Cinéma / LA VENUS A LA FOURRURE de Roman Polanski

LA VENUS A LA FOURRURE de Roman Polanski.

Inspiré de la pièce de David Ives d’après le roman de Léopold Sacher- Masoch, le 20ème film du cinéaste réunit les thèmes qui ont traversé son œuvre depuis Cul de sac en passant par le Locataire et jusqu’à Carnage, son avant-dernier . Un opus en majeur et en huis -clos , méditation sur la création , le couple, la sexualité et le désir, les rapports de forces et le masochisme . Exercice de mise en scène dont le glissement de la comédie et l’humour, vers le fantastique qui installe l’inquiétude, est jubilatoire. Dégustation vivement conseillée…

VENUS  FOURRURE  1 ( l’Affiche  du  film )

C’est par deux travellings que débute et se clôt le film. L’ouverture se fait par un long travelling avant  au cœur d’une rue bordée d’arbres et sous un ciel d’orage dans laquelle la caméra s’avance lentement pour faire une bifurcation vers la droite et sur la devanture d’un immeuble où est installé l’entrée d’un théâtre dans lequel elle nous fait pénétrer.
Dans la séquence finale, le même travelling en sens contraire ( arrière ) la caméra qui  sort de la salle et nous éloigne d’elle et  dans la rue qui nous y avait mené. Suit un générique final et  les images de tableaux de maîtres montrant des femmes allongées lascivement et dévêtues , figures emblématique de la beauté et du désir qu’elles inspirent, illuminent la toile de l’écran.

Le cadre ainsi planté, et cette première séquence qui nous invite, indiscrète , à pénétrer avec elle dans le théâtre où se prépare la répétition d’une nouvelle pièce « la vénus à la fourrure ». Une salle à l’ancienne un peu décrépie et plongée dans une semi- obscurité  dans laquelle est resté , seul , le metteur en scène Thomas ( Mathieu Amalric, parfait comme toujours ), qui , après une journée de « casting » exténuante pour trouver l’interprète principale , se plaint en liaison téléphonique avec sa compagne , d’avoir perdu sa journée… au vu des faibles performances des candidates auditionnées !.

VENUS  FOURRURE 4 (  Le  théâtre dans lequel pénètre  Vanda )

La porte de l’entrée de la salle qui s’ouvre et une voix de femme qui s’exclame «  oh ; Merde j’arrive trop tard ! » et qui fait front à la fin de non recevoir « il y aura d’autres auditions , demain…  », par le définitif:  «  je suis là avec mes costumes , ça m’évitera de revenir demain… allez, allez, s’il vous plait ! » , dit-elle au metteur en scène . La voilà qui s’installe forçant ce dernier à l’entendre dans une première séquence de séduction où elle décline la double facette        ( vêtue de cuir , puis, en robe d’époque ) d’une femme moderne et d’une héroïne de roman du XIX ème, sorte de muse éternelle, comme l’étaient celles inspiratrices de ces tableaux de maître du générique final, ou évoquant cette déesse immortelle « et le tout puissant le frappa, et le livra aux mains d’une femme », héroïne du roman de Sacher -Masoch dont s’inspire la pièce . Cette femme prête à tout :« à poil sur scène ?, pas de problème . Je vous fait ça gratuitement ! », dit-elle provocante à souhait.

VENUS  FOURRURE 5 ( Mathieu Amalric  et Emmanuelle  Seigner )

Vanda (Emmanuelle Seigner, remarquable ), c’est son prénom, qui prend petit à petit l’ascendant, à l’image de ce jeu qu’elle impose au metteur en scène en lui demandant de lui donner la réplique.  Le muant en comédien et renversant les rôles en se substituant aussi en metteur en scène, lui indiquant les « nuances » du jeu adapté aux situations … et même , changeant le dispositif du décor et des lumières !.  Faisant état de sa connaissance parfaite des dialogues de la pièce dont elle avait dit l’avoir,  à peine parcourue !.  Bluffé le metteur en scène est désormais sous l’emprise d’une Vanda qui , pourrait-on dire, le vampirise, ou qui est en tout cas livré ( soumis ? ) à ses digressions et métamorphoses temporelles  dans lesquelles elle l’entraîne,  où le réel et l’imaginaire s’invitent à un bal ( comme celui du film le Bal des vampires ) où les miroirs ne renvoient pas toujours le reflet .  Ici, c’est  celui  de ces figures ( déesses ) d’hier sorties de l’ombre ( la scène de la danse ), de la tragi-comédie qui se joue dans ce huis-clos dont le basculement fait – insensiblement- du dominateur, le dominé.  La référence faite plus haut aux Vampires du bal n’est d’ailleurs pas fortuite puisqu’ il est également, ici,   question d’une forme de possession que le basculement vers la tonalité du fantastique ne fait que concrétiser par ce glissement ( travestissement ) final , qui   renvoie  à  un autre film du  cinéaste Le Locataire ( 1979) où déjà la confrontation bourreau/ victime, faisait écho à Sacher-Masoch dans l’exploration de l’onirisme et du fantastique qui s’insinue dans le réel, comme reflet d’une névrose tragique.

VENUS FOURRURE 3  (  le  jeu de  séduction s’installe…)

L’habileté de Roman Polanski et de sa mise en scène qui dynamise le théâtral du huis – clos et de l’espace, par une magistrale partition par l’approche du rythme ,du montage et du découpage dont la fluidité est adaptée à celle des dialogues, ou fait écho aux retournements de situations et aux tonalités  servies par un accompagnement musical remarquable d’Alexandre Desplat , jouant tour à tour ,  la partition de  la  comédie , de l’ironie, de l’onirique et du fantastique ( comme dans la scène où les sons imaginaires accompagnent les comédiens quand ils miment la pièce). Mais aussi , par une habile utilisation du décor ( celui ayant servi à la pièce précédente une adaptation musicale du western , La Chevauchée Fantastique de John Ford ), qui offre le décalage voulu, avec celle, en répétition .

VENUS FOURRURE 2

(Scène de  tournage , Roman Polanski, Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric)

L’art du décalage , Roman Polanski l’exploite subtilement et habilement en réduisant la psyché masochiste et ses effluves érotiques à une dimension narrative qui lui sert de mise en abîme où le mystère et l’ambiguïté de Vanda, son caractère cruel et autoritaire, renvoie à ce jeu subtil en forme de ping-pong où la dimension du bourreau se fait l’écho d’une demande car , c’est lui dans les premières scènes qui la pousse, à le traiter avec dureté . Et la dimension antisexiste et féministe dont se fait écho Vanda, renvoie dès lors , le metteur en scène à son propre masochisme .
L’échange des dialogues en témoigne :  «  Vous trouvez pas que c’est sexiste ?,  et ça ( montrant l’affiche suggestive de la pièce ) c’est du porno Sado-Maso !(…) tout ça c’est lutte des sexes et lutte de classes, Vanda est quelqu’un d’adorable,  d’innocent qui tombe par hasard sur un gros pervers » , s’emporte la comédienne  à  qui  le metteur en scène rétorque « je ne fait que citer le roman ( …) pour moi ce sont deux personnes unies à jamais , leurs coeurs sont menottés l’un à l’autre (…) vous ne comprenez rien !. Comment pouvez-vous jouer aussi bien Vanda et être conne à son sujet, à ce point ?…putain de comédienne à la con…connasse ! »,. Le châtiment final qu’elle lui réserve, autre belle séquence, en sera la sanction … lui offrant une dimension assez dérisoire en symbole ridiculisé de la virilité.
(Etienne Ballérini )

LA VENUS A LA FOURRURE de Roman Polanski (2013).
Sélection officielle en compétition , Cannes 2013.
Adapté de la pièce de David Ives, d’après le roman homonyme de Sacher-Masoch
Avec : Emmanuelle Seigner , Mathieu Amalric.

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