image Cinéma / LES GARCONS ET GUILLAUME A TABLE ! de Guillaume Gallienne.

LES  GARCONS  ET GUILLAUME,  A TABLE  !  de  Guillaume  Gallienne

GUILLAUME 1( l’affiche  du  film)

Pour parler de ce film qui sort actuellement sur nos écrans, il faut parler de la personnalité de celui qui l’a écrit, mise en scène et interprété : Guillaume Gallienne.
Sociétaire de la Comédie Française, Il est élève au Cours Florent pendant trois ans ; il étudie ensuite au Conservatoire National d’Art Dramatique.. Au cinéma, le grand public le découvre en particulier grâce à son rôle dans « Jet Set ». Depuis quelques années, le comédien prête sa voix à la lecture de grands textes de la littérature notamment sur France Inter.
En 2008 il se lance dans l’écriture d’un spectacle intime intitulé « Les garçons et Guillaume, à table ! », dans lequel il revient avec humour sur son enfance, l’éducation qu’il a reçue et les traumatismes qu’elle a pu engendrer. Il explique en effet que, sa mère le distinguant de ses frères, il a naturellement cru ne pas être un garçon, comme eux. Ce malentendu l’a poussé à « faire la fille », ce qui devait le conduire à tomber en dépression à l’âge de douze ans, mal dont il parvient à sortir en « trouvant sa voix » grâce à un phoniatre et en consultant un psychanalyste pendant quatre ans.

GUILLAUME 4 ( au Centre  Guillaume  Gallienne)

De ce spectacle, qui est passé au TNN, Guillaume Gallienne en tire un film, son premier long métrage, qui porte le même nom. Ce film s’appelle en anglais « Me, myself and mum » c’est à dire « moi, moi-même et ma mère ». Tout un programme. C’est à mon avis plus explicite. Peut-être moins vendeur ?
« Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant: « Les garçons et Guillaume, à table ! » et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant: « Je t’embrasse ma chérie »; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus. » On a de quoi douter de sa propre identité pour moins que ça…
Je n’ai pas vu la version théâtrale, mea culpa. Je le déplore parce que c’est là qu’est le « premier jus ». Et s’agissant de porter à la scène l’intimité d’un vécu, il est possible qu’il y ait eu un rapport analysant-analysé entre le comédien et le public. Mais bon, ne l’ayant pas vu, je tire sans doute des plans sur le transfert, pardon, sur la comète.
Or cette origine est loin d’être absente dans le film, manière à lui de dire : « voilà d’où je viens ». Le film sera donc parcouru d’inserts citant le spectacle. Ainsi, cela débute dans la loge d’un théâtre, celle de Guillaume Gallienne qui se (dé)maquille, enlève son masque de clown (triste ?) avant d’entrer en scène.

GUILLAUME 3 ( Guillaume  Gallienne  et  André  Marcon)

Et le dernier insert est une salle en train d’applaudir le spectacle, salle au premier rang de laquelle figure… la mère. En effet, tout au long du film, chaque fois qu’elle apparaît, c’est Guillaume Gallienne qui va jouer sa propre mère. Il est sûr qu’il ne s’est pas facilité la tâche, mais au fond on ne voit pas comment il aurait pu éviter de jouer ce double encombrant, une mère aimante (trop ou mal peut-être), sachant rester élégante tout en étant vulgaire, masquant sa tendresse derrière un air revêche et des paroles fracassantes.
Ecoutons Guillaume Gallienne « J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer, dès que je me suis mis à l’imiter. Peu à peu, j’ai pris la même voix qu’elle, les mêmes gestes, les mêmes expressions. Je ne suis pas devenu efféminé, mais féminin, m’appropriant Maman. Puis tous les personnages féminins qui m’attiraient. C’était ma manière à moi de les aimer, de m’oublier, de me laisser fasciner. »
Au demeurant, Guillaume joue aussi son propre rôle… à tous les âges ! Avec un talent tel qu’on oublie d’ailleurs rapidement et totalement qu’il n’a pas l’âge du personnage. Mais le talent actoriel n’est pas le seul du réalisateur : Il a un réel amour du langage, et un amour immodéré. On peut s’en convaincre en écoutant tous les samedis sur France Inter de 18h10 à 19h l’émission « Ca peut pas faire de mal » dans laquelle il lit des extraits d’œuvres littéraires. Il a quelque chose du clown tendre, qui nous rappelle immanquablement l’image d’un autre clown, à la canne et au chapeau melon, qui savait nous bouleverser autant que nous faire rire.

GUILLAUME 2 ( Françoise  Fabian , la  Grand- mère )

Cette fréquentation poussée avec le verbe – n’oublions pas qu’il est sociétaire de la Comédie Française- se ressent dans le ciselage des dialogues : il parle de choses très contemporaines –qu’est-ce que l’identité de chacun, et au fond il nous dit, à sa manière : « connais-toi toi-même ».
Si on devait lui reprocher quelque chose sur le plan formel ce serait peut-être qu’il nous apparaitrait comme n’ayant pas une ligne de conduite très sûre : mais à la réflexion il s’agit d’un compliment car cet apparent balancement est en harmonie avec le flottement du personnage. Et comme tout problème existentiel, tout cela se résout avec la dernière phrase : ne comptez pas sur moi pour vous la révéler.
Jacques Barbarin

P.S. Le film est bardé de récompenses : le prix Michel d’Ornano au festival de Deauville 2013, les prix SACD et Art Cinéma Arward à la quinzaine des réalisateurs 2013, manifestation qui l’a révélé

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