Cinéma / Les  » plaisirs » de la vie pavillonnaire – LA VIE DOMESTIQUE d’ Isabelle Czajka .

LA VIE DOMESTIQUE d’ Isabelle Czajka.

Vingt quatre heures de la vie quotidienne d’une banlieue pavillonnaire bourgeoise. Jolies maisons rêvées où tout est fonctionnel, et, pas très loin de la frénésie de la ville le calme campagnard et la proximité des services . Le cadre idéal pour une vie domestique épanouie se révèle être celui des frustrations personnelles des femmes au foyer et d’un mal -être social profond que les signes de la violence extérieure ne fait qu’amplifier…

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(Emmanuelle Devos  et Laurent  Poitrenaux )

Adapté librement du roman  Arlington Road  de l’Anglaise Rachel Cusk , le troisième film d’Isabelle Czajka après L’Année suivante (2007) et d’Amour et d’eau fraîche (2010) , explore à nouveau le cadre de l’univers féminin au travers de la vie domestique et ses frustrations. Mais , si,  celui-ci est analysé par le biais de quatre personnages féminins , la cinéaste n’a pas souhaité le délimiter uniquement au travers de leur ressenti qui aurait pu paraître réducteur ( féministe?) et l’ a inscrit dans un cadre plus large avec «  une envie de décrire les infimes enjeux de la vie domestique et conjugale post-moderne et occidentale (…) le propos était pour moi de montrer le rôle qui est donné à chacun , homme ou femme, dans la façon dont notre société est organisée », explique-telle dans le dossier de presse du film. Des maris , donc, au travail et absents la journée et qui rentrent le soir encore souvent absorbés par les avatars de leur journée , à l’image de l’un d’entr’eux qui y poursuit son travail sur ordinateur ,ou, de cet autre qui pour oublier sa journée laborieuse s’isole dans ses passions. Pas très disponibles à la fois pour les enfants ou les affaires domestiques à régler , ni pour les sorties …se résumant à des rares dîners entre voisins qui , à l’image de la première séquence reflètent le malaise des échanges ( à l’image de la réaction  de Juliette aux propos racistes du maître de maison ) où on se met en avant face aux invités à qui l’on impose son point de vue.

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( Sur le chemin de  l’école , Juliette  et ses  enfants )

Le récit s’organise autour de la journée de quatre d’entr’elles, issues de milieux sociaux différents. C’est Juliette (Emmanuelle Devos) , qui en attendant de trouver un travail à temps complet de responsable de maison d’édition et enseigne la littérature à une classe défavorisée , qui va faire le « lien » avec Betty ( Julie Ferrier), Marianne ( Natacha Regnier ) et Inès ( Helena Noguerra ), concrétisant la rencontre matinale à l’entrée de l’école en retrouvailles et échanges au long d’une journée, émaillée de multiples événements révélateurs, qui se conclura par une soirée repas. La Synthétisation dans l’espace temporel des Vingt quatre heures , offre d’ailleurs au récit une synergie très intéressante dans l’accumulation des événements emblématiques qui s’y déroulent , offrant aux thématiques développées, la bonne tension dramatique . A la fois dans la description des portraits de couples et des tensions qui s’y insinuent, dans un cadre domestique où les pièges des carcans font leur œuvre souterraine et finissent par concrétiser cette sorte de « vertige » du vide ressenti par ces femmes au foyer piégées dans le confort matériel d’une vie domestique dont la cinéaste défini précisément « Ce n’est pas la vie amoureuse ou conjugale , ni la vie familiale . C’est l’état de toutes ces petites choses qui tissent le quotidien , c’est – à-dire comment les femmes endossent finalement de façon insidieuse, sournoise , sans qu’on les y oblige forcément, toutes ces petites choses qui sont à faire. Elles deviennent leur propre bourreau ».

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(Emmanuelle  Devos  et  Helena  Noguerra)

Un vertige dont la violence extérieure , habilement entretenue en fil-rouge au long du récit, ne fait qu’amplifier ce sentiment que tout se craquelle , aussi, à l’extérieur de cet univers clos , sécurisé  et oppressant . La force du film est dans cette double montée en puissance d’une fracture . A la dégradation des rapports dans l’univers de la banlieue Pavillonnaire, fait écho celle du monde extérieur, et pourtant proche,  de l’autre banlieue , celle des précaires et des déclassées.  Banlieue riche et banlieue pauvre, le fossé des inégalités qui s’est agrandi de deux mondes qui se côtoient rarement. Superbe séquence du supermarché voisin où les deux Univers se croisent le temps des courses et du jeune garçon qui fait la manche sur le parking et auquel Juliette donne la pièce du caddie !. Et puis cette violence, en fil -rouge de l’enlèvement d’une enfant , entretenue tout au long du récit comme un danger qui rode et dont on protège les  enfants interpellés par la présence des forces de Police dans le parc . C’est un peu la même chose dans les relations conjugales où les éclats sont évités afin de préserver une harmonie ( de façade ? ) , tout comme dans les relations de voisinage où l’on préfère ne pas relever certaines réflexions déplacées et oublier les mots qui fâchent !. Des séquences servies par une interprétation toute en subtilités et nuance , ainsi que par des dialogues bien sentis où la dérision et l’humour apportent, la note juste.

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(Emmanuelle Devos  et Julie  Ferrier )

Isabelle Czajka brosse un portrait , tout en petites notations, qui offre une vision d’autant plus cruelle qu’il repose sur un regard qui ne se veut, ni  juge , ni moralisateur  sur ces couples domestiques et sur ces femmes prisonnières d’un univers qui les a façonnées… et dont elles ont du mal à s’extraire . Femmes en crise à l’image de Betty qui a tellement fait de sacrifices pour s’extraire de son milieu social et acquérir cette maison rêvée , qu’elle finit par en accepter tout les désagréments. Ou comme Marianne qui se complaît dans son rôle de génitrice d’un troisième enfant, ou encore, Inès aussi rayonnante de vie qu’inconsciente et qui se protège par une totale insouciance . Sans oublier la mère de Juliette        ( Marie- Christine Barrault ) dans son numéro rodé de « quadra » en crise existentielle qu’elle inflige aux autres !. Seule, Juliette , montrera quelques velleités à vouloir se sortir du piège domestique par une sorte de double jeu, alternant les reproches bien sentis à son mari ou une forme de résistance muette à ses ordres. Une présence /absence, qui offre un bel écho à sa conscience nouvelle, d’un monde qui l’enferme et vis à vis duquel elle n’éprouve plus qu’indifférence et du mépris. Comme l’illustrent ses propos à l’issue de la soirée entre amis où l’hypocrisie des mots et des comportements , la poussent désormais à refuser de jouer le jeu et d’accepter, l’inacceptable .
( Etienne Ballérini)

LA VIE DOMESTIQUE de Isabelle Czajka – 2013-
Avec : Emmanuelle Devos, Julie Ferrier , Natacha Regnier , Helena Noguerra, Laurent Poitrenaux , Michaël Abiteboul , Marie-Christine Barrault ….

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