galerie Cinéma / Des nouvelles du Cinéma Italien – Festival d’Annecy 2013

Avec celui de Villerupt le Festival du cinéma Italien d’Annecy est la vitrine annuelle de la production Italienne et un pont pour sa (re) connaissance et sa diffusion dans les salles de l’hexagone. Le large panorama qui y est proposé est le reflet d’une créativité toujours passionnante. Notre confrère , Jacques Deloche natif de notre région  Niçoise  et  aujourd’hui installé dans la ville Savoyarde ,  intervenant sur la chaîne régionale TV8 Mont Blanc , à suivi pour nous l’édition 2013 qui vient de s’achever, il  nous livre  ci-dessous  ses impressions et coups de coeur…

ANNECY 001   ( l’Affiche  du Festival)

Notes  sur  le  31ème  Festival du cinéma italien d’Annecy 2013.

31 et 20, voici la martingale gagnante de cette manifestation qui s’est déroulée du 9 au 15 octobre 2013. Tout le monde s’est mis sur son 31 pour fêter cette trente et unième édition et pour accueillir acteurs et réalisateurs, ainsi que Jacques Perrin, invité d’honneur. 20, car elle coïncidait avec la disparition il y a deux décennies de Federico Fellini auquel le Festival a rendu hommage. On pouvait aussi jouer le noir. Stéphane Freiss, l’acteur français membre du jury a fait cette déclaration naïve et touchante lors de la cérémonie de la remise des prix : « Les membres du jury ont été touchés par la noirceur des thèmes des jeunes réalisateurs italiens ». Il n’empêche que malgré ce pessimisme ambiant, le succès populaire était indéniable et les salles de l’agglomération Annécienne copieusement remplies. Cependant tout le monde espère, notamment du coté des organisateurs et en particulier son Directeur Général Jean Gili, que la prochaine édition sera moins stressante. La réouverture programmée pour 2014 de la grande salle du théâtre avec sa capacité de 1000 places est synonyme de bol d’air salvateur pour la prochaine édition.

8 films en compétition cette année de jeunes réalisateurs qui présentent leurs premières ou deuxièmes œuvres. Le Prix du jury des cinémas d’Art et Essai est revenu à  Nina  de Elisa Fuksas . Architecte de formation, elle n’a pas, quoi qu’elle en dise (« les 5 années d’étude d’architecture sont les plus nulles de ma vie ») renié sa vocation première. Le cadre du film a pour décor le quartier de l’EUR, à la périphérie de Rome, construit pour accueillir l’exposition universelle de …1942. A cette époque les architectes italiens étaient nettement plus inspirés que leurs homologues allemands. Les innovations architecturales de ce quartier constituent la base de ce film tourné en plein mois d’Août, donc quasiment désert. On se croirait dans des tableaux peints par Magritte ou De Chirico. D’autant plus qu’elle glisse des épisodes étranges parfois même à la limite du non-sens ou de l’absurde que l’on retrouve souvent inclus dans les œuvres de ces peintres :un petit garçon de 11ans psychanalyse très sérieusement l’héroïne du film, un coin de jardin public se transforme en plage, une scène de concert constituée de bancs blancs sur lesquels sont assis des spectateurs entièrement habillés de noir, donnant à la scène une image de clavier de piano….Un projet cinématographique cohérent dans son fond, léger et poétique dans sa forme qui apparaît comme une singularité dans cette sélection assez sombre.

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(Une scéne du  film  Nina  de  Elisa. Fuksas )

Le jury de la compétition qui s’étonnait d’une telle noirceur a choisi de récompenser une œuvre qui , paradoxalement, n’est pas la plus sombre dans sa thématique.  La prima neve  d’Andrea Segre, est l’histoire d’un jeune Africain et de sa petite fille originaires du Mali. Ballottés par des évènements tragiques (révolution libyenne, voyage clandestin pendant lequel sa femme meurt), il se retrouve transplanté en tant que réfugié politique dans une petite vallée de la région du Trentin. n aurait pu s’attendre à une assimilation difficile dans un milieu climatique et humain aussi rude. C’est le contraire qui se produit. Il devient indispensable pour les travaux forestiers et gagne la sympathie de la famille qui l’accueille. Sa fille est dorlotée par la communauté villageoise. Un vrai conte de fée qui se passe dans le très beau paysage boisé de cette région. C’est d’ailleurs la forêt et ses mystères (ressources insolites, histoires surnaturelles, cachettes multiples) qui se manifeste comme l’élément primordial de ce film superbement photographié par le chef opérateur Luca Bigazzi. Bercés par une telle quiétude, on se demande bien pourquoi Dani, le personnage principal fait des pieds et des mains pour gagner la France.

Parmi les autres films  Amoreodio  (amour/haine) de Cristian Scardigno, résume la violence et le désoeuvrement qui touche la société italienne mais surtout la jeunesse. Cette histoire est inspirée d’un fait réel, une lycéenne en plein échec scolaire et dotée d’un ego surdimensionné va tuer sa mère. Elle n’a pourtant rien d’une marâtre : exigeante sur les résultats scolaires et sourcilleuse sur les fréquentations de sa fille, elle se situe dans la moyenne de ces mères
soucieuses de l’avenir de leur fille. Cette dernière, manipulatrice, n’aura aucune peine à convaincre son petit ami à participer au crime qu’ils commettent comme des Pieds nickelés .Si la fin du film semble être à l’avantage de la justice, c’est surtout la première partie du film qui est la plus convaincante. Il décrit une sourde et irrépressible montée de la violence chez une personnalité froide et déterminée à tout pour régler un conflit mère /fille somme toute assez banal.

Comédies italiennes : où il est question d’Yves Klein et de Groucho Marx.

Parallèlement à la compétition, le festival a élargi son offre en convoquant par pellicule interposée les réalisateurs confirmés qui ont marqué l’année 2013.Un constat plutôt réjouissant : la comédie de qualité existe encore en Italie. Danièle Luchetti plusieurs fois sélectionné et primé à Cannes comme à Venise a tourné en 2013  Anni felici . Il raconte l’histoire largement autobiographique d’une famille italienne. La période des années 70 est connotée sur le plan artistique par le père dont l’inspiration créatrice puise dans les  « performances » (pour résumer brièvement : opération consistant à peindre des corps nus féminins devant un public sélectionné) que le peintre niçois Yves Klein a popularisées. Mais  sa femme , très belle, quoique trompée par son mari qui ne résiste pas aux charmes de ses modèles , intervient physiquement dans la création artistique de son mari , soit par candeur soit par amour ou jalousie, en s’exhibant nue elle aussi. Elle déclenche les quolibets du gotha de la critique et la colère de son mari qui s’estime bafoué. Rejetée par son époux mais draguée par la galeriste de celui-ci, elle va découvrir lors d’un voyage en Camargue qu’elles effectuent toutes les deux l’attrait du féminisme et des amours saphiques. Le témoin objectif de cette destruction de la cellule familiale n’est autre que leurs fils de 10 ans. Détenteur d’une petite caméra , il filme naïvement les scènes compromettantes des vacances de sa mère. Le père, provocateur dans sa conception de l’art , mais beaucoup plus rigide sur le comportement moral de son épouse, estime que la séparation est inévitable. Cependant elle sera atténuée par un évènement récent en Italie : l’apparition de la loi sur le divorce votée en 1974. le film est drôle, notamment grâce aux commentaires désopilants des deux enfants du couple sur le mode de vie de leurs parents ; il est aussi profond, abordant des thèmes qui marqueront les pays européens dans leur ensemble.

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(Une scène  du  film Anni Felici  de  Daniele  Luchetti )

La distribution du film de Luchetti n’est pas encore fixée en France ; ce n’est pas le cas de  Viva la Liberta  de Roberto Ando prévue pour février 2014. Le thème de la substitution imprègne le film. Critiqué dans son parti et laminé par les sondages le chef du parti d’opposition de gauche italien décide de disparaître sans avertir quiconque. Stupeur et tremblement .Le temps presse. La solution existe cependant : le remplacer par son frère jumeau. Le bilan est au-delà des espérances : adhésion populaire grandissante, parti qui reprend confiance et sondages qui grimpent en flèche. Reste la question fondamentale : par quel moyen s’est opéré ce miracle ? La réponse , c’est qu’il n’y en a pas. Personnage déroutant à la fois philosophe de formation et passionné de danse de salon, le frère jumeau se prête au jeu par défi et se glisse dans le personnage de Groucho Marx sans son cigare. Chorégraphies saugrenues devant ses camarades du parti, tango endiablé avec la « chancelière» (allemande ?) qui lui permet de sortir avec brio d’une entrevue politiquement périlleuse, à l’instar de son modèle qui emballait avec aplomb les rombières. Il adopte dans ses discours un ton mystérieux et entendu pour mieux masquer une phraséologie creuse et abstraite, une langue de bois en quelque sorte. Réjouissant sur la forme, le film est un peu inquiétant sur le fond : comment un électorat de gauche peut-il se faire duper par les apparences ? La réponse renvoie à la situation actuelle italienne et au succès électoral de l’humoriste Beppe Grillo, voire à celle de la France avec l’épisode Coluche dans les années 80.

Fellini, vingt ans après.

Peu de personnes savaient que la première rencontre entre Fellini et Scola s’était produite dans le local de  « Marc Aurelio », journal satirique comparable au « Canard Enchaîné » apparu sous le fascisme. Si Scola s’attarde sur cet épisode, c’est parce que la vie mouvementée de cette publication constitue une trame importante de son film  Che strano chiamarsi Federico . Le dernier film de E .Scola pousse les portes d’une rédaction où arrive en 1939 Federico Fellini. Il a 19 ans , il arrive à Rome, il est le « minot » de la bande. A Rimini, vile de son enfance, il est le lecteur assidu de la revue depuis ses débuts. Il va découvrir ses idoles : dessinateurs, journalistes, caricaturistes tous dotés d’une imagination et d’un humour décapants. La rédaction est chaleureuse, accueillante et protectrice avec le jeune Federico, la vie assez douce et facile malgré la période; l’amitié et le travail tissent des liens très forts. La visite inévitable des responsables politique du parti fasciste tourne à la débâcle et à l’humiliation pour ces derniers. La parution peut continuer. Tout est prétexte à la dérision ou l’auto- dérision, tous les moyens sont permis pour contourner la censure ; la complicité soude la groupe soumis à la surveillance politique. Les femmes sont présentes et font l’objet d’un charmant marivaudage au sein de la bande. Scola qui rejoindra la rédaction en 1946, partagera les mêmes instants de bonheur que son aîné de 12 ans.
Mettre l’accent sur cette période qu’ils ont vécue séparément puis ensemble signifie que Scola, dans son film, la juge capitale dans l’œuvre de Fellini. Ce dernier a puisé dans cette galerie de personnages attachants et talentueux, dotés d’une forte personnalité, humoristes et réfractaires dans l’âme et amoureux avec grâce, pour les faire revivre plus tard dans son œuvre cinématographique. Tout comme il s’est nourri de cette atmosphère somme toute bizarre qu’il a connue dans sa jeunesse : collaborer à un journal antifasciste toléré par le régime, et lui envoyer ses dessins tout en étant contraint de se « planquer » pour échapper à la mobilisation. On ne ressort pas indemne d’une telle période. Il s’en rappellera quand il se retrouvera derrière la caméra.

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(Federico Fellini , de  dos, dans une scène du  film  Che strano chiamarsi federico , d’Ettore  Scola  )

Le 28 Octobre sur « Arte », la soirée sera consacrée au 20 ème anniversaire de la disparition du « Maestro ». La projection du film de Scola en constituera le support (selon les informations recueillies à Annecy, mais infirmées par la programmation de la chaîne annonçant la diffusion de La strada ). Plus tard dans la soirée sera projeté le film documentaire que Gérald Morin a consacré à Fellini. Ancien assistant réalisateur sur plusieurs de ses films et faisant office de secrétaire privé , il a crée à Sion dans le Valais suisse la Fondation Fellini, la plus grande du monde consacrée à ce réalisateur. S’appuyant sur le témoignage d’acteurs, d’assistants, de techniciens ou de proches , il brosse un portrait à la fois subjectif, hilarant et aussi amicalement féroce. Directif, autocrate, tyrannique, intransigeant, tel apparaît Fellini dans le film. Mais il enrobait tous ses défauts dans une gentillesse et une générosité extrêmes. Sa faconde et son humour lui permettaient de se faire pardonner, de sorte que tout le monde lui obéissait. Un exemple : Magali Noël , « la Gradisca » du film Amarcord ,  raconte comment elle a été réveillée à 2 heures du matin à Paris par Fellini. « Je pense avoir un rôle assez important (sic) pour toi . Je t’attends à Rome dans la matinée ». Un peu interloquée, elle se précipita dans le premier avion pour rejoindre la capitale italienne.
Documentaire ou fiction, ces deux films montrent un Fellini complexe, comme le dieu Janus. Artiste unique, il a lui aussi accédé au Panthéon romain.

( Jacques Deloche )

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