Cinéma/ INSIDE LLEWYN DAVIS de Joel et Ethan Coen

INSIDE  LLEWYN DAVIS de Joël et Ethan Coen ;

Dans le Greenwich village de New-York dans Années 1960 , le quotidien d’un chanteur de folk qui tente de se faire sa place au soleil … et qui n’en finit pas de gâcher toutes ses chances . Un perdant magnifique , un artiste maudit , un héros comme les aime le cinéma ( et les frères Coen ) , de ceux qui ne se renient pas. Un superbe portrait , porté par une bande son musicale jubilatoire et une mise en scène somptueuse. Grand Prix du Jury du Festival de Cannes 2013.

COEN 4( Llewyn Davis / Oscar Isaac ) , sur  scène

D’écrivain ( Barton Fink/ 1991 ) en mal d’inspiration , en évadés ( O’Brother/ 2000) cherchant à rentrer à la maison ou en professeur de physique d’Université ( A serious Man/ 2011 ) de la middle -class dont la vie familiale va se lézarder, les personnages des films des frères Coen , sont très souvent soumis aux aléas de la vie et a devoir affronter des difficultés auxquelles ils ne sont pas préparés. Sans compter sur l’indifférence ou l’hostilité qui souvent les    entoure . Bref , ils se retrouvent mal dans leurs basket, et les ennuis qui leurs tombent sur la tête semblent être là pour leur rappeler qu’ils sont indésirables …
comme l’illustre une des premières scènes du film où notre folk- singer qui vient de se produire dans un club se fait cueillir à la sortie par un inconnu qui sans raisons lui met une raclée en lui disant «  tu n’es pas à ta place ! » .Indésirable , on vous dit …voilà donc un sacré coup de massue qui tombe sur la tête de notre Llewyyn, qui, juste avant ( hasard?) , venait d’interpréter la chanson du condamné « O Hang me ! » . Llewyn ( Osacar Isaac , remarquable ) qui , depuis la disparition de son partenaire de scène tente de se refaire , et dont les ventes de son premier album en solo , ne décollent pas , et qui  se retrouve dans la mouise . Le voilà réduit à quémander de l’argent et l’hospitalité des amis et des proches qui finissent par se lasser. A l’image de jean ( Carey Mulligan ) qui l’accuse de l’avoir embarquée dans une aventure amoureuse sans lendemain …et de ne plus savoir par qui ( de lui , ou , de son compagnon Jim / Justin Timberlake ) elle a été engrossée! .

COEN 5  ( Carey  Mulligan )
Llewyn qui sera également rejeté par sa sœur et par son agent , et qui, au bout du chemin se verra même refuser la réintégration dans la marine marchande – son premier job – par le recruteur pour un sombre raison de cotisations syndicales … Bref , plus personne ne veut entendre parler de lui !. D’ailleurs en guise solde de tout compte , ne reçoit-il pas , un carton contenant toute sa production musicale !. Llewyn entre dans un cauchemar auquel il tente vainement d’échapper ( le  voyage  à Chicago ) et dont il ne maîtrise plus les tenants et les aboutissants … perdu dans l’immensité dont il semble être un fantôme invisible aux yeux des autres . Se cognant à eux, comme à l’espace dans lequel il se retrouve enfermé, sans perspectives.

COEN  1  ( Llewyn Davis  en Séance d’enregistrement )

Les frères Coen construisent un récit palpitant adapté librement des mémoires The mayor of MacDougal Street de Dave Van Rook,  folk singer emblématique de cette période du Greenwich Village des années 1960 , qui sous les traits de leur héros fictionnel , Llewyn Davis , leur permet de raconter l’histoire du Greenwich Village authentique des années 1960 et des héritiers des Kérouac qui rejetaient la culture bourgeoise , avant que les futures stars n’en modifient le visage. Un Llewyn Davis qui vit sa passion de la musique , et qui est , comme la plupart des héros des frères cinéastes , poursuivi par la malchance autant qu’il peut être victime de lui même… comme une sorte de punition qui s’abbatrait,  sur son intégrité et ses obsessions.  Dans la description de l’atmosphère du « Village » des années Soixante les Frères Coen ont effectué un travail remarquable ( avec le  chef-opérateur , Bruno Delbonnel ) documentaire sur les lieux et les décors en leur offrant cette authenticité d’hier perceptible grâce à l’utilisation de la pellicule analogique dont les couleurs « désaturées » proches du noir et blanc , restituent les tonalités des couleurs hivernales des rues du New-York enneigées et des ambiances enfumées des clubs . Un travail sur l’image et sur les détails ( le look des pochettes des disques de l’époque ) dont la tonalité réaliste offre l’opportunité du décalage de traitement lors du voyage à Chicago où la dimension d’une échappée , à la fois physique et mentale , du héros  sombrant dans le néant , prisonnier -aussi- de son propre état  de  désarroi  mental.

COEN 3    Ethan  et  Joel (  Joël et Ethan  Coen )

C’est la dimension Kafkaïenne , toujours présente dans les films des frères , maltraitant et tourmentant leurs personnages, avec une sorte de perversité qui n’a d’égal que l’amour qu’ils leurs portent. Humour et dérision toujours présents . C’est ce paradoxe qui fait la richesse de leur regard et surtout leur permet d’entraîner le spectateur dans les méandres des souffrances de leur héros . Le titre d’ailleurs  est , on ne peut plus significatif : inside Llewyn Davis      ( à l’intérieur de Llewyn Davis) . Et cette dimension Kafkaïenne du cauchemar de Llawyn , dont la présence et la dimension est magnifiquement restituée tout au long du récit au travers des formes ( les espaces – couloirs – qui se rétrécissent ou l’hôtel qui devient une sorte de vaisseau fantôme aux murs suintants, et habité par des ombres de personnages qu’on ne voit jamais …) qu’elle investit ,  symbolisant l’état mental psychologique défaillant de   Llewyn .   Cette  dimension  fait  écho   à  celui , d’un certain réalisme New-Yorkais  dont  elle elle s’habille  avec  le  joli  parallèle  de  la  figure  du chat  fugueur et insaisissable,  nommé Ulysse …dont l’odyssée est une sorte de miroir à celle , mentale, de Llewyn qui , lui , aussi va finir, par retomber sur ses pattes . Comme le symbolise l’échec du voyage à Chicago et la rencontre de personnages étranges et fantomatiques ( impayables : Garrett Hedlund en Johnny Five,  et l’habitué des films des frères Coen, John Goodman en Roland Turner ) .                                                                                           Puis le retour au Gaslight café ( belle idée de mise en scène et de récit que de clore le film par là … où il a commencé ) , en forme de retour à la réalité qui oblige Llewyn à ranger définitivement sa guitare , à tourner le dos ( la page) à la scène, et à laisser la place à un autre Folk – singer ….nommé Bob Dylan !. la  fin d’un rêve , d’une époque …
(Etienne Ballérini )

INSIDE LLEWYN DAVIS de Joël et Ethan Coen ( 2013 ) –
avec : Oscar Isaasc , Carey Mulligan, John Goodman , Garrett Hedlund, Justin Timberlake,
F. Murray Abraham, Ethan Philips, Max Casella …

Un commentaire

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