galerie Cinema / Corruption en italie – CHA CHA CHA de Marco Risi


CHA CHA CHA de Marco Risi.

Empruntant les codes du film noir et du héros – un privé buté à la Rraymond Chandler– qui veut faire éclater la vérité sur des meurtres mystérieux, c’est le sombre constat d’une Italie contemporaine gangrénée par l’argent, le pouvoir, les compromissions et la corruption, que le cinéaste pointe.

cha cha cha   de  Marco  Risi ( 2 ) ( l’Affiche  du  film )

Le  cadavre d’un ingénieur dans un terrain vague, un accident tragique à la sortie d’une discothèque et la mort d’un jeune homme… une mère éplorée, Michelle ( Eva Herzigova ) qui vit avec un homme de pouvoir influent, l’avocat Argento ( Pippo Delbono ). Un privé que cette dernière avait chargé de suivre son fils taciturne, qui assiste à l’accident. Mais, est-ce un simple accident ou un meurtre déguisé ?… des indices accumulés sur les faits et gestes du jeune homme avant l’accident   ( notamment un méssage mystérieux sur son ordinateur posté à l’intention de ses amis ), semblent faire pencher vers la seconde supposition. Les soupçons sur les mauvaises fréquentations du jeune homme étant balayés, c’est une autre réalité qui va être révélée (on vous laisse découvrir les détails ) au fil d’une enquête qui va mettre à nu, les zones d’ombres. Et elles ne manquent pas de saveur…

Si Corso (Luca Argentero ), le privé chargé de l’enquête est un maniaque des détails, on pourrait dire que Marco Risi, l’est, lui aussi dans ceux de sa mise en scène qui joue habilement sur les références pour faire sourdre, au delà de l’exercice de style, sa propre partition, qui, de jeux de pistes en rebondissements, finit par nous offrir un point de vue original . A l’image des deux séquences qui ouvrent et clôturent le film, proposant un traitement diamétralement opposé, jouant sur les codes. Ceux du polar dans la séquence d’ouverture avec le cadavre découvert par les chiens sur le terrain vague près d’un aéroport ; et ceux de la dérision et de la comédie dans l’étonnante scène du bal populaire où l’on danse au son d’un « cha cha cha » endiablé ( d’où le titre du film ) pour « oublier » les soucis et les difficultés du quotidien. Deux magnifiques scènes qui rejoignent dans sa perception,du monde comme il va, le sentiment désabusé du détective Corso…

Cha cha cah-  Pipo Delbono  (Pippo Delbono )

Deux séquences emblématiques qui ne sont pas là par hasard, Marco Risi utilisant volontairement cette rupture de ton finale qui renvoie au miroir réfléchissant de la noirceur et du masque des magouilles et spéculations en tous genres, la nécessaire distance de la dérision chère à la Commedia dell’Arte, et à celle du « bouffon du Roi » qu’incarne ce « meneur» du bal final qui crie dans son micro « c’est l’Italie que l’on aime, celle qui s’amuse !…». Tandis qu’au fil de l’enquête et de ce qu’elle révèle, comme le souligne un des personnages « nous vivons dans un sacré pays de merde !… » . Un pays où la corruption,  chantages  et  règlements de comptes sont de mise chez les puissants pour préserver leurs intérêts. Et ils le font comprendre à Corso qui a décidé de les démasquer, en lui renvoyant l’avertissement qui fait penser à la célèbre phrase de l‘Enfer de Dante «  vous qui entrez ici, laissez toutes vos espérances » , pour le dissuader de poursuivre ses investigations.

C’est le cynisme d’un certain pouvoir et de ses serviteurs, dans l’Italie de ces dernières années que Marco Risi a choisi de mettre habilement en scène, en insérant dans son récit les éléments de la cinéphilie ( les films noirs des années 1940) et ceux d’un cinéma national dont les thrillers politiques ( d’ Elio Petri , Francesco Rosi ou Damiano Damiani ) et les comédies Italiennes d’hier (d’ Ettore scola ,Mario Monicelli, et celles de son père Dino Risi)reflétaient la réalité du pays. «  j’avais envie de faire un film comme celà, je pense que c’est la meilleure manière de raconter un pan de notre pays. Sans excès de moralisme» dit Marco Risi dans le dossier de presse du film. Et à l’évidence  son  Cha cha cha est un hommage au cinéma Italien et au père, souvenez-vous, dans Au nom du peuple italien (1971) Dino Risi, faisait déjà un remarquable constat de la corruption dans son pays.

cha cha  cha  de marci  risi  (1) ( Luca Argentero  et Eva Herzigova )

Et c’est dans l’Italie d’aujourd’hui et dans l’atmosphère de sa capitale ( superbes images Romaines nocturnes..) dans laquelle nous immerge le fils, mettant à nu l’envers du décor par une mise en scène classique et efficace. A l’image de la confrontation -entre Corso et son ex- confrère ( Claudio Amendola ) quelque peu ripoux et  resté flic serviteur de l’état- savoureuse dans ses sous-entendus sur une certaine « collusion » entre pouvoirs : « Corso est convaincu que les choses devraient aller dans un certain sens, mais conscient que presque toujours elles vont dans le sens inverse : celui qui convient », dit le cinéaste. De la même manière que le sont les nombreuses séquences où le constat réaliste ,vient apporter la note juste à un récit qui offre ainsi la vraie dimension à la vision désenchantée de son héros.
(Etienne Ballérini )

CHA CHA CHA  de  Marco Risi –  avec  ; Luca Argentero, Eva Herzigova, Pippo Delbono, Claudio Amendola

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