique classique, de la musique populaire d’Amérique du sud mais jamais de tango, parfois on le fait pour rigoler. Quand on pense bandonéon on pense tout de suite à la musique de l’Argentine, l’histoire du bandonéon est différente parce que cet instrument est allemand et en plus il était joué dans les églises, c’étaient l’orgue des petites églises, après il est parti en Argentine, pour l’instant je dirais que nous sommes dans un répertoire populaire« .

Q:Deux instruments très différents, alors quelle est la difficulté pour s’accorder ?
« Pour moi, il n’y a aucune difficulté, je trouve qu’il y a une empathie presque totale, on s’amuse beaucoup, c’est très facile la musique avec Daniele parce qu’il y a une poésie derrière sa musique qui m’appartient aussi, il y a beaucoup de respect pour le silence, pour l’espace quand je joue en duo avec quelqu’un et je le fais souvent avec Uri Caine, Bojan Z, Omar Sosa…les duos, ça marche ou ça ne marche pas et il vaut mieux arrêter »

Daniele di Bonaventura ( Daniele Di Bonaventura )

Qu’en pensez vous Daniele Benventura ?
« J’aime bien jouer aussi en duo, il y a beaucoup de dialogues ça devient très facile, il n’y a pas de difficultés, le bandonéon peut avoir du swing, on ne se pose pas la question, qu’est ce qu’on joue, est ce que c’est du jazz ou pas mais il y a du jazz, il y a de l’improvisation, il y a surtout la mélodie, je pense que c’est peut être la chose qui nous amène vers le même territoire ».

Q: Paolo, pour quelles raisons as-tu pris dans plusieurs de tes concerts des chansons de Nougaro ou Charles Trenet ?
« On se pose des questions sur le compositeur, qui est-il, en fait s’il y a une chanson qui nous plait, on la joue, donc il y a des soirées où l’on ne joue que des choses composées par d’autres, il y a d’autres concerts où l’on ne joue plutôt que notre musique, en fait on ne décide presque jamais la liste des morceaux, on a toute une série de choses et, selon le public, on suit un peu la vague émotionnelle, en général on part avec un thème à moi qui s’appelle S’inguldu, c’est le morceau qui ouvre le disque avec Omar Sosa et Jacques Morelenbaum et çà, c’est le départ mais vous savez on se sent des musiciens ouverts au monde ».

Fresu_Di Bonaventura_E.Choleva

(Fresu, Bonaventura  et E.C Haleva ,  en Concert )

Q: Que retiens-tu de ton périple cet été où tu as sillonné toutes les routes de Sardaigne en t’arrêtant dans les plus petits villages ?
« Ce fût extraordinaire, 50 concerts à la suite, 50 projets différents avec des musiciens qui ont été liés à moi dans ma vie professionnelle. Il y avait une forte relation avec le public, on était en plein air, sans scène, sans siège avec un système de sono discret, on était dans des endroits où la musique n’était jamais passée : dans des prisons, des hôpitaux, dans la nature, c’était surtout une folie de 50 jours, il y a eu en tout 250 musiciens et 140 000 spectateurs »

Q: Quels sont tes projets pour l’an prochain ?
« Je vais enregistrer avec mon quintet italien, les mêmes musiciens depuis 30 ans, on est né ensemble, on vit toujours ensemble depuis 1984, n’oublie pas de les citer »
OK Paolo, Ciao Viva la culture !

Tino Tracanna / Sax ténor et soprano, Roberto Cipelli / piano, Attilio Zanchi / contrebasse, Ettore Fioravanti / batterie.

Quel plaisir d’entendre ce nouveau duo d’une grande richesse et en plus de retrouver le Paolo de ses débuts dans la gestuelle, il nous a proposé un véritable numéro d’équilibriste, essayez donc d’avoir vos fesses sur une chaise avec les deux jambes croisées et levées au niveau du ventre, en même temps vous baissez votre tête à ras du sol en soufflant dans une trompette comme si vous jouiez pour un défilé de fourmis, l’artiste vit pleinement sa passion comme à chacun de ses concerts.

Jean Pierre Lamouroux

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