image Quartier / Nice, l’avenue Borriglione : de la Belle Epoque au XXIe siècle.

« Après le quartier italien d’Avignon, voici un des quartiers que j’aime le plus à Nice, celui de Borriglione. Sous la plume de Yan Duvivier, qui y vit depuis longtemps et qui est un fin connaisseur de l’histoire locale, un récit où la précision se mêle à l’amour de son quartier. »  J. Barbarin

 Cette artère nord/sud est née à la fin du XIXe siècle à une époque où la ville commençait à s’étendre vers le nord, après le Rattachement de 1860 avec la construction de la gare P.L.M.et de la ligne Marseille-Vintimille  promise aux niçois par Napoléon III. Le train arrive à Nice en 1864 et rejoint Menton puis Vintimille quelques années après au moyen d’une double voie ferrée.

L’établissement de la gare principale de Nice (la gare Thiers actuelle) soulèvera des polémiques acerbes, les détracteurs du projet allant jusqu’à traiter le maire François Malausséna  de fou pour avoir mis la gare en pleine campagne !

Le Boulevard Borriglione
Le Boulevard Borriglione

Le maire était visionnaire en fait et prévoyait bien que la future extension de la ville se ferait vers le nord, au-delà de l’avenue du Prince Impérial (Jean-Médecin actuelle), franchie par le train sur un pont métallique. Après, c’était la campagne, plus pour longtemps car, très vite la future avenue Malausséna va étirer sa voirie jusqu’à une « place » qui ne disait pas encore son nom et que, provisoirement on nomma « Le Rond-point ». Un nouveau quartier, encore campagnard, naissait de part et d’autre de cette nouvelle voie.

La seule construction notable du secteur était la villa Thiolle, isolée au milieu de quelques bastides et de jardins. Quelques années plus tard, en 1892, en face de cet édifice s’élèvera la monumentale gare du Sud-France et la place voisine va prendre le nom de Place Béatrix. Au nord de celle-ci, à la fin du XIXe siècle, une nouvelle artère va voir le jour. Elle va hardiment se diriger vers les collines bordant Nice. Ce sera l’avenue Borriglione  baptisée du nom d’un maire proche du petit peuple niçois, dédaigné par la bourgeoisie locale mais qui a pourtant beaucoup œuvré pour le développement économique de sa ville.

La nature ayant horreur du vide, tout cet espace ainsi dégagé va s’animer et donner naissance à un nouveau quartier s’étendant de la place Béatrix au sud à la place Alexandre Médecin actuelle au nord  bordant un ancien vallon parcouru par un ruisseau venant de l’Aire Saint-Michel, le vallon Saint-Michel qui descend jusqu’à la mer. Très vite cet espace avant tout agricole (cressonnières) va se construire et se peupler avec des niçois bien sûr mais aussi avec des immigrés italiens venus ici attirés par le besoin de main-d’œuvre dans une ville de Nice en pleine expansion, qui  bâtissait des villas, des immeubles bourgeois, des châteaux (Valrose) et, pour ce faire, l’aide des habiles maçons piémontais était très recherchée dans notre région d’autant plus que la main-d’œuvre locale niçoise faisait cruellement défaut dans ce domaine. Des artisans ligures vont être à l’origine des belles frises ornant le haut des murs de certaines villas particulières voisines de l’avenue. Cette immigration fut au départ assez mal vue, pensez donc, ces italiens venant manger le pain des niçois, un comble! Pourtant, cette population venait ici pour travailler et vivre plus décemment que. dans leur pays d’origine. Il n’y avait à cette époque que l’on nomme «Belle» aucun avantage social à glaner, pas de Sécurité Sociale, pas d’Allocations Familiales, pas de RMI, pas de RSA, pas de CMU. Pour survivre, une seule solution: travailler.

Au centre de l’avenue, la famille Dutto en savait quel- que chose: venue de La Brigue (commune italienne à l’époque), le cordonnier  Dutto, n’ayant pas assez de travail là bas, «descend» à Nice dans les années vingt, pose ses valises avenue Borriglione et exerce son métier d’une manière plus lucrative que dans son village montagnard. Son fils reprendra plus tard l’activité paternelle en se bornant toutefois à la vente des chaussures et, après sa retraite survenue il a quelques années, l’activité perdure toujours avec ses successeurs !Presque au même niveau, on trouve l’unique photographe du quartier. Son père, passionné de psychanalyse, très cultivé, quitte l’Allemagne dans les années trente ouvre un atelier de photographie dans l’avenue. Après son décès, Armand un de ses fils a repris le flambeau. Ses compétences et son accueil des plus sympathiques sont fort appréciés de tous ses clients devenus pour la plupart des amis. Encore un  «étranger» qui a apporté un plus dans son pays d’adoption.

Un autre exemple vivant nous est fourni par un autre commerçant du quartier spécialiste en literie : la dynastie des Franco qui est venue de Dronero (Piémont) et a fondé cette activité dans un magasin moderne du quartier.

Nice Borriglione[1]La place Béatrix va changer de nom en 1909 avec la visite du Président  Fallières qui va inaugurer en ce lieu une monumentale statue en bronze de Léon Gambetta et nous serons à partir de cette date sur la place Gambetta. En avril 1942  l’effigie du tribun sera livrée aux récupérateurs de métaux  non ferreux destinés à l’effort de guerre du Reich et la place deviendra Place de la Libération à la fin des hostilités ou plus simplement «La Libé» pour les vieux niçois qui n’arrivent décidément pas à se faire à sa nouvelle appellation: «Place Charles de Gaulle»!

Une statue du général remplace celle de Gambetta tous deux ayant un point commun le premier  ayant «résisté» face aux allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale, le deuxième, face aux prussiens  pendant la guerre de 1870.

Dès le début des années 1900, le tramway électrique fait son apparition à Nice. Les lignes desservent rapidement l’ensemble de la cité et l’avenue Borriglione est parcourue par les «trambalan» de la Cie T.N.L. («Traverse Nice Lentement» disait-on par dérision!) jusqu’à la place A. Médecin.

L’avenue se borde de platanes qui disparaîtront dans les années 1960 dans le cadre des travaux de rénovation des réseaux d’égouts dans ce secteur. Le tram s’en va au grand soulagement de tous en 1953, remplacé par les bus et trolleybus. Il revient tout de même en force en 2007 après de grands travaux de génie civil qui vont bouleverser non seulement les chaussées mais aussi la vie des riverains  pendant trois ans, les commerces locaux en on su quelque chose!

La croissance démographique du nouveau quartier Borriglione ainsi que celui voisin de Valrose va entraîner la nécessité de créer un lieu de culte catholique approprié. Dès 1913, une église commence timidement à s’édifier sur un terrain marécageux voisin de l’avenue. Au départ il s’agit d’une simple crypte, et, très vite le projet d’une véritable église de style néo-gothique voit le jour mais n’aboutira pas faute de moyens financiers. Il faut alors se tourner vers la réalisation plus simple et aussi plus moderne voire futuriste proposée par un architecte parisien Jacques Droz  spécialiste des constructions en voile de béton moins coûteuses et permettant d’accueillir sous les voûtes du futur sanctuaire un maximum de fidèles. Après bien des vicissitudes le projet aboutira en 1933 encensé par les uns, décrié par les autres.

L’édifice, classé par les Monuments Historiques en juin 1992 subit actuellement une réhabilitation extérieure complète.

Au nord de l’avenue, la place Alexandre Médecin était au début du XXe siècle à la limite de la campagne. Plus loin, on trouvait le domaine du  Comte de Chambrun  siège d’une vie mondaine qui a succédé avec autant d’éclat aux soirées de Valrose du baron Von Derwies décédé en 1881.

Cette propriété a été morcelée après la Grande Guerre et il n’en reste plus que le kiosque à musique que l’on désigne aujourd’hui improprement sous le nom de «Temple de l’Amour » ou «Temple de Diane». Il y avait même en ces lieux un «Palais de Glace» disparu lui aussi lors du lotissement de la propriété. Après la grande tourmente de 14-18 plus rien n’a été comme avant.

Yan Duvivier

2 commentaires

  1. il n’y a jamais eu de rattachement mais une annexion (par la force) au sens strict du terme. Le vocabulaire utilisé est important quand on parle de faits historiques.

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