image Jazz / Au Bonheur des Dames

Cet été sur la Côte d’Azur, les deux plus importants festivals de jazz  ont programmé  des grandes figures du genre, de la place Masséna à Nice jusqu’à la Pinède Gould à Antibes : Chick Corea, Maceo Parker, Georges Benson, André Ceccarelli, Keith Jarret, Avishai Cohen, Marcus Miller, Winton Marsalis et bien d’autres. Et les femmes me direz vous, comme d’habitude elles n’étaient pas au rendez vous ? Hé bien oui, elles étaient là les « jazzwomen » et en grand nombre, talent reconnu ou stars montantes, elles ont fait un tabac en affirmant  désormais qu’elles font partie du patrimoine culturel du jazz. Certaines ne sont plus simplement chanteuses mais aussi instrumentistes, de nombreux chefs d’orchestre ou leaders de groupes ont compris tout le bien qu’ils pouvaient trouver tant sur le plan vocal qu’instrumental.

Janysett Mc Pherson
Janysett Mc Pherson

A Nice, par exemple, Stéphane Belmondo donne une autre dimension à sa créativité avec la présence de Sandra Nkaké qui avait séduit le jury des Victoires de la Musique en 2012, une voix faite pour la Soul pour le grand bonheur de Belmondo qui suivait avec sa trompette les phrasés de Nkaké. Dans le même registre, on entendra à nouveau parler de Llanne La Havas qui, à la tête de son quintette a repris quelques titres de son album « Is your love big enough ». Le Nice Jazz Orchestra de Pierre Bertrand ne s’est pas trompé non plus en invitant la chanteuse cubaine Janysett  McPherson, il faut dire que ce saxophoniste, depuis qu’il dirige ce big band, s’est attaché à se produire avec  une voix ou plusieurs comme par exemple dans Caja Negra avec un groupe de danseuses et chanteurs de flamenco.

Continuons de feuilleter ce programme au féminin ; il y avait aussi la canadienne Kelly Lee Evans, récompensée elle aussi par le prix Thelonious Monk, avec son quartet, elle est l’image de ce jazz où se mélangent Rap, Hip Hop, musique souvent désignée comme urbaine, quelques titres à savourer dans son album « I remember when ».Et puis…et puis, est venue celle qui suscite d’innombrables commentaires, la sud coréenne Youn Sun Nah, il est vrai que sa voix a de quoi laissé pantois ceux  qui  ne jurent que par Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Nina Simone et tant d’autres . Déjà, en 2008, quand elle remporte à Antibes le prix Jazz Révélations, les commentaires vont bon train, pour les uns c’est extraordinaire pour les puristes, ce n’est pas vraiment du jazz…bref, l’éternel discours des diverses générations, de sa petite voix asiatique l’air un peu effarouché, elle m’avait dit à l’époque qu’elle ne savait pas trop répondre à cette question.

Youn Sun Nah
Youn Sun Nah

Depuis, le temps a passé, pour Youn Sun Nah, c’est la montée en puissance sans se soucier si c’est du jazz ou pas. Elle barre aux quatre coins du panel musical et maîtrise aussi le français et l’humour, elle a interprété « la chanson d’Hélène », parfois, au cours d’autres concerts, elle fait pleurer les foules avec une composition de Léo Ferré « Avec le temps ». Sa voix si douce  se transforme, elle joue sur cette force vocale où l’aigu et le suraigu se succèdent, une façon de chanter qui peut  dérouter. Intelligente dans le choix de ses musiciens, elle a tapé à la bonne porte avec le guitariste suédois Ulf Wakenius, Simon Tailleu à la contrebasse et l’accordéoniste niçois Vincent Perani. Subtile dans le choix de son répertoire, notamment dans son dernier CD « Lento » où alternent  thèmes de western, humour noir, variété américaine. On sent qu’elle chante avec ses tripes, mélancolie, douceur mais aussi cris de révolte. On aime où on n’aime pas du tout comme le critique Francis Marmande « elle présente de délicieuses petites bigoteries cul-cul » tout en la comparant à Jacqueline François des années 50 « avec ses intermèdes d’annonces, minaudant, chichitant, prenant force petites pauses de pomponnette sous acides ». Chacun ses goûts, Youn Sun Nah a eu beaucoup de succès, on peut imaginer que le public enthousiaste n’était pas totalement débile.

On ne peut pas quitter Nice en oubliant une autre diva Esperanza Spalding récompensée une nouvelle fois par un Grammy Awards. Très appréciée d’Obama, cette frêle jeune femme joue successivement de deux contrebasses dont une beaucoup plus grande qu’elle, un duo féminin à ne pas manquer pour l’image, pour le son, elle a su accrocher un répertoire R&B, pop, hip hop, avec ses 12 musiciens elle offre un show  bien rodé, on ne s’ennuie pas mais on ne crie pas de joie non plus. C’est une affaire qui roule, la preuve de nombreux jazzmen l’invitent comme Jo Lovano ou Wayne Shorter qui, pour son concert du 6 septembre dernier au Detroit Jazz festival l’a accueilli pour jouer une création avec également le Detroit Symphony Orchestra.

Esperanza Spalding
Esperanza Spalding

Antibes succède à Nice et  ce sont encore des dames qui vont se produire dans la Pinède Gould à Juan les Pins bercées par le chant des cigales, je veux parler du groupe mythique The Suprêmes, disons le, que les jeunes de 20 ans ne peuvent pas connaître mais les parents…oui, demandez leurs de ressortir le bon vieux 33 tours du placard et vous verrez, vous entendrez un Baby Love, un tube mondial, aujourd’hui, les années ont passé mais revoir ces chanteuses un peu boudinées dans des robes d’un autre âge, on a presque la larme à l’œil. Mais, mais une jeune femme est arrivée sur scène, cette même scène où l’an dernier elle a été élue aux Jazz Révélations. Rappelez vous pour certains la voix qui entonna l’hymne national de l’Afrique du Sud devant le président Nelson Mandela, elle fit frémir des milliers de téléspectateurs Mélanie Scholtz .

Une belle aventure pour celle qui commença par des études musicales lyriques à Cap Town, elle ne se doutait pas encore que cette aventure allait l’emmener jusqu’à la Pinède ; L’aventure prend corps quand la ville d’Arcueil en banlieue parisienne, qui milite depuis toujours contre l’apartheid en Afrique du Sud, décide par le biais de son association O’Quai d’Arcueil, d’accueillir en résidence de jeunes artistes, Mélanie Scholtz sera l’une d’elles « je ne suis pas prête d’oublier mes amis d’Arcueil qui ont cru en moi, tous les ans j’y reviens et j’aide à mon tour les jeunes chanteurs et dans tous mes concerts dans le monde entier, je chante un titre en français » Pour nous, ce soir là, ce fût « J’oublie>, une composition d’Astor Piazolla. Mélanie ne se classe pas spécialement dans la catégorie jazz mais elle écoute beaucoup Nina Simone, Sarah Vaughan « mais, vous savez, je compose en fonction de mes émotions, j’écoute aussi Bob Dylan, les Rolling Stones, je lis des poèmes comme ceux de l’écrivain engagé James Mattews, en France je suis intéressée par Léo Ferré, Jean Ferrat, vous savez quand on passe sa jeunesse en Afrique du Sud et que désormais on peut s’exprimer, j’invite le public dans mes compositions à plus de tolérance, de liberté et de fraternité » On ressent ses émotions, notamment quand elle interprète Throw It Away d’Abbey Lincoln, pour finir, les spectateurs ont eu droit à un superbe Caravan de Duke Ellington avec au piano Martin Sjöstedt, à la batterie Ayanda Sitadé et à la basse JO-Foungner Skansar.

Melanie Scholtz
Melanie Scholtz

On a même eu droit dans un même soirée à trois concerts et trois dames aux commandes ; Kat  Edmonson, Hiromi et Melody Gardot : trois voix, trois tempéraments, des interprètes aussi différentes qu’un vin doux et un champagne. En ce qui concerne l’américaine Kat Edmondson, on est plutôt dans un répertoire grande variété américaine allant de Dean Martin à Franck Sinatra  .Et puis très attendu Hiromi, avec un talent pianistique époustouflant, un physique très présent, on se demande si elle va bousculer son piano comme le faisait Fats Domino ou accrocher sa longue chevelure aux projos… non, elle montre une folle énergie bien aidée par un époustouflant batteur Steve Smith et par Anthony Jacskon avec sa guitare à six cordes.

Formée par la musique classique, elle a su rentrer dans la grande famille du jazz avec les encouragements d’Ahmad Jamal qui l’avait découverte à l’école de musique de Berklee, si bien que souvent elle fera la première partie des concerts de son mentor. Depuis, elle compte 8 CD au compteur dont « Move » mais si l’on veut mieux découvrir cette artiste, on peut se référer à l’un des ses titres « Suite Escupism » divisé en trois partie : Reality, Fantasy et It between. A chaque fois elle nous emmène dans une direction qui finalement se révèle être une fausse piste, rappelons qu’elle avait cartonné en 2012 avec Same Girl, disque d’or. La seconde star de cette soirée Mélodie Gardot est devenue une diva mais sans mésestimer ses grandes qualités d’interprète et de compositeur, on reste cette année sur sa faim. Après son concert éblouissant en 2010, elle a voulu après plusieurs tour du monde en concert  « disparaître, se mette à nu »en écoutant loin des paillettes, les voix et les musiques d’ailleurs en restant de long mois, notamment au Brésil, au Portugal, en Argentine et au Maroc. Bien sûr, on ne reste pas insensible à quelques titres de son

Hiromi à Jazz à Juan en 2013
Hiromi à Jazz à Juan en 2013

4ème album comme « The absence », sa voix passe comme du velours sur un joli corps comme « Lisboa » sur un air de fado bien arrangé par son producteur arrangeur Heitor Pereira., ne soyons pas trop difficile, la dame est glamour, quand elle évoque son dernier album Glad Rag Doll, elle dit bien que c’est un peu pour danser ou pour écouter tranquille dans son fauteuil comme avec Prairie Lullabay ou Let it Rain. Pendant le concert, on aperçoit souvent une jambe nue qui se montre dans sa jupe fendue, c’est bien mais on est venu pour du jazz, on pourrait dire un peu la même chose avec Diana Krall, elle aussi a une voix envoûtante mais le scat n’était pas au rendez vous ce qui n’empêche en rien d’apprécier de belles compositions, il faut savoir que la belle dame a fait venir son magnifique piano d’Angleterre, quand on aime, on ne compte pas. Pour la dernière soirée à Juan les Pins, ce sont vingt chanteuses qui sont montées sur scène accompagnées, il faut le dire quand même de quelques hommes avec les chœurs londoniens du London Community Gospel Choir. Si vous avez vu le film Le Roi Lion, c’étaient eux qui chantaient, c’est aussi dans cette formation que puisent les stars de la pop ou de la variété américaine pour les accompagner. Dans tous ces concerts d’été, simple constat, sur les scènes internationales les voix féminines  ont pris un large avantage sur celles de leurs homologues masculins.

Jean Pierre Lamouroux

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3 commentaires

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