galerie Cinéma: Révolte dans les Cévennes … MICHAEL KOHLHAAS de Arnaud Des Pallières

MICHAEL KOHLHAAS d’Arnaud Des Pallières

Adapté de la nouvelle de l’écrivain Allemand Einrich Von Kleist, et transposé dans la France Paysanne des Cévennes du XVI éme siècle, le récit de la révolte du marchand de chevaux contre la baronnie et le pouvoir abusif, est porté par une mise en scène dépouillée traduisant magnifiquement, dans la beauté austère du paysage, la guerre entre l’injustice de l’absolutisme qui broie l’individu , et l’ardent désir de justice dont l’ homme a soif…

21006020_20130515124623268.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx  Bruno Ganz ( à Gauche)  et  Mads  Mikkelsen ( Michael Kohlhaas )

Publiée en 1808 , la nouvelle de l’écrivain Allemand deviendra une des oeuvres -phares du romantisme Allemand, et admirée par Franz Kafka. Elle a été inspirée par un récit du XVIème siècle relatant l’histoire tragique d’un marchand de chevaux ( dont les bestiaux injustement séquestrés par un puissant hobereau ), ne parvenant pas à faire reconnaître ses droits par la justice, va entrer en rebéllion entraînant dans le combat tous ceux qui, comme lui, ne supportent plus d’être soumis. Dans l’Allemagne vaincue par les armées de Napoléon et entrant en pleine réforme, l’auteur du Prince de Hambourg propose au travers de son héros emblématique aussi déterminé que suicidaire, les échos des interrogations     ( réflexion sur le pouvoir, la religion, l’idée du bien et du mal, la violence, la révolte , la morale …) au cœur de son œuvre.

Michaël Kohlhaas ( Mads Mikkelsen ) , le héros, est en effet dans sa dimension universelle emblématique de ce désir légitime de justice qui finit par embrasser la révolte des peuples victimes d’exactions du pouvoir. Pas étonnant qu’au lendemain des événements qui ont secoué de nombreux pays en 1968 , son compatriote Volker Schlondorff, en ait proposé une adaptation moderne ( Michael Kohlhaas / 1969) présentée au Festival de Cannes . En choisissant de transposer le récit dans les Cévennes du XVI ème Siécle , Arnaud Des Pallières , offre un bel écho Français à la rebellion du héros Allemand de Kleist. Il est en adéquation avec l’histoire de la région et les révoltes paysannes qui embrasèrent, alors, la région et auquelles le cinéaste fait référence précise dans les scènes où les paysans expliquent leur ralliement à son combat contre le pouvoir et l’injustice créant misère .La scène du péage décrété par le baron sur le sentier de passage jusqu’alors « de droit commun » va ,en effet, au delà du cas précis du litige entre Kohlhaas et le baron.

21024611_20130805164848287.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx Mads  Mikkelsen  ( Michael Kohlhaas  à la tête  de ses troupes   )

La réussite de la transposition dans les paysages Cévenols magnifiquement captés dans leur lumière du jour et leur austérité sauvage , sont signés Jeanne Lapoirie , qui par ailleurs offre à ceux des intérieurs ( couvent, château , maisons villageoises, bergeries … ) les éclairages tranchés d’une lumière cherchant le plus souvent à en restituer le naturel. Un travail qui se complète par celui de l’approche ( gros plans ) et le regard ( comportements ) sur les individus, soulignant les différences sociales , et surtout, ce poids des rapports de forces et de pouvoir qui forcent la soumission et finissent par exacerber le sentiment de révolte. A l’image du recours en justice refusé ( qualifié d’abusif ) à Michael ; comme de l tentative de conciliation faite par sa femme, à la cour, qui se terminera par son assassinat. Dès lors, Michael écrasé de douleur ,rendra sa propre justice, rentrant en guerre contre ses ennemis …

Et les questionnements vont s’emballer sur les raisons des uns et des autres. Quelle légitimité, quelle morale ? . Hier et aujourd’hui ils sont toujours d’actualité …et la force du récit de Von Kleist en est restituée par Arnaud Des Pallières qui fait résonner les interrogations , raisons politiques et morales tout au long du parcours de son héros. L’épopée guerrière et le souffle épique évacués, c’est l’homme « pieux et respectable » qui a franchi le pas de la violence et de la vengeance, interpellé par le religieux ( Denis Lavant) lui proposant de se soumettre, pointant la faute d’une révolte démesurée. C’est, face à ce dilemme , le choix de la position restée inflexible de Michaël Kohlhaas de voir son préjudice reconnu et ses responsables punis, qui nous interpelle au plus profond – et le rend universel – dans ce qu’il reflète comme sentiment éprouvé lorsqu’on est exposé à un ressenti de colère face à des formes d’injustice ou de rejet.

21024602_20130805164845271.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx  Michael Kohlhaas , et à gauche, sa  fille Lisbeth ( Delphine  Chuillot)

C’est aussi le pouvoir ( la Princesse ) inquiété par la dimension de la révolte qui viendra négocier, « la paix civile » étant en danger. Reconnaissance du préjudice et paix civile en balance et en questions … celles du droit, de la justice individuelle et (ou ) de la raison collective ( d’état? ), sont aussi posées. C’est cette dimension d’une forme de détermination morale et d’une propre idée du sentiment de la justice que portera , jusqu’au sacrifice, Michaël Kohlhaas. Magnifiquement incarné dans celle-ci par le visage buriné du comédien qui donne à sa détermination et à son orgueil inflexible , une vraie puissance ( soulignée aussi par la belle partition musicale lancinante et tout aussi entêtée de Martin Wheeler ) qui rejailli sur la symbolique des contradictions, que sa révolte offre au miroir de l’histoire de l’humanité….
(Etienne Ballérini )

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